‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 105 sur 134 · A MADAME ***K · texte numérisé non relu

A MADAME ***K

Il faut bien que vous soyez destinée h troubler ma vie, puisque le bien et le mal que vous me faites m'ôle également le repos. La lettre que vous m'écrivîtes hier, l'affection que vous me fîtes paroitre et le soin que vous eûtes de parler de moi, m*ont empêché de donnir cette nuit. Je l'ai passée tout entière à me ressouvenir combien vous eûtes de grâce, d'esprit et de gentillesse en tout ce que vous disiez, et à considérer que ce qu'il y a de plus agréable, de plus beau, et de plus charmant dans le monde, n'égale pas les moindres choses que vous dites ou que vous faites. Je ne sais pas ce qui arrivera de moi; mais je crains, sans mentir, que je ne puisse éviter de tomber dans cet accident, dont je disois hier que vous seriez ravie. Quand je pense que vous m'aimez, je ne dors pas ; quand je crois que vous en aimez un autre, je me désespère; quand je suis éloigné de vous, je ne sais ce que je fais; et quand je vous vois, toutes vos actions, toutes vos façons et toutes vos paroles m'empoisonnent. Voyez, s'il vous plaît, quelle vie doit être la mienne, et ce que j'en dois attendre. Il n^y en eut jamais en vérité une si traversée, et toute l'espérance que j'ai, c'est que votre absence la va flnir bientôt, et me va délivrer de tous mes maux.

' Mss, de Conrarlf p. ïlbf ei BtUas-LcUres françaises, VLéé» \b\, 1. 11, p. 34.

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