LETTRE XII
Monsieur,
Quo me, Baeche, rapit tut
Plénum ? quœ in nemora, aut quoi agor in tpecut,
Velox mente nova?
Que vous me faites voir de pays et que vous me mon-
' Var. M. G. G. {EntreiieiiSt p. 160). Voir le passage auquel il est fuil allusion, elqui conlienl une anecdote peu connue sur Voiture. ' Entretiens, p. 202.
irez de terres qui m^étoient inconnues, et lesquelles je n*eusse jamais découvertes!
ut mUU decio
Ripât et vaeuwn nemut
Mirarilibetl
Votre grand facteur m*éveilla pour me donner votre lettre, et je ne vous puis dire l'étonnement que j*eus de trouver tant de trésors à mon réveil, et de voir tant de choses qui m'étoient nouvelles.
tf(m $eeu$ m Ju^it Eauomnii ttupet Evias, Hebrumprotpieient, et nive eamdidam Thraeen.
A dire le vrai, cela est beau, après avoir joué une partie de la nuit et dormi Tautre, de se réveiller savant.
Me fabuloiœ VtUkkre in Àppulo, Ludo fatigaliumque iomno.
Fronde nova puenim pakmbet Texere.
Vous remarquerez s* il vous plaît, en passant, ce fatigatum somno, et vous m*en direz votre avis.
Continuez donc, s'il vous plaît, à avoir soin de moi, et ne soyez pas plus ménager que la dernière fois :
Nec parce cadit mihi detlinatit.
Traitez-moi toujours aussi bien :
E4 Chia vina, aut LeM»,
Velj quod fluenlem nauteam coereeat.
Mettre nobit Cœcubum,
Mais parmi ces vins grecs, mêlez -y aussi quelque chose du vôtre. J*aimerai bien autant vos pensées que celles d'Eschyle et de Sophocle ; et ne croyez pas
eitï être quitte pour me faire transcrire par M. Pauquet trois ou quatre feuillets de vos recueils. Il me semble que vous avez fait comme ce caupo de Raveime : vous me l'avez envoyé mernm et je le demandois mixtnm. Au reste, vous avez admirablement bien trouvé ces dévia rura que je demandois, et vous m'avez servi à mon goût. Le vin d'Espagne est trop fort pour moi.
Generotum et Une requiro, Quod cwroi abigat^ quod cum ipe divUe manet In f>ena$ aninwmq^e ineum, quod verba mmiilreê, Qu>od me Lucanœ jwoenem commendei amicœ»
J'ai honte après cela de vous rendre villum pro vino. Mais que voulez-vous ?
iVot 0lkam, muhum poterii UH mUtere divei.
Mais parmi la bonne chère que vous me faites, les difficultés que vous me proposez me surprennent, et il me semble que c'est,
Interpaterat ei kevia pocuki àerpent»
Après m'avoir bien traité, vous me donnez la que»* tion :
Tu Une <orfnen(tfiii ti^jfefiio admwei PUrwnque â^ro*
Ne savez-vous pas bien que c'est à vous à m'instruire et à m'éclaircir de mes doutes, au lieu de m'en proposer? que vous êtes le maître, et que Davus snm, non OEdipus? Mais je m'en tirerai fort bien en n'y répondant rien, et je vous montrerai qtie je suis de ceux de qui on disoit : In conviviis loquebantur^ in tormentis tacebant. Je vous dirai seulement que dans
108 LETTRES ne VOlTIiRB.
mon Tércnco, pour rem si videax, censeas, j'ai Iroiivo rervtn.
Au lieu donc de satisfaire a vos qucsUons, je vous en ferai d'autres, et vous demande comment vous entendez ce mot de Quinte-Curce, qui dit qu'Alexandre, en la seconde bataille, comme je crois, qu'il donna contre Darius, attaqua le frère de Darius dans la mêlée, lequel, ce dit-il, armis et robore corporis multum svpra eœleros eminebat. Les uns disent qu'armis veut là dire humeris; les autres, qu'il signifle armes, et qull veut dire que, «cpar la richesse de ses armes, et la taille et la force de son corps, il se faisoit remarquer sur tous les autres. » Ceux qui soutiennent la première opinion disent que l'auteur a eu visée à cet hémistiche de Virgile, quam forii pectore et armis ; que eminere ne revient pas à l'autre sens; que s'il eût voulu dire « qu'il étoit remarquable par ses armes, » il n'eût pas mis simplement armis, mais fîtlgore armorum. Les autres répondent que, quoique eminere veuille dire proprement surpasser de hauteur, il signifie aussi fort souvent être remarquable; que si armis signifioit les épaules, il faudroit que ce mot eminebat se prit là en deux différentes significations, car en la première, il ne revient pas bien à robore corporis, et on ne peut pas dire « qu'il étoit par-dessus les autres de toutes les épaules et de la force de son corps; » mais qu'au reste armis est un mot qui ne se dit proprement que de brutis, et ne se donne aux hommes que par les poètes, et qu'il n'est pa3 raisonnable que Quinte-Curce, pouvant mettre humeris, eût été faire une équivoque si fâcheuse que
COURESPONDANCK avec COSTAR (1640). 109
celle-là, en mettant armis. Songez-y, s*il vous plaît,' et en dites votre opinion, car cela a été fort contesté ici, et on attend votre avis.
