LETTRE XI
Bene exsolvistiy mi Costarde^ quod mihide tepro^ miseram^ te,pro onyce^ cadum redditurum^ et cadum guidem simiiem illi SulpiiianOj spes donare nova$ largunt, amaraque curarum eluere ejfieacem. /lia enim tua epistola^ quant tu ponderosam^ ego magni ponderis nominOy nesdo quomodo me invitum et re^ nitentemf in tanta dolendi causa ^ gaudere compulity et quod non tempus^ non litterœ^ non ipsa quœ poterat esse luctus satietas^ fecerant^ tua lepida^ faceta^ lepidissima^Jacetissima^ omnibusAtticis, Romanis, nos* trissalibus condita,fecit allocutio.
Me voilà déjà au bout de mon latin. Aussi, monsieur» à dire le vrai, je ne sais pas même assez de françois pour vous bien expliquer et vous faire entendre comme je voudrois, les véritables ressentiments que j*ai du soin que vous prenez de moi, et de TafTection que vous me témoignez. Je n*ai rien vu dans votre lettre qui ne m'ait touché le cœur, et tout m'y plait extrémement,> hors les louanges que vous m'y donnez : car pour en parler franchement, vous faites un peu trop valoir
Et erattwn iMi^0fif«fii, ei Sardo eum mMe papaver.
Quand même mon nardus vous auroit plu (c'est une belle question, s'il faqt dire ipon nardus ou ma nar^
CORRESPOnDAMCE AVEC COSTAR (1640). 103
dms?\) quand, dis-je, il tous auroil plu, le reste de U lettre, s'il m'en souvient bien, ne valoii guère, el elle avoit été écrite à la hâte :
Pour le passage de Térence, que vous me reprochez d'avoir passé sans en rien dire, je pense que je l'ai fait, parce que je n'y voyois point de difficulté. Gnaton veut faire entendre à Thrason, qu'ayant ouï dire plusieurs fois cette bonne repartie sans que l'on eu dit Fauteur , il avait cru alors que c'étoit un de ces bons mots, qu'on choisit sur plusieurs qui se sont dits dans la suite des temps et dont on se souvient pour être excellents ; et ne vent pas dire que, lui entendant raconter que c'étoit lui qui Tavoit dit, il ne le crût ' pas, mais qu'auparavant cela, il l'avoit cru un dit ancien. Audieras? Gn. Sœpey eifertvr in primis. Je ne vois pas ce qui vous a là embarrassé. Pour moi, j'ai peur que vous ne Tenteudiez pas, puisque vous y faites tant de finesses, et que vous ne soyez de ceus,
Qui faemnt nm inleUigendo^ «I mfttl itUtUigmU.
Mais, sans mentir, c'est une grande hardiesse, et même une ingratitude, de parler ainsi à un homme qui m'écrit tant de belles choses. £n vérité, j'apprends plus dans vos lettres que je n'ai appris dans tous les livres que j'ai jamais lus ; et si je suis magister ccenœ, vous êtes magister scholœ^ et pour le dire en meilleur latin, ludi magister : et c'est comme ce que disoit Cicéron d'Hirtius et de Pansa : Hirtinm et Pansam habeo dicendi discipulos » cœnandi magistros. Mais je vous
prie, continuez à me donner de grandes leçons, c*esi« à-dire, faites toujours de grandes lettres:
Pareeniet ego dexteroi Odi,
Mais il n'en faut pas demeurcr-là : car sparge rosas vient encore bien, et ne pensez pas vous en excuser sur la poussière et la stérilité de la philosophie et de la théologie. Ces sciences-là deviendront fleuries entre vos mains : pro carduo et pro paliuro foliis acutis , surget mollis viola et purpureus hyacinthus ;
Quidquid eakaverii, hie rota fiet.
Vous faites flores partout. Mais ne croyez pas me contenter en m'envoyant de celles de Sénèque. Il me semble que c'est comme si on m'en envoyoit des balles. Je les veux cueillies plus à l'écart, per dévia * rura, et un peu plus naturelles,
El floret terriB quot ferunt solvUœ.
Pour VOUS dire le vrai^ je n'ai pas grand goût pour cet auteur-là. Votre latin m'a plu davantage que le sien, et j'ai pris plus de plaisir aux choses que vous m'avez dites de vous-même, qu'à celles que vous m'avez alléguées de lui. Mais dans le contentement d'avoir de vos lettres, il arrive bien souvent que le plaisir que j'ai à les lire augmente le regret que j'ai de ne vous point voir, et me fait mieux sentir quelle perte c'est pour moi, que d'être loin d'un homme qui écrit dé ces choses-là, et qui m'en diroit de pareilles tous les matins, s'il étoit ici :
Media de fonte leproum^ Surgit amari aliquid, quod in iptiê floribut angat.
CORRESPONDANCE AVEC COSTAR (lC40). 105
Pour ce qui est de Pline, je m'étonne de ce qu'il fait tant de cas du bon mot de son sénateur, et m'étonne aussi de ce que vous loue? tant celui de Montaigne :
Nimium patienter utrumque.
Pour l'amour de vous, je ne veux pas dire le r^ste. M. Pauquet dit de meilleurs mots que ces messieurslà. Celui que vous m'avez mandé de lui m'a fait rire de bon cœur. J'ai vu toutes les lettres que vous avez écrites ici et à Angoulême ; elles m'ont semble admirables. Je ne puis m'cmpêcher de vous dire que la demi- page où vous me parlez de M. de P...' m'a semblé toute comme si Pétrone l'avoit écrite. Adieu, monsieur.
Post'Scriptum , — Je vous avois déjà écrit cette lettre, mais ayant vu par celle que vous avez écrite à M™« la marquise de Sablé, que vous ne l'avie/ pas reçue, je m'en suis ressouvenu du mieux qu'il m'ii été possible. Si vous la recevez deux fois, au moins je suis assuré que vous ne la lirez qu'une. Je suis, votre, etc.