‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 31 sur 134 · II · texte numérisé non relu

II

86 LBTTiies Dt yorroRE.

pour ce qu'il mangeoit trop. 11 me souvient d^avoir lu dans un poète grec (c*est^à-dire grec et latin) qu*il remuoit les oreilles ai mangeant, et pour ce que cela m'a semblé plaisant, j'en ai retenu les vers que voici :

iUmm ti eâentem viderU, itrejmrU gêna, JnUiê tonat guUmrf mmat maânUa, den$ Sêridet eaminui, sibUaml narei , moce$ Àurei, iolent armenta §icut haud minui.

Je suis fâché que je ne pris garde à vous, quand vous mangiez ce biscuit de canelle à Gentiiiy : car sans doute, les oreilles vous alident.

Je trouve, au reste, votre version du grec en vers François fort heureuse ; mais, dites le vrai, combien de fois avez- vous invoqué Apollon pour cela?

1^ mot d* Achilles Tatius, que « la queue de paon est une prairie de plumes, » est joli, mais peut-être un peu trop hardi ; et il me semble que Tertullien a mieux rencontré, qui dit, apf^ès avoir dit beaucoup de choses de la robe du paon : Pfumquatn ipsa, semper alia, etsi semper ipsa^ quando alia; toties denique mutanda, quoties movenda.

Que voulez-vous que je fasse à Ulpian, qui appelle les chrétiens imposteurs? Idem Trebatio et Papiniano videbatur. Nous perdrions notre cause dans le Digeste ; mais le Code nous est plus favorable.

Adieu, monsieur; je suis, en vérité, votre, etc.

LETTRE ÏP.

A Paris, ce Î5 d*aoitt 1638.

Monsieur, j'aurai pour ce coup cette imperatoriam

* Entretiens, p. 67.

GORRESPONDAMCK AVEC GOSTAR (1638). 87

brevitatem dont vous me parlez ' : car il faut que je parte présentement pour aller à Saint-Germain, et cela sera cause que je ne vous dirai qu'un mot. le ne serai pas pour cela â^povoç , selon votre Théophraste. Dans les festins que nous faisons ensemble, ou plutôt que vous me faites, je ne dois parler que pour dire grâces:

Tanlum laudare paratui.

De VOUS dire au vrai quels peuples ont introduit la polygamie, je vous jure, ma foi, que je n'en sais rien, et je ne m'en mets pas en peine :

Troij Buhtkuve fuat^ nullo diicrimine habebo.

£n tout cas, je vous croirai bien plutôt qu'Hérodote, qui dit qu' a aux Indes il y a des fourmis moindres certes que des chiens, mais plus grandes que des renards: ]> car voilà le texte, au moins dn mien. Mais je ne sais si l'Hérodote que j'ai est semblable au vôtre.

A propos, vous m'avez été mettre en scrupule de Théocrite, et j'en étois si en repos que rien plus. Mais pour revenir à l'autre dont nous parlions, dites-moi ce qu'il veut dire, quand il dit que « Vénus envoya la maladie des femmes aux Scythes, qui avoient violé son temple d'Âscalon. »

Votre vers d'Athénée, que « le vin est le grand cheval des poètes, j> est fort plaisant'. Mais, dites la vérité, n'avez-vous pas tâché d^en faire un vers alexandrin? Ce lUlaç avec îimoç me plaît, et revient heureusement à cette phrase françoisc, « monter sur ses

' EnlreUen$, p. kd.

2 Ibid., p. 64.

grands chevaux », comme vous l'avez ingénieusement remarqué. Mais ce grand cheval jette souvent son homme par terre, et on peut dire de lui qu*il mord et qu'il rue.

Pour YederUulum de Plante, je ne crois pas, non plus que vous, qu'il veuille dire qu*il ne mordît point ' , car ce seroit un défaut; mais que c'est une façon de parler bouffonne, pour dire qu'il étoit vieux, ce qui étoit une perfection.

Je consens que Ton châtre Ulpian, puisque vous le voulez, et même Papinian. Aussi bien n'engendrent* ils que des procès. Mais, si vous m*en croyez, on pardonnera à Trébatius, à cause du mot que vous m*avez appris de lui : Consultus a quodam^ an nux pinea pomum esset^ respondit : « Si in Vatinium missurtis eSf pomum erit. »

Celui de Pline me semble beau : Rerum natura nusquam magis, quam in minimiSy tota est. Quand je vis Téléphant, je dis qu*il sembloit que ce fût une figure qui n'étoit qu'ébauchée par la nature, et qu'il y avoît plus de façon en une mouche.

Au reste, ôtez, je vous supplie, ces monsieur^ que vous semez çà et là dans vos lettres, ad populum phaleras; ou bien, je vous en mettrai à chaque ligne, et vous dirai :

Vit (0, Sexte , eoli; volebam amare ; Sed ti te eolo, Sexie, non amabo,

c'es^à-dire, j'en serai moins, votre, etc.

* Gela étant, monsieur, que veut dire Plante quand il appelle du vin vieux « du vin édenté, vinum edenlulum ? » {Lettre de Cmlar à Voilure),

CORHESPONDANGE AVEC GOSTAR (1638). g9

LETTRE IIP.

[Septembre 1638.]

Monsieur [ce qu'a produit mon voyage de Saint- Germain, c'est que], le Roi m'a donné celui de Florence, pour aller porter la nouvelle au grand-duc de l'accouchement de la Reine \ Cet emploi me doit être en quelque sorte avantageux, et même agréable. Hais je suis fâché que cela m'ôtera quelque temps le moyen de voir de vos lettres, et devons voir vous-même : car crois que vous serez à Paris devant que je sois de retour. Je ne sais si je serai encore ici quand vous me ferez réponse à cette lettre ; mais ne laissez pas pourtant de m'écrire , car il peut arriver mille choses qui retarderont ou qui empêcheront mon partement. En tout cas, je vous dis adieu, et vous prie de croire que je vous aime de tout mou cœur, et que je n'ai jamais eu de bonheur au monde que j'estime tant, ni qui me donne tant de joie, que votre amitié.

Je suis, monsieur, votre, etc.

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