J*ai trouvé parfaitement beau tout ce que vous me mandez de Bacon ; mais ne vous semble-t-il pas qu'Horace, qui disoit
Vitam Britonnoi koipHilmi feroiy
seroit bien étonné d*cntendre nn Barbare discourir comme cela?
Votre aureœ diei palpebrœ m*a extrêmement plu , et il me semble qu'entre un grand nombre de parrains qu'a eus l'Aurore, il n\ en a point qui l'ait nommée si agréablement qu'Euripide. Au reste la loi du borgne liocrien, à mon avis, étoit extrêmement juste, et il avoit grand intérêt de la proposer ; et pour moi, quand je n'eusse été que bigle, je m'y fusse hasardé. Ne croyez -vous pas que bigle vient de binm oeulns ^ comme un œil double qui regarde en deux endroits?
Pour Lucius Neratius, s'il eût donné ses soufflets avec un peu plus de choix, il me semble que son argent n'eût pas été mal employé, et que ce seroit une des plus agréables dépenses que l'on pourroit faire.
Ce fut, sans doute, une grande et remarquable saignée que celle qui guérit de la fièvre Fabius Maximus. Croyez-vous qu'après cela les Allobroges hii souhaitassent encore une fois ses fièvres quartaines? Je vous veux envoyer pour la fièvre qu'ils appellent semitertiana, ou, si j'ose parler grec devant vous, emitritœus (M. Pauquet, je vous prie, ne diles pas à votre maître que j'ai écrit emitritœvs sans A), je ir. 40
110 Lirfuts; »K voiTCKE.
vlNit veiix, dis<^je, apprendre poitr cette flnrre-tù tine r«e«lte cent fois phis aisée :
Interibat ehartœ quod dicitur Àbraeadahra, Sœp^ et tvhier répétai ( mirahite dietu ! ), Donee t» anguttum redigalur liUera cmmm»;
c'èst-à-dire , Abracadabra et dessous Abracadabr, et à la troisième ligne Abracadab, etc.
Àbracadt^a
Aèra^adabr
Abracadab
Vous fussie2*vous jamvs avisé de cela ? el ne faut-il pas bien savoir la médecine» la vertu des choses, pouf avoir découvert la propriété de ce inot4à ?
Sans m^itir, les vers d'Alexandre Sévère ' m'ont fait rîre extrêmement de bon cœur. Vous qui saves le grée, n'avez-vous pas bien du regret que roriginal en soît perdu? Peut-être que Vlter de Jules^César, ^ la Sieiie d'Auguste, étoient de cette sorte-là. La forftme n'est-elle pas biiarre d'avoir fait périr les oeuvres éê Cmna et de YariuSt et d'avoir conservé jusqu'à nous e^te épigramme, dont son auteur, après Favoir faite, pouvoit dire aussi bien qu'Horace :
Edsegi monumentum (Sre perennitt»,
Qwid «fe imber edam, amt Aquilo impotem^ ctt.
L'équivoque d'Aurélian* me plaît, mais encore ne )aissé-je pas d'avoir pitié des pauvres chiens. J'eusse mieux aimé qu'il eût juré de ny laisser pas un chat.
Pour ce qui eât de vos étoiles de la terre, vous n*êtes pas le premier qui avez ti-aduît cela eti fran-
' Entretiens, p. 189.
» laid., p. 170,
GORRESPONAAKCg À VCG COSTM (1640). 1 1 1
çois, et qui vous êtes avisé, que l'on pouvoit nommer les 4tdil9$, < les fleurs du ciel * : » car le roman de la Rose dit ,
Qtt*U Toyft fut avis que U terre, Voulsist emprendre estrif et guerrt An eiely estre mieux estellée.
Tant est par ses flenrs reMlée.
Et le Marin :
il etel fUtrito, e'I terren ttetlâio.
C'est peut-être là du grec pour vous , le petit ignorant ! \ propos de cela, M. Licimnius est ici. Mais il n'y a pas amené sa femme. Elle me mande qu'elle en est bien fâchée, qu'il est en très-mauvaise humeur et qu'il ne l'a pas voulu. Je ne sais qu'en croire, c^r, afin que vous le sachiez , M^^^ Licimnia est plus coquette et plus trompeuse que nous. Si vous avez trouvé en Poitou quelque belle et fidèje maîtresse,
Gaudê torte tua : me liftertma, neque uno Contenta, Pkryne maeeraté
Sachez, s'il vous plaît, que libertina veut là dire, Ce que nous disons en françois libertine^ et ne vous y
trompez pas
Que le petit conte latin du bas de votre lettre m'a plu et m'a semblé admirablement écrit ' ! Si votre histoire ou la mienne étôient écrites comme cela, on ne liroit plus Pétrone. Adieu, monsieur; je vous jure ma foi que je meurs d'envie de vous revoir et que nous nous promenions au Gouf s ensemble. Je suis de tout njon cœur, votre, et
) Entntitm, p. I9S. ' Ibid., p. 200.
112 LETTHES DE VOITURE.
LETTRE XllP.
Monsieur, vous eussiez mieux fait de laisser passer Uebrus *, et vous verrez ce que c'est que d'arrêter les rivières, et de s'opposer à leur cours. Celle-ci est douce et tranquille, et coule paisiblement, sans faire tort à personne. Cependant, vous déclamez contre elle, comme si elle avoit emporté sala lœia^ boumque labo^ res ; vous dites mille choses contre son bonheur,
el fera àUwoie qvkieium irriku amnem^.
