‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 40 sur 134 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

A Paris, ce 24 janvier 1642.

Monsieur , je vouloîs rompre pour quelque temps le commerce que j'ai avec vous, et en une saison où l'on doit faire pénitence, je fàisois scrupule de me trouver à ces grands festins que vous me faites. Mais après avoir beaucoup souffert , j'ai connu que je ne m'en pouvois passer. J'ai demandé dispense de recevoir de vos lettres, et l'on me l'a donnée. Pour vous, vous pouvez sans scrupule recevoir ce que je vous envoie : à peine ai-je de quoi vous faire une légère collation. Au lieu de ces mullos trilibresy que vous me pré-

* Entretiens, ete,^ p. 431 ; et Mas, de Conrart, p. 662.

senlez, je n*ai que des Tiberinos eatilUmeSj qui ne font que lécher les bords du Tibre et se nourrissent du limon du pays Latin»

Encore n'en aurai-je pas pour ce coup pour faire un plat, et je ne vous servirai que de légumes :

ïmgwM le paaeent olwœ, Te ciehorœa, Uve$qite mahœ

11 faut que vous vous accommodiez à ma disette. Je ne puis pas faire davantage. Je n*ai pas ces grands parcs, ni ces pays que vous avez à chasser [ni ces vastes mers où vous péchez tout ce que vous dites] :

HorhUui hie

Unde epuktm pfueis wlit dave Pythagoreii.

Il vous souvient bien de ce Cœeiliusy Atreus cucurbita" mm : je serai contraint de faire ainsi, car, pour vous dire le vrai, mon fonds est épuisé :

Mihi omne penu ex fwndis amieorum Me affertur.

Vous autres piscinaires (Cicéron appelle ainsi je ne sais quels riches de son temps , écrivant à Atticus : quantum piscinarii mihi invideantj alias ad te scri^ bam)y à vous autres, dis-je, il vous est bien aisé de traiter vos amis. Vous n'avez pas besoin pour cela de faire les efforts que nous faisons,

Née teta longe qucerit in mari prœdam.

Vous avez toujours des réservoirs tout pleins :

Piicina rhombum paseit, et lupot vernat;

vous n'avez qu'à siffler :

Natat ad magiilrum dfilirata murœna»

On ne vous sauroit jamais surprendre» vous, cui est varius penus^ ou varia, si vous voulez, ou variuniy ou penum ou penu : (ce drôle-là est plaisant , il est de tous les genres, il se fourre presque dans toutes les déclinaisons, et il est indéclinable quand il lui platt). Moi qui suis de ceux, quitus sunt verba sine penu etpe^ cunia , ne trouvez pas étrange que je me trouve étonné* . Voilà ce que c*est de faire de si grands festins h vos amis : cela est cause que Ton ne vous les peut rendre. Encore pour me mettre plus en peine, vous m*amenez M. de Balzac, le plus friand et le plus délicat homme du monde, qua munditia, qua elegantia hominem ! Je m*étois accoutumé à vous, et peut-être aussi rétiez-vous à ma table; mais elle ne peut pas recevoir un survenant comme cela,

Ingentem non iuilinet umbram.

Sans mentir, en vous voyant tous deux, vous m'avez fait souvenir de Jupiter et de Mercure, quand ils furent embarrasser le pauvre Philémon ( et cela soit dit pourtant sans vous offenser ni l'un ni l'autre, car toutes comparaisons sont odieuses). En eiiet, ce bonhomme n'avoit pas plus de raison d'être empêché que moi. C'est, en vérité, une cruauté de Néron : Indicebai familiaribus cœnas^ quorum uni mellita quadragies H. S, consiiierunt ; alteri pluris aliquanto resaria. Pour vous dire le vrai, c'est ce qui m'a retenu si longtemps. J'ai dit beaucoup de fois à moi-même :

Nunquamne reponam?

