METAMORPHOSE DE JULIE EN OUMANT
(Pour madame la marqaise de Mootaasier'.}
En la partie du monde où le soleil se lève, et où le ciel engendre les pierres précieuses, naquit, par un miracle, une Naïade la plus accomplie que les dieux eussent jamais faite : et la mer n'avoit jamais rien vu de si beau, non pas même le jour qu'elle fit naître Vénus. Neptune, pour l'amour d'elle, donna de la jalousie à Thétis et à toutes les nymphes de l'Océan. Mais lassé de ses mépris , il la changea en une pierre que les Grecs appellent unique, ou diamant. Gomme elle fut incomparablement belle, d'un esprit divin, insensible, opiniâtre et impérieuse, cette pierre a une beauté qui efface toutes les autres, un feu qui semble venu du ciel; elle ne se peut rompre par nulle force; elle résiste au fer et au feu, et elle monte jusque sur la tête des rois. Comme elle fut aimée de tous ceux qui la connurent, les grands et les petits l'aiment encore, et elle est désirée de tout le monde. Enfin, le ciel et la
* L'antipathie de la marquise de Rambouillet pour le feu ne lui vint que plus tard. 11 est fort proliable que la belle Arthénice voulut lutter par le froid contre la disposition de son teint à se oouperoser. Or ce teint avait été merveilleux de fraîcheur ; mais peu à peu il s'était enluminé, au point qu'on appelait Mme de Rambouillet le lion de la cour, parce qu'elle était toujours rouge. TaU lemant, dans les H»fortei/c«, soulève le voile (Comte de Laborde, le PalaU Masarin),
^ Mts» de Conrarl, t. X, p. C04.
970 LETTRES UË VOiTU&E.
tepre ne funl ritsn de si parfait, et les hommes né con* noissenl apcune chose de si grand prix.
3. -— MÉTAMORPHOSE DE LÉONIDE EN PERLE. ^ (Pour mademoiselle Paulet*.)
i;n la forêt 4*]^rtoan(be fut jeidis une Qréade, qui, dès ^n enfanpe, fut exposée aui^ biètes sauvages, et allaitée et nourrie par elles. fMe eut un visage humain, up esprit diviU) et uneim^ très-farouche. )^>m0urne S0rvit janiais perspnne si bien qu'elle , ejt jamais il n'ieut upe plus grande eqneçpje. EUp luoit tant ce qu'elle fisgardoit, et en ^u de temps elle fit plus de lueqrtres que les ourises ^t les lioqnes qui Tavaient nourrie. U^is les dieux offensés de ses eruautés voulurent sauver les hommes qu'elle alloit détruire, et la çhai^gèreiit en perle, qui garde encore la netteté de son teint et la blancheur dont elle obscurcissoit toutes aliûs$js. Ti^ut^s les autiips pierres da prix ae marient avec Torr Celle-ei seule se pa^se de lui, et ne s'allie qu-^veç ses jcompagnas. C'est l'ouvrage le plus poli et le plus agréable que Ig aiel fasse. Mais elle retient toujours quelque cbp^ d^e $a première férocité ; car nous voyons qu'encore les perles se jettent à la gorge des personnes qui se veulent servir d'elles, et ne se |)^U¥ent résoudre que dap.$ le vinaigre, pour la sympathie qu'elle eut autrefois avec lui.^
* Mss, de Cçnrau, t. X, 9. 006. On trouve I la suite une plèoe de Chapeiaio, intitulée Métamorphose <f Angélique en HontUt C'est cette pièce à laquelle il est fait allusion dans la lettre f 4T de Voiture. Voyez t. I, p. 384.