Mais vous qui ne l'avez pu souffrir cum pace labantenij vous l'allez voir,
Nune lapides adeioty Slirpesqne raptat, et pecut, et domo$ Vohentem una, non nne monliwn Clamore vicinœque tylvœ.
Vous jugez bien à peu près, monsieur, si dans mon allégorie vous êtes désigné par le bestial S ou par les montagnes. Mais pour revenir à ce que nous disions, Hebnis est un fleuve délicieux, mais peu hanté et peu connu du vulgaire, ignotvs pecori et aux habitants de Poitou ; vous ne saviez pas sans doute,
Àtque awro turbidus Hebrus ;
ni ce que Pline dit, que l'on trouve de l'or dans son
' Enîretienit p. 237.
> ibid,, p. 210.
' Quum fera diluviei quieloi
Irritât amii«f. (Hor. Od., III, 29.)
' Bestial pour bétail; Tun et l'autre se disaient, de l'aveu de
VaugelaF, qui néanmoins préfère le dernier, l'autre étant plus dans
l'usage de la campagne.
CORRESPONDANCE AVEC GOSTAR (1640). 113
gravier. Mais dites le vrai, vous n'aviez pas ouï dire noii plus que la tète et la lyre d*Orphée furent jetées dedans cette rivière :
Caput, Hebre^ lyramque Exdpiê,
A voire avis, vous deviez-vous plaindre que je vous misse sur son rivage, vu principalement ce que Ton en dit?
FUbUe neicio qwid querilwr lyra ;
et puis,
Reipondent flehile ripœ.
Regardez le grand tort que je vous faisois. Vous eussiez peut-être ouï tout cela, et s'il est vrai ce que dit Pausanias, que les rossignols qui étoient vers le tombeau d'Orphée chantoient plus mélodieusement que les autres, imaginez-vous s'il fait bon où je vous avois placé, et quelle musique il doit y avoir.
La plainte que vous faites de mes neiges ne me semble guère plus raisonnable, et vous n'êtes pas, à ce que je vois, de ces délicieux dont Pline dit, j'entends le Vieux (car pour l'autre je ne le daignerois alléguer) : nives petunt^ pœnasque montium in voluptatem ver^ tunf : et vous ne les appelleriez pas vos maîtresses comme cet autre,
Setinwn^ dominteque nives, detuiqfie trieniet, etc.
Mais quand vous ne seriez pas de ce goût-là, au moins ne vous en deviez-vous pas tant fâcher :
Awpice quam dentum tacUai'um velku aquarum
Deflual in vuHus Cœsaritt mque iimu :
indulget tamen ille Jovi.
114 LETTftSS M V«mJiS«
V^os M deviies pas être, ce me semble, deplusmaii* vaifie humeur que Demitien ; et votre CaioUë vous de» vroit apprendre que je ne vous avms pas si mal legé,
quand il dit :
Ego viridU algida Idœ Nwé MMclv toc* eakun.
Ne saves-iRnis pas, deiit nivem sicui lanam^ et que c'est elle qui conserve les plus tendres fleurs contre la rigueur de l'hiver? Sans mentir (car il ne i^ous faut pas trop effaroucher, ni vous faire toujours la guerre), vous m*en avez envoyé les plus belles di^ moi^de et de toutes les sortes,
Ei ^w9$ Qua ktUt, quoique aUut Pelnu herk€$, Othrytque et Pituku, vet Pindo major Oljfmpus.
Je o'i^ pas ass0B de nez pour tout cela. Un fiey de ititlipcéros, celui f)e Papilus et celui de Ml 8 »
E% MMiti MfMa nortefi
n'y suffiroient pas. Un homme qui envoie tout cela ne devroit pas soupçonner que Ton pût mettre p^i^ barbaro pour lui, ni que cela vînt bien à son pied. Un barbare auroit-il toute la dépouille de la Grèce et; de ritalie?
Mais quand je vous aurois app^ ainsi, je veux bien que vous sachiez (car je ne me saurois tenir de vqus apprendre toujours quelque chose), que cela n'est pas si offensant que vous croiriez bien. Et sans vous alléguer que barbarico posti^s auro est interprété par Servius pour multo auro, je vous dirai que bmriarica lege
CORRESPORDANCB ÀTK€ OOSTAR (1640). 115
jms mmmpersequar, dans Maute, est expliqué par les i«t43rpcétes romana lêge , et dans le même auteur , fifiid uebeêtarbarasjnrcuy c'est-à-dire ttalas.
Selon que vous allègues le Furios d'VLomce, entre ces discours de neige dont vous parlez, je crois que vous ne l'entendez pas : car Horace ne veut pas dire p^ h qu'il dit des cliofie» froides, mais il «e veut moquer de ce vers qu'il avoit fait,
Jupiter Mbernàt eana niv» eoMpuU Àlpeg.
Je suis trompé, si Quintilien n'allègue aussi ce n^éme vers en un endroit où il blâme les mauvaises métaphores; et Horace, pour dire a quand il fait froid », dit ingénieusement et satiriquement :
furiui hibernai oana nive eonipuet Alpes.