' Cette lettre se termine ici dans les éditions in*4; la fin rorme nne nouvelle lettre ««an? indication de date.

If. 42

134 LBTTftES DE VOITURE.

mais votre oonsidération et la sienne me retenoieni :

CîÊfio enim modifiée aecipere iummoi ctroi, Ut mihi rem eite reantur.

Enfin, après avoir bien cherché sans rien trouver, il m*a semblé que Ton me pouvoit dire comme à cet autre : Numquid^ adolescenst melius dicere vis^ qnam poies ? Et encore :

Qwd imUtwm e^ipiat, qmm »U UH gobio tuntwn

Je me suis donc résolu à faire ce que je pourrai, et contentez-vous-en, s'il vous plaît,

11 faut que vous vous accommodiez à ma disette : je ne puis pas davantage. J'ai honte, je vous l'avoue, de vous découvrir ma pauvreté, et pour être pauvre, je ne laisse pas d'être ambitieux :

Bie vivimui ambitioêa t^ouperkHe,

Je voudroîs de bon cœur,

' Ad Pmkiêinai aeipemera mUlere MaNMi,

OU VOUS faire un souper comme celui, auquel duo millia lectissimorum pisciuMy septem avium apposifa tradunttir. Mais dites-moi, je vous supplie, mangezvous force acipensers, vous autres en Poitou? J'en ai envoyé demander ici. Mais on ne les oonnoit point aux balles. Il t&toit pourtant autrefois fort estimé à Rome : huic tanins olim h&hèMmt kona$^ ce dit Macrobe

GORKëSPONOANGë AVBG GOSTAB (1642). 135

(pensi6z-vous <]ue j^eusse lu Macrobe?), ui a coro$uUi$ ministris^ et cum tibiis in convivinm solerei ferri, G'étoit-là un beau privilège pour un poisson. G. Duilius en avoit à peu près un pareil : C Dtnlium, qui primm Pornos classe deviceraU redeuntem a cmna se* nem sœpè videbam puer. Ddectabatur cereo funali et tibicine, quœ sibi nulle exemple privatus sumpserat; tanium lioentiœ dabat gloria. Ce n'est pas moi, non, qui le voyois comme cela, c'est Gaton le Genseur. Et Gicéron, qui nous fait ce conte-là, rendoit aussi, comme je crois, grand honneur à oe poisson, et en mangeoit volontiers : car il se souvient de lui en ses Tusculanes, et lé nomme sur tous les autres, comme un bon morceau. Si quem igitur tuorum afjiicium nuBTore videris , huic acipenserem potiuSj quam d/tquém Socraticum libellum dabis. Cependant on n'en dit plus pas un mot. Jugez par-là ce que c'est que de la gloire des choses humaines, et quel cas on en doit faire après cela !

/, iemem! et $œvas curre per Àlpeg, Vt puerit pUiceoi, et declamatio fUul

Quoi qu'il en soit ( ce quoi qu'il en soit vient un peu de loin : car il se rapporte à ce que je disois, que je n'avois rien à vous donner ) , je vous traiterai de ce que j'ai, et je dirai comme cet autre : Vide audaciam^ eiiam Hirtio cœnam dedi sine pavone. Il dit en un autre endroit à quelqu'un, qui se vantoit qu'il lui feroit aussi mauvaise chère que je vous la ferai : Si persévéras me ad tnatris tum cmnam vocare, feram id quoque. Voloenim vid^e MtnitiM, qui mihi audMii

136 LETTRES U£ YOITLRE.

ista qwBScribis apponere^ aut eUampolypum^ Miniani Jovis simikm. Crede mihi, non audebis : ante meum adventumy fama ad te de mea lautitia veniet : eam extimesces. Mandez-moi, je vous supplie, au vrai, quelle bête c'est que ce polypus Miniani Jovis. Sans mentir, je ne sais plus rien depuis que je ne reçois plus rien de vos lettres. Pour la promutside, cela n*est pas trop mal jusqu'ici; mais vous ne vous en contenterez pas: non enim vir es, qui soleas promulside confici : intégrant famem ad ovum affers. Venons donc au reste.

