A LA même
Je croyois qu'il n'y eût que vous qui me pussiez
* Mé8, de Conrarif p. 494.
190 LETTiies m voiTuai.
donner de mauvaises nuits; mais je trouvai hier une dame qui m*a fait passer celle-ci sans dormir, et qui me perça le cœur si sensiblement que je n'ai point eu de repos depuis que je Tai vue. Sans dessein, comme je crois, de m^assassiner, elle me dit que vous deviei partir demain et qu'elle avoit appris cette nouvelle de votre bouche. S'il en est ainsi, j'ai, ce me semble, quelque raison de me plaindre de vous (m'ayant re« tranché la moitié de ma vie) que, sans l'avoir mérité, vous abrégiez mes jours devant le temps. Vous trouverez peul-être étrange qu'un homme si malheureux que moi se plaigne qu'on ne le laisse pas assez vivre, et que je me tourmente de ce que Ton veut me délivrer trop tôt de tous mes maux; mais je vois bien qu'encore les plus misérables aiment la vie, et puisque je ne dois perdre la mienne qu'en me séparant de vous, je crois que ce n'est que la sorte de mourir qui m'étonne, et que je suis excusable d'avoir peur d'une si cruelle mort. Cette pensée ne m'a pas laissé fermer Tœil depuis hier, et si ce jour me dure autant que la nuit que je viens de passer, je nedevrois appréhender votre absence que comme un malheur qui ne me peut venir que dUci à cent ans, Mais un si fâcheux accident se doit prévoir d'aussi loin que cela, et s'il n' avoit à m'arriver qu'à la tin du monde, je commencerois dès cette heure à le craindre. Néanmoins, je vous supplie de ne laisser pas de me dire ce qui en est, et puisque c'est toute la grâce que vous me pouvez faire, avertissez-moi de l'heure et du jour de ma mort, afin qu'au moins je me puisse reconnottre auparavant, et que j'aie le loisir de m'y préparer.
LlTYlItÉ ÀHIbnflfttlâRft. m