Je ne suis pas de votre avis sur l'explication que vous donnez k ludo fatigatumque somno^ en expliquant /a^t^â^i^jr, lassatus pour ludo^ et oppressus pour ^omnQ : car je crois qu'un root qui as rapporte à deux autres doit avoir une même signilicatioa pour tous les deux; et pour moi je prendrois là fatigaium mmno pouTfuiigafum somni inopia, comme sommeil se prend en françois pour le somme en effet et pour l'envie de dormir : « je ii*en puis plus de lassitude et de sommeil»* Prenez garde, au reste, que loua les passages que vous alléguez de fattgains^ où vous lui donnez une autre signification que son ordinaire,ont un plus beau sens en le laissant en sa signification propre, et j'aime mieux <i fatigubit les dieux d'un autre empire t> que t importunoit», et ainsi des autres.
tl6 LETTRES DE VOITURE.
J*ai trouvé aussi bien qu'Âristote que la béatitude n*étoit pas dans le jeu, et de fait, je ne joue plus. Il y a sept mois que je n^ai joué, qui étoit une nouvelle assez importante que j'avois oublié à vous dire :
Née huiue pudel, ted non ineidere luium.
Je suis de votre avis, en ce que vous reprenez de Quintilien. Sa raison est bonne pour les chutes des enfants, mais non pas pour leurs jeux et les courses.
La rigueur dont les Thessaliens punissoient les Cigonicides ' me semble assez raisonnable. Mais je ne sais si c'étoit à cause que les cigognes mangent les serpents, ou pour ce qu'elles nourrissent leur père en vieillesse, ou pour avoir été les inventrices des clystères, qui est une louable et utile invention. Véritablement, hors qu'elles sont moqueuses, comme vous savez,
O Jane, a tergo, etc.
ce sont des oiseaux de fort bonnes mœurs et qui ont d'excellentes qualités.
Je ne m'étonne pas non plus de ce que dit Pline de l'estime en laquelle les Romains avoient le bœuf, et encore aujourd'hui, parmi beaucoup de peuples, le bœuf salé est en vénération. Mais savez-vous ce que dit Suétone de cet honnête homme de Domitien? Inter initia usque adeo ab omni cœde abhorrebat, ut absente adhuc pâtre, recordatus Virgilii versum,
impia quœ eœtU geni eit epulala juveneitt * Enirelkm, p. ?20.
GORRëSPONOANGË AVËG COSTAR (1640). 117
edieere destinaverit, ne boves immolareniur. Voyez le bon prince, qu^il avoit Pâme douce, et vous y fiez !
Je crois que vous ne connoissez pas trop bien Sylla, de dire qu'il n*étoit pas coquet,, et je gagerois que vous ne Tavez jamais vu^ animo ingenti, cupidus voluptatum^ seci gloriœ cupidior^ otio luxurioso esse : tamen ab negotiis nunquam voluptas remorata. Regardez si là-dessus on peut juger qu'il n'étoit ni coquet, ni galant.
Je vous supplie de dire à M. Tabbé de Lavardin ' que je le remercie très-humblement du jugement qu'il a donné en ma faveur sur le passage de Quinte-Gurce, et que je ne me réjouis pas plus de ce qu'il a jugé |K)ur moi que de ce quïl a bien jugé : car je prends désormais assez d'intérêt en lui pour être fort aise de ce qu'il est bon juge de ces choses-là.
Je me réjouis de ce que vous tâchez à rencontrer aux étymologies. Vous avez quasi trouvé celle de besicles, et cela n'est pas mal pour un commencement; mais il vient de bini circuli ou bis circuit. Celle de M. Grassot, dont vous vous moquez, ne me déplaît pas % et je ne recule pas trop non plus de celle de Vigenère \ Mais je vous rendrai des mules pour ses pantoufles, et vous demeurerez bien d'accord que ce mot-là vient de
* Philibert-Emmanuel de Beaumanoir, abbé de Lavardin et de Mallcorne, nommé évèque du Mans en 1648, mort en 1671.
2 Le docteur Grassot, qui rapportait Tétymologie de pyle et pilote au navire gravé sur les anciennes pièces de monnaie au temps de Saturne. Ce Grassot est mentionné dans le Piaudœana, p. 113. • ^ Vigenère faisait venir pantouffle de iAv et de eùXoç , comme qui dirait « tout liège ».
118 usn«£s w vMTuiie.
muUei^ qui éloîeiii oÊded r$§mm A^tmormm^ tmbri coloris.
Voilà, monsieur» ce que je ctevrois vous avoir é^rit il y a longtemps; mais j'ai eu tant d^aftaires, ^ telles que je sais bien que vous me pardonn^«i quand je vous les dirai :
jtet mitera êti puiehrum ette hominem nimit,
Âu reste, soyez un peu plus hasardeux, et que Pégase et Bellérophon ne vous fassent point de peur; je vous assure que ce ne sont que des fables que tout cela :
À^ide, > Mpgi , «MifeMUNTre êpm, €t U quoqtte dignum Finge Deo,
Au premier voyage, je vous enverrai la décision sur les mots de votre noblesse * . Je n*ai pas le temps à cette heure. Je suis, monsieur, voire, etc.
