‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 114 sur 134 · T— ÉUKÏE UU COMTE-QUC d'OUVAUÈS, MINISTRE q'E3PAGI · texte numérisé non relu

T— ÉUKÏE UU COMTE-QUC d'OUVAUÈS, MINISTRE q'E3PAGI

. • .En fietta occasion il témoigna que touteis les raisons d'État ne pouvoient pas t&nt sur son esprit que celles de la religion, et qpUl aimoil mieux être mauvais politique que ie n'être pas bon chrétien. Son iqtégritéest reconnue mèqie de ses ennemis. Il a toujeufs été li^ béral de son bien et ménager de celui du roi ; et, ce qui ne smnble pas croyable, ayant disposé de plus de cent cinquante millions, il est aujourd'hui endetté de cinq cent raille éous. Son train, sa dépense et sa maison sont comme d'une personne privée, aussi bien que son aflabililé et grande facilité qu'il y a de )ai parler. L^s autres, qui ti^ment une place pareille à la sienne, fuient également les amis et les ennemis, et n*ont pa^ moins de peur de eepx qui demandent du bien, que de ceux qui peuvent faire du mal. Pour lui, il ne er^nt point les uits et il écoute les autres; et ne pouvant tout accorder, il croit au moins qu'il ddt tout entendre. Pour ce qui est de son espdt, il ne peut, ce xm semble, être mis en doute de personne. Pour en faire imaginer la grandeur, il suffit de dire qu'il s'étend awçdeuiboutsdu monde, qu'il gouverne en Orient et en Ocoident, et conduit seul en même temps les plus imp^Htantes affaires de l'Europe. Pour ce qi|e j*en ai pu Gonnotlre, il est merveilleusement prompt, actif, pénétrant, subtil, charmant et agréable, plein de feu et de lumi^e. Il parle sa langue : c'est asses pour cela de dirp qu'il s'appelle GuzRian , et qu'il est de cette

' Le commencement défaut à ce fragment, aussi bien que U Un {ffoie de Martin Piiickéne),

illustre souche qui étoit célèbre en Espagne, deifant qu'il y eût des rois en Castille, et qui a laissé à cette nation les plus anciens et les plus rares exemples qu'elle ait de vertu et de fidélité. Son père, don Pedro de Guzman, eut en son temps peu ou point de pareils en esprit ou en mérite, et cette louange étoit alors de plus grand poids qu'elle ne seroit à présent. Il fut ambassadeur auprès du pape, et ensuite vice-roi de Sicile, et puis de Naples, et étant de retour à Madrid» il fut mis dans le conseil d'État, qui est en cette cour le plus haut degré d'honneur et de dignité.

Étant à Rome, son fils *** de Guzman lui naquit, lequel, pour être le puiné, fut destiné à l'église, et les promières années de sa jeunesse employées aux études. Mais quelque temps après, îl demeura l'sdné par la mort de son frère, et, par celle de son père, héritier de soixante mille ducats de rente. Étant jeune, il fut extrêmement bien fait de sa personne, grand, agréable, et de belle taille, le meilleur homme de cheval de toute l'Espagne, vaillant, adroit, libéral et magnifique , et fut sans doute le plus galant de la cour , jusqu'à ce qu*il en fut le plus puissant. Il entra dans les affaires en un temps où il sembioit que le génie de r Espagne commençoit à se lasser, et que cette monar*;chie qui avoit été mise au dernier point de sa grandeur par Charles-Quint, et subsisté à peine sous Philippe second, sembioit vouloir décliner sous les autres rois. . Ceux qui ne peuvent jamais être contents des choses présentes, et qui cherchent toujours des sujets de plaintes dans la prévoyance de l'avenir ou dans. la comparaison du passé, regrettent la grandeur et la

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richesse de la cour, telle qu'elle étoit sous Philippe troisième, et trouvant partout, à cette heure, moins de lustre et de bonheur, y concluent aussi moins de conduite. Mais il faut considérer que ceux qui ont tenu cette place devant lui ont toujours gouverné durant le calme, en un temps où il ne falloit que tendre les voiles, que les choses alloient d'elles-mêmes et que les vents ne souf&oient que pour faire venir Tor des Indes. L'Allemagne, qui se souvenoit encore de la bataille de l'Elbe, et d'avoir vu l'aigle de l'Empire avec la foudre de Charles-Quint, ne pouvoit au plus avoir que de mauvais desseins. Les HoUandois n'imaginoient point encore de plus grand bonheur que de jouir de la trêve. L'Angleterre étoit gouvernée par un roi vieux et philosophe, la France par un mineur. Toute l'Europe dormoit en repos et en silence, et les ministres d'alors n*étoient occupés qu'à distribuer les trésors du Pérou, et à donner ou refuser des grâces.

