BILLET
Je perdis hier tout mon argent, et deux cents pistôles au delà, que j'ai promis de rendre aujourd'hui. Si vous les avez, ne manquez pas de me les envoyer. Si V0US ne les avez point, empruntez-les. De quelque façon que ce soit, il faut que vous me les prêtiez, et gardez -vous bien de souffrir que quelque autre vous enlève sur la moustache cette belle occasion de me faire plaisir. J'en serois fâché pour l'amour de vous. Comme je vous^connois, vous auriez de la peine à vous en consoler bientôt; afin d'éviter ce malheur, vendez plutôt tout ce que vous avez, jusqu'à M. Pauquet et même jusqu'au petit Nau. Vous voyez comme l'amour est impérieux. Je prends un certain plaisir à en user de la sorte avec vous, et je sens bien que j'en nurois encore un plus grand, si vous en usiez ainsi avec moi. Mais vous êtes trop poltron. Jugez s'il ne faut pas que je m'assure bien de vous : dans le temps que j'en ai affaire, j'ose vous dire des vérités désobligeantes. J'en ajouterai une, qui vous sera plus agréable et qui réparera cette injure : c'est que je vous aime plus que tous les hommes du monde, et autant que toutes les femmes, sans en excepter ma nouvelle inclination. Je donnerai ma promesse à celui qui m'apportera votre argent. Bimjour, mon très-cher monsieur.