Post'-'scriptum. — J'oubliois à vous expliqua le pas^ sage de Quinte*Curce, au moins comme je Tentends, et véritablement il est très-difficile. « 11 n*y avoit pas, ce dit-il, de terre sous la muraille pour appliquer des échelles, et Alexandre n'avdt pas de vaisseaux. Et puis, quand il en eût eu, lorsque Ton eût voulu planter des échelles dessus, les vaisseaux étant branlants et flottants, cela n'eût pas pu se faire assez diligemment, et ceux de la muraille eussent eu le temps de repousser
- * La DobleMe du. Poitou se piquait de beau langage, et volontiers prenait Costar pour arbitre ; €eltti-«i en référait souvent 4 Voiture , et il lui avait soumis une dent-^ousaine d'capreesioM opatesiées sur )«pq«eiies il lui é ew aada it aoti avift ( Bmtetient, p. 235). VoyBs plus bas, p. 127, la décision de Voiture.
CORRESPOMAm» AVEO CmAR (1641). lit
k coups de tnits eeux qui rnssenl Twki monter, et eeiix qui étoieni dedans les naTÎres ».
iETTRE XIV «.
[Aoâlt64Pj.
Toute votre lettre m'a extrêmement plu; mais je n'ai pu lire sans jalousie les contentements que tous avez eus sur les bords de la rivière de Charente ' ; et moi qui, en toute autre occasion, me réjouis de vos avantages plus que des miens propres, et qui ne vous envie pas votre esprit, votre science et votre réputation, je vous porte envie d'avoir été huit jours avec M. de Balzac. Je sais que vous aurez bien su profiter de ce bonheur-là : car sur tous les hommes que je connots, vous êtes celui qui savez le mieux jouir d*une bonne fortune.
Et Deorum Munerièm napienUr uU.
Vous prendrez ce sapienter comme il vous plaira, en sa propre signification, ou en la métaphorique : car si on fait de beaux discours à Balzac, on fait aussi de bons diners, et je ne doute pas que vous n'ayez su goûter admirablement Tun et Tautre. M. de Balzac n'est pas moins élégant dans ses festins que dans ses
' EniretienSt p. 285.
^ La date de cette lettre est flxéepar une lettre de Balzac à Chapelain, do 12 août 1638 (erreur, pour 1641), et par an passage d'une leUre de Coslar, citée dans la préface des Entretiens deBal^ soc, sous kl date du 10 septembre de cette année 1641.
* €Mlar stftlt passé quinie Jours à Btiîtac, jprès dWngonlême, dans le courant de juiUcl.
livres. Il est magister dieendiet camandi ; il a un cerlain art de faire bonne chère, qui n'est guère moins à estimer que sa rhétorique; et entre autres choses, il a inventé une sorte de potage que j*estime plus que le Panégyrique de Pline, et que la plus longue harangue d*Isocrate ' . Tout cela a été merveilleusement bien employé en vous ; car, de ce côté-là, ce n^est pas assez de dire que vous êtes sapiens, vous êtes sapientipotens, comme dit Ennius. Je ne dis pas que vous ne le soyez aussi de Tautre : nec enim sequitur, ut oui cor sapiat, ei non sapiatpalçttus. C'est Cicéron au moins qui dit cela, afin que vous ne croyiez pas que cepalatus soit de moi. Sans mentir, votre goutte vous est venue là comme à souhaits et je ne sais si votre santé vous rendra jamais un si grand service. Ce tour-là tout seul mérite que vous vous réconciliiez avec elle, ou qu'au moins vous ne rappeliez plus une iluxion, et que vous ne feigniez pas de la nommer par son nom. Mais, avouez-le, n'avez-vous pas fait comme ce Cœlius?
Sawu Uniendo obligandoque plantât, ineedeiuque gradu laborioto.
Car, pour vous dire le vrai, une goutto qui vous prend si à propos, et qui vous arrête huit jours à manger des figues et des melons, m'est un peu suspecte. Au reste, je ne trouve nullement bon que vous ayez fait une si grande amitié avec le maître du logis, et qu'il vous aime tant qu'il le témoigne par toutes les lettres
' Voyez les EntreiUns de feu Af. de Balzac, 1C57, p. 350. ' GoBtar ne devait demeurer que huit jours à Balzac, mais la goutte le prit et l'y retint huit autres jours.
qu*il écrit ici. C'est tout ce que j'ai pu faire que de céder à M. Chapelain, et de souffrir d'être nommé le second :
Non jam prima peio, Mnesteuij neque vineere cerlo : Quanquam, à !
mais je ne souffrirai jamais d'être le troisième. Voyez-vous, monsieur, ce quanquam, ô ! est dit dans mon esprit avec plus d'indignation et d'amertume qu'il n'est dans Virgile. Prenez-y donc garde, et vous, et lui, et l'autre, et vous conduisez bien délicatement : car enfin, je ne sais si je pourrai souffrir tout cela, et si je ne perdrai pas patience. Tout de bon, il n'y a rien dont je fusse si jaloux que de l'amitié de M. de Balzac, et sans mentir, il est un des deux hommes du monde avec qui j'aimerois le mieux passer le reste de ma vie. Vous jugez bien qui est l'autre. Sans parler de son esprit, qui est au-dessus de tout ce qu'on en peut dire, il n'y a pas sous le ciel un meilleur ami, un meilleur homme, plus sociable, plus agréable, ni plus généreux : rir (car je le dirai mieux, ce me semble, en latin) facillimis, jucundissimis, suavissimis moribusy summœ integritatis, humanilatis, fidei^ libéralisa 5imti5, eruditissimus, urbanissimus^ in omni génère ojficii ornatissimus. L'amitié que nous conservons ensemble, sans nous en rien écrire, et l'assurance que nous avons l'un de l'autre, est une chose rare et singulière; mais surtout, d'un très-bon exemple dans le monde, et sur laquelle beaucoup d'honnêtes gens, qui se tuent d'écrire de mauvaises lettres, devroient apprendre à se tenir en repos et à y laisser les antres. II. H