Celui-ci, au rebours, a toujours cheminé avec un vent contraire. Parmi les ténèbres, et lorsque le ciel étoit couvert de toutes parts, il a tenu sa route au milieu des bancs et des écueils, et durant la tempête et Torage il a eu à conduire ce grand vaisseau dont la proue est dans l'océan Atlantique et la poupe dans la mer des Indes. Il a eu à s'opposer, en France, aux desseins d'un grand ministre, haïssant particulièrement les Espagnols, habile, hardi, et tout-puissant sur l'espritd'unroi jeune, guerrier et heureux en même temps. Du côté du Nord, la fortune a suscité à la maison d'Autriche le plus dangereux ennemi qu'elle ait jamais eu : un conquérant, en qui la moindre qualité étoit celle

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d'un roi sage et vaillant, pnident et aventureui, de grande expérienoe et de grandes desmns, et qui, ayant toutes les vertus d'Al^andre, n'avoit pas un de ses vieas que son ambition. Ainsi cette monarebie, par elle ou par ses alliés, a eu tout à la fois pour ennemis les François et le duc de Savoie, les Ànglois, les Hollandois, les protestants d'AUeînagne et le roi de Suède, et cela en un siècle très^stérile de grands hommes pour l-Espagne, et où la fortune lui étoit plus ennemie que tout le reste. Celui-ci alloit tous les Jours de TEscu*ritl i Madrid, avec deux seerétaires dans son carrosse, et cette personne, qui fait mouvoir tant d'armées et agir tgnt de millions d'hommes, n'en a d'ordinaire que trois ou quatre à sa suite. 11 n'y a point d'accompagnement si glorieux que cette solitude. La meilleure preuve de n'avoir point failli est de ne point craindre. Pour sa conscience, nous sommes obligés particulièrement de la reconnottre, après la facilité qu'il nous a donnée à la ruine des huguenots et à la destruction de la Rochelle. Que si les vents ont porté briser contre la côte de Guyenne les carraqiies qui se dévoient décharger dans Lisbonne ; si les généraux des flottes les ont laissé prendre tout entières, et si la mer en a englouti d'autres; si le marquis de Spinola est mort devant que de prendre CajK^l; si les Allemands, étant les plus forts, se sont laissés battre à Veillane; si les chefs des armées ayant de grands avantages ont subi des conditions désavantageuses, et si la bonne fortune ou la bonne conduite du roi de Suède a gagné la bataille de Leipsig : ce sont des accidents que le comte d'Olivarès n'a pu empêcher, et qu'il a fallu qu'il ait répa-

fés. Un des tnalheui^ de ceux qui gouvernent, c*esi que des choses bien faites^ et qui ont un tx)n succès, chaque particulier tâche d*en tirer à soi la gloire, et que celles qui réussissent mal se rejettent toutes su^ un seul. Sa conduite a donne remède à toutes les clioses qui en pouvoient recevoir^ et si elle n'a pu tout releVer^ c'est beaucoup qu'elle ait empêché que tout ne tombât^

Quand la fortune ne s'est point opposée à ses cou* seils, et qu'elle a laissé faire sa prudence ^ les bons succès lui sont venus en foble de tous côtés. En une même année il conquit Bréda» non-^seulement sur les HoUandois, mais sur tous les potentats de l'Europe; il sauva Gênes qui étoit à denii françoise ^ et avoit vingt mille François à ses portes. 11 fit abandonna- Cadix aux Anglois avec tant de diligence qu'il sembla que Ton ne les eût laissé entrer en Espagne que pour avoir le plaisir de les en chasser ; et en même temps, à l'autre bout du monde, avec douze mille hommes, il conquit le Brésil. Ainsi à la fois il triompha de toute la terre, et eut des victoires qui pouvoient rendre toute sa vie heureuse et illustre, si elles eussent été départies en divers temps. Le malheur a pu quelquefois renverser ses desseins, mais jamais sa constance. Je lui ai vu recevoir d'un même visage la nouvelle de la prise de Maêstricht et de la mort du roi de Suède; et le jour que la fortune, en lui ôtant sa fille, lui ravit ses plus chères espérances, il eut la force de donner audience et de vaquer aux affaires. Les sentiments de père cédèrent aux devoirs de ministre ; il crut qu'il ne lui étoit pas permis d'abandonner aux larmes les yeux qui veilloient pour le bien de l'État , et qu'un esprit

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qui avoit à sa charge la moitié du monde, ne devoit pas être troublé du malheur d'une famille. Son gouvernement avoit particulièrement le bonheur de n^avoir point été taché de sang, et d'avoir été exempt de proscriptions. Ses soupçons et ses craintes n'ont pas dépeuplé la cour pour remplir les prisons ; le crime de lèze-majesté n'a pas servi de prétexte à ses vengeances, et quoi que l'on ait fait ou dit contre lui, il n'a jamais reconnu d'autres ennemis que ceux de l'État.

Mais, pour ce que cet homme seul fait une grande partie de cette cour, que son nom est connu de toute l'Europe, sa personne de peu de gens, et que chacun en a de différentes impressions selon Tafiection , la haine ou l'envie de ceux qui lui en ont fait le rapport, il ne sera pas mal à propos d'interrompre la suite de ce discours, pour dire quelque chose plus particulièrement de lui.

La fortune a de tout temps accoutumé de prendre bien bas ceux qu'elle veut mettre bien haut , et pour faire mieux connoître son pouvoir, elle se plaît à former de rien ses créatures. Elle n^a pas gardé cette règle au choix qu'elle a fait du comte-duc d'Olivarès, qu'elle trouva déjà si haut qu'à peine l'a-t-elle su élever, et que toute sa faveur ne lui a pu donner de titre, qui ne se trouvât déjà dans sa maison. Les maîtres des généalogies, qui ont l'art de faire descendre des rois ceux qui en sont aimés, d'adopter chacun comme il leur plait en telle race qu'il veuille choisir, n'ont eu que faire de travailler pour montrer la grandeur de la sienne

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