Pour ce qui est de ce que vous vous plaignez de ceux qui ne font pas les Grâces assez grandes , je pense qu'ils n^ont pas tant de tort; et la raison est, que les vmtablés grâces, et qui touchent le plus, consistent principalement en de petites choses, en certaines actions, certains mouvements du corps et du visage, dans lesquels, sans être quasi aperçues, elles font leur effet :

ComponU furtim, iubtequUurq^e âeeor.

Ce furtim veut dire, ce me semble, cela, et ce que les Espagnols appellent et no se que. Elles sont si petites que même on ne sait ce que c'est. Et ne vous mettez pas non plus en peine de leurs maris ' : de quoi vous avisez-vous de vouloir rompre des mariages, quUl y a si longtemps qui sont faits? Les dieux, comme vous disiez sur un autre sujet, en font bien d'autres : le monde est plein de ces mariages-là. N'ont-ils pas ma-

' Voyez Entretient, p. 313.

^ Voiture répond à un passage de la lettre do Go8lar» où celuici se plaint de l'Injure qu*Homère fait aux Grâces de marier Tune d'elles à Vulcain et Tautre au Sommeil.

CORRESPONDANCE AVEC COSTAR (l643). 137

rié la Peine au Plaisir, le Travail à la Gloire, le €iei à la Terre et M^^* * * * ' à monsieur son mari?

Sie viium Veneri^ eui plaeet impaires Formai atqw animoi mb juga ahenea, Sœvo miUere cum jœo.

Je ne sais si je vous avois dit qu*il y a longtemps que nous ne nous écrivions plus, et que Ton m*avoit dit qu'elle se plaignoit fort de moi. Elle est en cette ville, et je l'ai été voir. Notre entrevue a été à peu près comme celle de Didon et d*Énée, quand ils se ren* contrent aux Enfers. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'apaiser. Je lui ait dit , vérus mihi nuntitis ergo : et per sidéra juro, et nec credere quivi :

lUa tolo /Ueos oculoi anersa tenere^

Née magie ineepkt tullum eermone mweri,

Qw»m si dura siiex, aut sM Marpesia eauies»

Le Sommeil, au reste, n'est pas un si mauvais mari que vous dites, et cette Grâce, je ne sais comme elle s'appelle, ne pouvoit pas être mieux , pour être en repos et à son aise. 11 est doux comme un moiitoq : c'est le plus paisible de tous les dieux :

Plaeidissime, Somne, Deorum, Pax ammt, quèm ewra fugit.

et hors qu'il n'y avoit point de portes à son logis, c'étoit un fort bon parti. Voyez un peu dans Lucien la description de sa ville, et comme il étoit accommodé. Quand il ne sauroit autre chose que de raccommoder le teint , remettre les yeux battus et embellir les dames, pensez-vous que ce ne soit pas assez pour être bien avec elles? C'est un grand distillateur de pavots et de

' Geatsans doute la même dont il est question précédemment, p. 92 et Buiv.

138 LBTTIIES OB VOITCRB.

mandragore : et il sait faire desfardft qui valent mieux, sans comparaison, que tout le blanc et tout le rougn d'Espagne : no vsava afeyieê Dorinda, y u$i desperto con îo5, que el sueflo le avia dado : (apprenez un peu l'espagnol ; quand ce ne seroit que pour ne pas nous rompre tant la tête avec votre italien. ) Il n*est pas non plus si pesant que vous pensez :

Tum levU œthereii delapiui Somnut ab aiirii ,

et n'eût pas fait tant d*enfants, s'il eût été si foible :

Tum ftaler a populo nalorum mille êuorum.