192 IBrfftCS »E VMtmE.
Cm qa» tous âitet» de bftiir Mlnur de Bahac, comme Mtoitf de GUIIy', m'» semMé fort bcm» ei «eroil, en
vérité, bien à propos. Mais nous autres beaux espHts, nous ne sommes pas grands édificateurs, et nous nous fondons sur ces vers d*Horace :
JEéi/ieare comt, plamiteUo ad/wn^ ère mwroi^ Si quem delectet harbatum, ameatia vertet.
Ira moins, M. de Gombauld, M. de f Étoile, et moi, avons résolu de ne point bâtir, que quand le temps reviendra que les pierres se mettent d'elles-mêmes les unes sur les autres, au son de la lyre, le ne sais si c'est qn*ApoIlon se soit dégoûté de ce métier4à, depuis quil fut mal payé des murailles de Troie; mais il me semble que ses favoris ne s'y adonnent point, et que leur génie les porte à d'autres choses qu'à faire de grands bâtiments. Je vous remercie donc de votre coteau, et je serois bien fou de faire bfttiren un lieu où j'ai déjà une si belle maison toute faite. Je me suis imaginé que ce passage : Nnlli potest
* CoBtar avait dit qae « comme les fioanoiers ayoierit b&ti toat alenioar de Chllly du temps du maréebal d'EIBat, il fallolt qua tous lea beaux esprits bàtiseeiit atttoar de Baliae » (£R(recieae, p. 247). Voyez aussi l'épître de Girard en tête des Entretiens 4c Èalzac,-^ Le château de Chilly était au maréchal d'Ëfilat» qui fut surintendant des finances en 1626; il Payait hérité, ainsi que la seigneurie de Longjomeau, de son grand-oncle Martin Ruzé, intendant général des finances en Touraine. Les financiers na furent pas les seuls qui l^àUrent autour de Chilly, Chapelle y fit construire une maison où il passa les dernières années de sa vie. Voyei les Mémoires pour la vie de Chapelle placés en tête du Voyage de Cha" pi lie et de Baekaumont» Paris, 1826.
CORRESPOlitàNCIS kmC COSTAR (l64l). 123
pmUm$ 0ss€lofuij nuam rerum naturœ pmfere, etc., étoit du |eune Pline; et j'ai ti*ouvé plaisant que vous ne me Vomz plus aommer. Mais, i votre avis, n'eùtril pas mieux dit: NuUi poêest/aeilius esseiequi^ quâm rerum naturœfi^eere. Car, premièrement, il y a plus d'opposition entre lequi et Jeeere, qu'entre hqui et ping^re : ce qui donne quelque gr&ce; et puis, c'est quelque cliose de plus grand, de dire : Nulli fmilîu$ est loquij guam rerum naturw fwere : < Il n'est si aisé à personne dédire qu'à la nature de faire; » que si l'on disoit : « il n'est si aisé à païenne de dire qu'à la naUtfe de peindre. » JVe m'avmierez-vous pas que cela est d'un petit esprit, de refuser un mot qui ae pré^ sente et qui est le meilleur, pour en all^ ehercber avec soin un moins bon et plus éloigné? Il est dé ces éloquents dcmt Quintilien dit : ilUs sordent omnia qum naiura dictavil ; et en un autre endroit : Quidquod niàil jam proprium piacet , éum parwn creditur disertum^ quod et alius éixisset? 11 a pensé bien raffiner avec son pi$i§ere, et n'a rien fait qui vaille. En vous écrivant ceci, je me suis avisé que je serois bien attrapé, si ce passage étoit du vieux Pline. Mais si cela est, à son dam, je ne m'en dédirai point. Pourquoi parle-t*il conune son neveu Jf Non sapit patruum en cet endroitlà, lui qui à r%ard de l'autre a accoutumé d'être pairuus pat$'umimu$, comme dit Plaute ou T^nce: lequel est-ce des deux? Je crois que c'est le premier. IMtea^moi, je vous supplie» qui ei^ le rosiar qui a porté les roses que vous m'aveE envoyées ' ? Suns men*
> Umrp^fm, p. Mo.
124 LETTHES DE VOITURE.
tir, ni Pœsiuin, ni l*Égypte, ni ta Grèce, ni Tltalie n'-en ont jamais produit de si belles. Ce pourroit bien être vous : tu cinnamomum, tu rosa, (Vous avez la mine de croire que cela est du Cantique des cantiques, et c'est de Plante). J*ai de la peine à m'imaginerque ces vers soient d'un moderne; mais s'ils en sont, jeserois bien fâché que ce fût un autre que vous ou M. de Balzac, qui les eût faits. Qui que ce soit, il en doit bien être glorieux, et ces roses, en vérité, valent beaucoup de lauriers. Mais dites-moi, je vous prie, de qui elles sont? Die^ mi anime, mea rosa^ mea voluptas.
