‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 107 sur 134 · A Madame · texte numérisé non relu

A Madame

Je ne puis me résoudre à laisser partir votre laquais sans un poulet, et il me semble que c'est de la sorte

* B^lle-^'Leur es françaises i Mss, 151, t. H^ p. 25.

qu'il fàul payer une gantière cotnnie vôuSi J'àurois; de <)uoi vous en faire un le plus amoureux du monde, si je Youlois vous écrire la moindre partie de ce que j*âi pour vous dans le cœur. Mais sachant combien vous êtes avantageuse, je n'oserois voui faire savoir de quelle sorte vous y êtes, ni montrer tant de facilité que pour une paire de gants on me fasse dire comme cela ce que je pense. Je vous assurerai seulwnent que j'ai reçu les vôtres, comme je recevrois un royaume. H n*y en eut jamais de si beaux. Je les ai baisés plus de cent fois, et je vous assurerois queç'aété de meilleur cœur, que je ne baiserois les plus belles mains du monde, n*étoit que ce sont les vôtres qui le sont.

S8. — A MABEUimSfeLLfe *****

Mademoiselle» il ne tient qu'à moi que je ne vous écrive de mon sang ce que je veux vous dire : car je vois de mon lit quatre palettes qui en sont pleines; et peut-être que si vous le voyiez brûlé comme il est, vous vous repentiriez de vos froideurs qui l'ont échauffé de la sorte. Mais j'ai tort de vous croire si bonne, vous qui savez bien que vous m'avez blessé à mort, et qui, avec cela, ne voulez pas seulement que je soupire en votre présence. Je ne saurois deviner pourquoi. Ce n'est pas que vous appréhendiez que ces vents-là tuent le feu que vos beaux yeux ont allumé dans mon âme : ils

' Cette lettre et U suif unie, inBérées dam la première édiUon, p. 702, etc., ont été retranchées dans la deuxième édition et les éditions subséquentes. Elles sont transcrites dans le recueil de Gonrart, p, 657 et 6&9«

réussiront plutôt à l'entretenir et à Tenflâmmer da* vantage. Encore n'est-ce point, qu'ayant réduit mon cœur en servitude, il vous fâche qu'il se mette par là en quelque sorte de liberté et se soulage un peu des maux qui le pressent? Si vous êtes de cette humeur, j'en tirerai occasion devons faire une prière qui est le principal objet de ce billet : c'est, mademoiselle, d'avoir agréable, si ma captivité vous plaît, que j^en porte partout les marques, et que, de tant de beaux cheveux qui se perdent inutilement et que votre peigne dérobe tous les matins, vous trouviez bon que j^en aie ce qu'il en faut pour en faire un bracelet. La vue de cette précieuse chaîne me consolera de la perte de ma liberté, et tant que j'aurai cet objet devant les yeux, je ne croirai pas être tout à fait absent de vous. Je' n'userai d'aucune persuasion pour vous convier à me faire cette grâce : car si vous êtes obligée de me l'accorder, ce n'est pas parce que j'ai raison, mais plutôt parce que je n'en ai plus, et que vous me l'avez tellement ravie qu'il ne m'en reste plus que pour connoitre le sujet que j'ai de vous adorer tant que je vivrai. Après cela, que pouvez-vous me refuser avec justice, pourvu que je demeure dans les bornes que votre vertu et mon devoir me prescrivent?

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