Et quand même il seroit aussi froid que vous le croyes, pensez- vous que ce soit un petit secours, que tous ces songes qu'il manie à baguette, et dont il dispose comme il lui plaît ? Ne vous souvienl-il plus de celui deFleur-d'ÉpineT

Se ion togni quetti, Ch' fO dorma «empre, e tiMn «on mi deiti.

Et cet autre :

Proh Venue! et lenera volucer eum maire €upido! Gaudia quanla luU , f uwm me manifesta libido Contigit !

Comptez-vou$ cela pour rien; et ne croyez-vous pas qu^me honnête femme s'en pourroit contenter? Quant à ce que vous dites, que les Grâces ne doivent jamais dormir, allez un peu voir nos dames le lendemain d'un bal, quand elles ont veillé, et dites-moi après votre avis là-dessus.

Pour votre somno mollior herba ' et votre morbida^

' «Virgile a dit el Jiomno mollior h^ba : Toyez rexcell«Mci|«idilfi

C0RRESP0N949IGE AVEC GOSTAt (1642). 139

domine, magister nosier^ je crois que voiis n'avez entendu ni le ktin, ni l'italien : car l'un veut dire « propre pour dormir dessus » , et morbido ne signifie autre chose que a poli, doux, lene, douillet », proprement. ^^

Votre empereur de^Lampridius ' me semblë'homme de fort bon goût ; et si Héliogabale avoit fait une vingtaine d'ordonnances comme cela, je le mettrois à côté de Tite et de Trajan. Je m'étonne que vous ayez oublié cette autre de Tibère : Asellio Sabino H. S, dncenta dûnavii pro dialogo, in quo boleti, et ficedutoB, et os^ ireasy H iurdi eertûmen induxerat. G'étoient des empereurs cela! J'ai regret, sans mentir, que ce dialogue se -soit perdu; et n'eussiez-vous pas été bien aise aussi de voir discourir une huître avec un champignon? Cet Âsellius devoit être un galant homme, et je lui eusse donné de bon cœur un chapeau de castor.

Vous avez merveilleusement bien taillé et admirablement mis en œuvre ces piernes que je vous avois envoyées toutes brutes ; elles sont devenues des pierres précieuses entre vos mains, et vous en avez fait un des meilleurs plats de votre festin : fecisti ut lapides illi panes fièrent. Sans avoir l'estomac de Saturne, ni les dents de la Lune, j'en ai très-bien mangé, et avec grand plaisir. C^est cette viande-là, quam nemo coquus hactenus in jus vocaverat. Mais vous faites des sauces avec lesquelles on mangeroit des cailloux. Je ne croyois pas que de si graves auteurs eussent rapporté cette

pour le maii d'une déesse toujours jeune ! » {Lettre de Costar à Voiture,)

* EnireiierUf p. 322.

histoire. Je ne fais pas de doute après cela que les pierres n'aient ouï autrefois le son de la lyre : et de fait encore aujourd'hui nous croyons que les murailles ont des oreilles.

Je vous avoue que je fais plus de cas d'Ausone que je n'en faisois; vous me l'avez fait voir en son lustre, en me le montrant dans la poésie. C'étoit, sans mentir, un fort honnête homme; et je crois que sa harangue eût été fort bonne, s'il l'eût traduite en vers. Ceux que vous m'avez fait voir de lui me semblent merveilleusement beaux. Je connois des hommes comme cela qui vont fort mal à pied, et qui font des merveilles à cheval. Mais je voudrois bien que ces gens-là ne fissent que ce qu'ils savent faire, et que Gicéron n'eût jamais écrit de vers, ni Âusone de prose.

