‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 106 sur 134 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Vous avez bien raison de vous moquer de moi, et je vous avoue que je suis bien honteux qu'après avoir fait tant le brave, il faille que je montre tantdefoiblesse. A ce que je vois, madame, quelque part que j'aille, je ne suis jamais loin de vous. Je vous porte toujours dans le cœur, et vous me tenez aussi bien quand je suis dans mon logis, que quand je suis dans votre car^ rosse. Mâts, à le considérer, vous n'en devez pas avoir de gloire ni moi de honte, et puisque tout cela se fait par charmes et par sorcelleries, il n'y a rien dont vous deviez vous Vanter, ni que vous me puissiez reprocher avec raison. Tl faut bien qtie cela se fasse ainsi : car s'il n*y avoit quelque chose de surnaturel, il ne pourroit pas arriver que, conhoissant si bien vos artiGces, je m'en défendisse si mal, el qiie la plus méchante personne qui fut jamais me parût toujours la plus aimable du monde. Conténlez-vous, je vous supplie, madame, des maux que vous m'avez faits. Rompez le sort que vous aVez jeté sur moi; ou, si vous ne voulez pas que je guérisse, faites au moins, puisque rien ne vous est impossible, que je croie que vous m'aimez, et je souffrirai gaiement tous les maux que vous me vou* dréz faire.

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