Avec vos roses vous m'avez envoyé des épines, en me proposant les deux passages que vous me donnez à expliquer. Premièrement, pour celui de Salluste, il faut considérer que la chasse étoit un exercice louable parmi les Scythes, les Numides, les Grecs mômes, et particulièrement les Lacédémoniens ; mais je ne me souviens pas d'avoir guère vu de marques, que parmi les Romains ce fût l'exercice des honnêtes gens. Pour l'agriculture, il faut distinguer les temps. Dans la vieille Rome, les hommes consulaires et ceux qui avoient été dictateurs, du maniement de la république retournoient à la charrue, et c'étoit le métier des Papiriens, des Manliens, et des Déciens. Mais ils le quittèrent lorsqu'ils eurent goûté les délices de l'Asie et de la Grèce, et vous pouvez bien juger que des gens qui se faisoient pincer le poil des bras et des cuisses, qui se frisoient et qui se parfumoient, étoient bien éloignés de piquer des bœufs. 11 me semble que c'est dans la vie des Gracques que j'ai lu, qu'une des causes qui poussa l'un d'eux à mettre en avant la loi Agraria fut
CORRESPONDANGB AVEC COSTAR (164 1). I2ô
qu'ayant voyagé par Tltalie, il n'avoit trouvé par les champs que des esclaves qui labouroient les terres, au lieu qu'autrefois c'étoient des citoyens romains. Or, puisque cela étoit ainsi dès ce temps-là, nous pouvons juger que du temps de Salluste, il étoit encore plus ordinaire que les serfs fussent employés au labourage; de sorte que la chasse et l'agriculture qui sont qucBstuosœ artes, il les appelle servilia officia, quia aut a servis exercebantur, aut exerceri poterant. Pour l'autre, je pense que, quand Ausone dit : ar^ guetur reetius Seneca, quam prœdicabiiurj non em^ disse indolem Neronis, sed armasse scevitiam, il ne veut pas dire, que Sénèque ait jamais incité Néron à être cruel ; mais, qu'au lieu de le louer d'avoir appris à son disciple assez de philosophie pour le rendre clément, on le reprendra de lui avoir appris assez de subtilité et de rhétorique pour défendre sa cruauté ' . De sorte qu'armar^, en cet endroit, ne s'entend pas des armes offensives, mais défensives. Et de fait, je pense que Tacite dit, que quand cet honnête homme- là eut tué sa mère (c'étoit une terrible cigogne ! ) , Sénèque l'aida à écrire au Sénat sur ce sujet, et à trouver des prétextes pour pallier l'horrible action qull avoit faite. Ce passage m'a fait lire la harangue d' Ausone tout entière : sans cela, je ne me fusse jamais avisé d'y mettre le nez , et tant que je sache tous les bons auteurs par cœur, je ne lirois pas une ligne de ces autresià. Mon Dieu ! quel jargon ils ont ! de quelle sorte ils écrivent ! et qu^un homme qui est accoutumé à Gi-
' Voyei Entretiens de Balzac, p. 95.
126 LBTTUS M VOai»E.
céron est étonoé quand il se trouve panaî 09
g6D&-là!
De toutes les lettres que j*ai reçues de vous, il n'y en a point qui m'ait semblé si beUe ni si agréaUe <iae la dernière. Hais Tendroft qui m y a plu daTAntage, c'est eehii où vousiae parkx de M. l'abbé de Lavandtn. Les bonnètetés qu'il veut bien q«e tous ne dipei de ^ pari, me toai croire, ouquHl est extiémemeut ddl, ou qu'il a asses bonne opinion de mm; et lequel que ce soi! des deux, je m'en réfouis extrêmement, ou pour son intéràt» ou pour le mien. le vous supplie, monsieur, de me £ure lagrice de lui dira de ma pati que je reçob l'honneur qu'il me fait avec tout l0 respect et toute la reoonooissaiice qui est due à une per* sonne de sa condition et de son mirite; mais que je prétends 4 bien davantage, et que j'ai fait un grand dessein de gagner quelque jour l'honneur de son amitié.
Je ne fus pas plus étonné quand j'entendis les n^* gieuses de Loudun parler latin, que je l'ai été de vous voir dire tant d'italien. En vérité, vous l'allégnes comme si vous l'entendiez? Mais j'espère que je sexsi vengé à vous l'entendre proncmcer. Car, pour rordi* naire, l'italien appris en Poitou, n'a pas l'accent ei* trêmement romain, et quelque chose que vous plussiez faire, sapées pùiUujinitatenu
Votre qttod mirerez dans le passage de Tacite parlant du jeu des Allemands, est bien remarqué et bien entendu. Mais il faut savoir ce que saint Ambroise dit là-dessus (je ne sais par quel hasard je sais ce que dit saint Âmbroise) : Ferwit Buhhos, ce dit-il, fviM» sine
G0RRESIHW9ANGB AVEC C08TAE (1641). tf7
l€§ièm viwuU, 9iem soliw kfibns ob9iir€f in ptoeinetu luden^ interm $immi et armufofkare, in vie- $uria sun tapêims Jieri.