Si vous me demandez, pour parler à cette heure de cet autre festin dont vous m'avez fait part,

m Natidieni juvit me e<Bna beali ?

c'est-à-dire, comme je me trouve de la bonne chère de M. de Balzac, je vous répondrai, ut nunquam in vita fuerit melius. L'Apollon de Luculle, ni l'Apollon même de Delphes ne pourroient rien faire de si magnifique. Il n'y a point de si petits mets qui ne vaillent mieux que le dodécathée d'Auguste (vous savez bien

Quwn primum iitorum conduxU mema ehoragrumf Sexq%ke Deot vidit Mallia, texque Deas) ,

et qui ne mérite des louanges admirables. C'est d'un festin comme cela que l'on peut dire :

/ lauri di Permeuo e di Parnato Àndorno a eoronar la gelatina.

Cet homme, sans mentir, est incomparable en tout ce qu4I fait. Je vois de temps en temps des vers de lui, qui sont sans doute beaucoup au-dessus de ce que je croyois que notre siècle pût produire, et qui donneroient de la jalousie, je ne dis pas à Lucain ni à Claudien, mais h Lucrèce et à Virgile. Mais demandez -lui, je vous prie, sur «quoi il se fonde de croire que j'aie tiré de ses entrailles l'explication du passage d'Ausone', et pourquoi il me tient de ceux,

^t plui ex jecore aliéna iapiunt, quam ex iuo.

Il pense donc, que je ne sais rien que par réminiscence des choses que mon âme a apprises autrefois dans sa conversation. Son plat de vent, aussi bien que votre plat de pierres, m'a plu exlrèmement, et ç'auroit été une excellente viande en Vile de Ruac. Je ne sais, monsieur, si vous le savez : c*étoit une île où les habitants ne vivoient que de vent, et on n'y donnoit aux malades que des vents coulis.

Sans mentir, vous êtes de merveilleux ouvriers; vous assaisonnez les choses de sorte, qu'il n'y a rien que l'on ne mangeât quand vous l'avez apprêté, et que vous ne fissiez avaler avec plaisir. Vous savez donner

Cuerpo a lot otentos, y a lot piedrat aima.

C'est un vers de Louis de Gongora, que vous ne con-* noissez pas. J'ai été bien aise d'apprendre rallianco que les Athéniens avoient avec Borée, et de savoir qu'il y ait eu un Norvégien qui ait été citoyen d'Athènes*.

* Vo^ez plus haut, (i. V2S.

' Entretiens, p. 367. — Allasion a un passage d'Hérodote rap-

l4â lehres ob voiture.

Celui-là, ce me semble, se pouvoit dire citoyen du monde avec autant de droit que cet autre des leurs qui s*en vantoit. Les Athéniens, au reste, avoient là pris un bourgeois bien turbulent.

Je ne croyois pas, je vous Tavoue, que la mer fût une larme semblable à celle de cet autre qui mangepit des pierres encore mieux que moi. 11 la jeta,, sans doute, lorsqu'il fut chassé et garrotté par son flls. Ne vous semble-t-il pas ( au moins si cela est vrai ) que Ton peut dire de Saturne, aussi-bien que du che« val du pauvre Pallas,

Guttii humectât grandibus or a,

A la vérité, on lui fit de mauvais tours ; mais bien a pris pour le genre humain , que comme il étoit fort mélancolique, il n'étoit pas grand pleureur : car s'il eût jeté seulement deux larmes, où en serions-nous? omnia pontus erant. On peut dire en cette occasion qu'il pleura amèrement. Mais dites-moi, je vous prie, si vous le savez, pleura-t-il la mer et les poissons ?

Immania Cete, Tritonetque citos, Phoreique exereilui omnes?

J'avois oublié à vous parler de votre passage de Sénèque : Valde me torsit illa podagra, adeoque impli^ citi mihi videntur hi pedes, ut ad illos utrosque dextros explicandos, nullum dextrum pedem habeam; si ce n'est qu'il voulût dire, que la goutte tourne quelquefois en dedans le pied gauche qui doit être en dehors, et qu'ainsi étant tourné du même côté que le

porté par Gostar, où il est dit que « Borée fut appelé solennellement le gendre des Athéniens, à cause d'Ûrythie sa fêmmê, qui étoit Aibénienae. »

pied droit, il dit têtrosgue dextros. Mais aussi ne pourroi t*elle pas tourner le droit du côté gauche? et ce BtToiiutrosquesinistros, Saiis mentir, cela est bien difficile : si vous y voyez quelque chose de mieux,

Si q%tid âextro pede eoneipit,

dites-le moi.

