A MADAME
Après avoir bien songé à tout ce qui se passa hier, je vous promets davantage que vous ne désiriez de moi : car je vous assure que je ne vous demanderai jamais rien, et même que je ne vous verrai jamais. J'en viens de faire des serments et des résolutions si .étranges, que si j'y manque jamais après cela, je ne vous pourrai plus donner qu'un cœur lâche et une âme la plus parjure du monde. A la vérité, il faudra qu'il y ait une extrême foiblesse en l'un et en l'autre, i^'ils retombent entre vos mains. Après tant de mauvais traitements qu'ils y ont reçus, je mériterai bien tous les maux que vous me sauriez faire, si le souve* nir de ceux que vous m'avez faits ne me délivre pas de vous. Un rayon de lumière qui m'est comme venu des cieux m'a éclairé dans mon aveuglement, m'a fait voir la tromperie de vos charmes, et connoître que ce que je tenois hier la plus désirable personne de la terre, est celle qui est la plus à craindre et la plus à fuir. Trouvez donc bon que je cherche du repos ailleurs, voyant que je n'en puis avoir auprès de vous; et puisqu'il n'y a point de peine que vous ne m'ayez fait souffrir, et qu'il ne vous reste plus de nouveaux tourments à exercer sur moi, n'ayez pas de regret que je vous échappe. Aussi bien n'est-il plus en votre pouvoir de l'empêcher, et à l'heure que vous lisez ceci je suis parti de Paris, avec résolution de n'y rentrer jamais, que vous n'en soyez sortie.
* Mss, de Conrart, p. 465.
LËHRES AMOUREUSES. 245