Diteft-moi ce que veut dise rmfSktûmt * : autrefois, on appeloit un trictrac, un tablier.
Au resie, j^approuve voire |SkUi«|«>c ', o( même la médmilk de Vigènère*. Mais croiries*vous que «or* ^onniers tienne de ce qu'ils éonnemi ées iforsf Je la lis, Taulro jour, croire à un bkn honnête homine.
Pour ce qui est des mots sur lesquels vous me cou* sultez» je vous dirai ee que j'en ai appris, apfès n'en èlre iofornii. On dit : c'est un mtdon Ueu; il yavedi plusieurs cordons bleus. Mais non pas, il est eorim Ueu.
C'est mai parhar que de dire : // nuinge mai, en la signification que vous dites.
Procura et domUson ne valent rien.
Recouvert et recouvré se disent.
// a des finesses les nonpureilltSy ne se dit point.
Vous me demandez lequel est mieux dit : «n suuU, ou une saule; ni Tun ni Tautre ne vaut rien, il faut dire, un saule. On dit pourtant qudquefois, au pluriel, des sauXf en poésie.
Courre, est plus en usage que courir, et plus de la <x>ur ; mais courir n'est pas mai|vais, et la riin^ de mourir et de secourir fera que les poètes le maintien* dront le plus qu'ils pourront. On en peut user deux ou trois fois la semaine.
^ Entretiens, etc., p. 270.
' uxkvgfOK, dcnie; é'«ù, mImi te 4icteir Cnml, ètUkr et M.
^ IMillie, 4c wiH/ftiw, BttivAstVjgMière.
128 LETTRES DE VOITUBE.
Bienfaiteur n'est pas bon ; bier^aeteur ne se dit guère : dites, s'il vous plaît, bieirfaicfeur^
J'ai quelquefois ouï dire, netir, en des lieux où l'on parle mal ; mais râler et regeste, de ma vie je ne les ai ouï dire.
Il faut dire, Pentecôte et couvent; des câpres^ des moules, des noisettes, une linotte (ne croyez-vous pas que ce mot-là peut venir de ^<vy]? Je n'en sais pas l'accent, mais je sais bien que c'est à dire une chanson).
Le point du jour, et la pointe du jour ^ y mâle ou femelle : vous en userez, comme il vous plaira, et selon l'humeur où vous serez \
Quelques-uns disent encore, chaire, sans que l'on se moque d'eux; mais il vaut mieux dire, chaise.
Jésuiste et jésuite : jésuite, plus communément.
Depuis un an ou deux, on commence à prononcer arbre et' marbre, Chypre et chyle.
Fourbe et fourberie se disent, mais avec quelque diversité de signification; simplesse, se dit encore quelquefois.
Votre présidial de charpente m'a fait rire, et tous ceux à qui je l'ai dit : le gros porte a fait le même effet.
* Yaugelas, dans ses Remarques sur la langue française^ dont la première édition est de 1646, se prononce pour bienfaiteur, p. 237 ; le P. Bouhours (Remarques nouvelles , p. 506) pour bienfacteur. L'usage a donné raison à Yaugelas.
^ Voyez Lettres familières de M. de Balzac à M. Chapelain^ 1656, Ëlzcvir, p. 2U.
^ Esl-ce une allusion à ï humeur italienne dont Tallemant accuse Coeiar {Historiettes, t. Vil, p. 8)? — Le trait serait sanglant.
CORRESPONDANCE AVEC COSTAR (l64l). 129
Relation, comme réparation ; difformité : deformité, est mort depuis dix ou douze ans.
Deux cents hommes, sans vous arrêter à l'exemple de deux mille hommes» Il buvoit, iljalloit\
Après tout,, je ne prétends pas rien apprendre aux gentilshommes de Poitou ^ Je connois ici de si honnêtes gens de ce pays-là, que cela me donne bonne opinion de tous les autres, et je ne croîs pas que ce soit mal parler que de parler comme eux.
J^oublierois bien plutôt mille maîtresses que je n'oublierois M. de Ghives, et M. Girard % par nobile fratrum, et je vous oublierois quasi aussitôt vousmême. Si vous avez quelque commerce avec eux, je vous supplie de me faire la faveur de les assurer que je suis toujours leur très-humble serviteur avec autant de passion que jamais, et que je les supplie de ne vous pas aimer mieux que moi, et de ne me pas faire rinndélité que m*a faite M. de Balzac, en me quittant pour de nouveaux venus. [M. Ghapelain a été touché comme il le devoit de tout ce que vous me mandez de lui. Je lui ai fait voir votre lettre, qu'il a toute admirée avec moi]. Adieu, monsieur, et soyez toujours assuré, s*il vous plaît, que je n'aimerai et n'estimerai jamais rien plus que vous. Je suis de tout mon cœur, votre, etc.
* Ces détaila sont curieux comme indice des préoccupations littéraires de l'époque ; ils montrent que tout ne fut pas aussi stérile qu'on esl^ porté à le croire, parmi les travaux de celte génération qui précéda immédiatement le grand siècle.
* Voyez plus haut, p. 118.
' Girard, officiai et archidiacre d'Angonlème, ami et commensal de Balsac, pour qui il fit la préface placée en tète des Entretiens, Voyei plus haut, p. 1 19, note 3.