J'ai appris votre maladie ' avec beaucoup d'alarmes, quoique je ne Taie sue qu'après qu'elle étoit passée; et j*ai été étonné d'apprendre le péril où j'ai été sans en rien savoir. Je vous prie, mon cher monsieur, de croire qu'il n'y a rien au monde qui me soit plus cher que vous , ni que j'aime et que j'estime davantage. Je n'ai, que je meure, point de joie sensible, que lorsque je pense (et je le pense souvent) que la fortune nous donnera moyen quelque jour de passer le re^e de notre vie l'un avec l'autre, et de vous avoir in seriis jocisque amicum omnium horarum. Je vous jure qu'il n'y a rien que je souhaite tant, et que je suis et serai toujours à vous avec autant de passion que lorsque je vous voyois tous les matins. Je vous fais cette protestation à la veille d'un voyage de six mois où je m'en vais, car je pars avec le Roi pour aller en Catalogne ** Ne m'écrivez donc pas, s'il tous plait, que lorsque vous saurez que Sa Majesté sera de retour* J'aurois plus d'impatience de revenir, si je

* Cette maladie de Gostar est sani doute la même à propos de laquelle fialzac écrit le billet à l*abbé Pauquet, cité par M. de llonmerqué (t. VI, p. 227 de rédition in-8 de Tallemant), et daté da iw février 1642.

* Le roi partit de Saint-Germain le 27 janvier, et arriva à Lyon le 17 février»

144 LRTTlteS DE VOITURE.

croyois vous retrouver ici cet été ; je vous exhorte à faire tout ce que vous pourrez pour cela. Qui bene latuit, bene vixii^ n'est i^as un précepte qui vous regarde. Laissez-ià

Panaqœ Sylvannm que 9enem, Nymphoique sororet.

Vous vous devez au public, et il faut que les hommes comme vous soient connus de tout le monde. Omnis autem peregrinatio , comme vous savez , est obscura. Hâtez donc votre relour, je vous en conjure encore une fois, et dès que votre terme sera expiré, revenez ici me revoir, ou M.... ou quelque..., et prenez garde, ne quid temporis addatur ad hanc provincialem molestiam. Je vous envoie un livre de M'^c de Gournay * , qu'elle m'a donné pour vpus le faire tenir. Adieu, monsieur; aimez-moi toujours, je vous supplie, souvenez-vous souvent de moi, et soyez assuré que je serai toute ma vie de tout mon cœur, votre, etc.

Post-scriptum^ — Votre infelix Theseus, m'a semblé merveilleusement heureux» et Hercule, sans mentir, ne le tira pas des Enfers plus heureusement, ni plus glorieusement que vous '.

' Marie le Jars, demoiaelle de Gournay, fille d'alliance de Montaigne, morte k Paris, en 1646. Voyez plus bas, p. 158.

^ Ici s'arrête la correspondance régulière de Costar el de Voiture. Ce dernier revint de son voyage de Roussillon à la fin de 1642 ; Costar était encore en Poitou. Au commencement de la régence (1644], il vint à Paris avec son patron qui sollicitait un évèché,et y demeura jusqu'après la mort de Voiture (juillet 1648). C'est dans cet intervalle qu'il convient de placer la série de billets qui, dans les EntreiienSt font suite aux lettres, et qui nous niOBlrcnt notre auteur dans le cercle de la vie ^lourgeoise oi familière.

CORRESPONDANCK AVFX COSTAR. 145

BfLLETS.

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