LETTRES
Mole est, Comifici, tw) CaUUh, Maie eti, mehercule, et laboriote^
Tout de bon, monsieur, je n'ai eu de ma vie l'esprit si agité qu'à cette heure. Cependant vous m'écrivez des folies, et vous êtes aussi gai et aussi enjoué que si nous étions encore tous deux dans le Cours, et que nous n'eussions ni l'un ni l'autre aucune caused'ennui, Âo lie\^ de me parler du sujet de mon déplaisir, et de me dire ce que vous en jugez (car il y a lieu d'exercer ses conjectures là-dessus, aussi bien que sur le plus obscur passage de Tacite), vous m'alléguez l^mpridius et Athénée, qtiam inepte! et en un temps où je dispute de moi* même savoir si M<n<^ de''** m'aime,
* Pierre Costar, né à Paris en 1603, mort en 1660 : Toyez sa Vie à la suite delà première édition des Hiaiorietteê de Taliemant» in-S*, t. VI. Il s'attaclia à l'abbé de LaTardin » depuis éfèqvte do Mans, qui Teramena avec lui à eon prieuré de Saint-Ugnières, près de Niort, où ils passèrent ensemble les années 1638 à 1644. Les seize lettres de Voiture furent écrites durant cet espace de temps, de 1638 à 1642 (voyez plus bas, p. \^\, note l),
' Entretiens de Voiture et de Costar, 1C54, in-4, p. 36.
OU si elle ne m'aime pas, et que cela est devenu une chose problématique, vous me venez entretenir de Pharaon. Lorsque nous revenions ensemble d'Arcueil, si je vous eusse été discourir des rois d'Egypte, songez le grand plaisir que je vous eusse fait, et la belle attention que vous m'eussiez donnée. Néanmoins, je vous avoue que je n*ai point été fâché de lire tout ce que vous m'écrivez. Ce que vous m'avez mandé [de votre savante province,, de votre page et de votre sommelier'], m'a fait rire [malgré moi],
TUyutque i>uHu RitU invita.
Votre patruissime^ m'a semblé fort plaisant aussi. Plante a souvent de méchantes bouffonneries; mais, sans mentir, il dit aussi quelquefois de bons mots, et voilà comme j'accorde Horace et Cicéron, dont l'un dit qu'il est méchant bouffon, et l'autre qu'il est passim refertus urbanis dictis. L'autre jour j'y lisois d'un vieillard qui, ayant surpris quelqu'un auprès du Heu où il avoit caché son trésor, le fouilla, lui fit montrer la main droite, et puis la main gauche, et, n'y trouvant rien, dit : cedo^ tertiam [çà, la troisième]. Cela représente plaisamment un viellard soupçonneux, qui s'imagine qu'un homme a une troisième main pour le voler. Je ne vous puis dire l'extrême plaisir que vous me faites, de m'écrire de la sorte que vous m'écrivez. J'étudie mieux dans vos lettres que dans ' tous les livres du monde, et j'y trouve de plus belles choses.
* Entretiens f p. 21 .
* * Ibid.
Pour ces messieurs de Quintus Metellus Celer', je ne les connois point. Vous me mandez qu'ils furent pris pour Indiens; pour moi, je crois qu'ils furent pris pour dupes. Au reste, vous parlez des vents, comme feroit Christophe Colomb. Vous avez bien la mine d'avoir pris tout cela mot à mot dans un livre : car je jurerois que vous n'avez jamais su qu'à cette heure ce que c'est qu'un rliombe de vent; et, pour ce qui est du détroit de Yégas, je ne voudrois pas assurer que vous le connussiez fort.
A ce que je vois, ftksU signifie basiare et amare; c'est que baiser et aimer, converiuntur^ . Mais je m'assure que [Mroe de...] démentoit ce passage d'Aristénète.
Votre pasteur, ses moutons, et Hercule, m'ont bien plu; et l'âne même est joli% comme vous le faites parler. Dites-moi, si c'est dans les Fables d'Ésope que vous l'avez trouvé. L'application de l'apologue me semble dangereuse : et allez-vous-en un peu prêcher cela à RuelM Mais revenons à nos moutons. Il est vrai qu'Hercule en mangeoit volontiers, et grande quantité. Les Argonautes, en allant à Colchos, le laissèrent dans une île. On en rend plusieurs raisons, toutes assez belles : les uns disent, que c'est qu'il rompoit toutes les rames en ramant; les autres, qu'il pesoit trop; quelques-uns, que les Argonautes eurent peur qu'il remportât seul toute la gloire; et d'autres, que ce fut
• Entretiens ^ p. 31,
2 Jbid.
> Jbid., p. 33.
< Il avait prêché à Rnci en présence du cardinal on t633«