A DIANK
Si le déplaisir de ne point voir ce que vous aime^ vous^ est aussi sensible qu'à moi , et si vous souffres durant cette absence quelque chose approchant de ce que j'endure, quelles considérations y a-t->il, belle Diane, qui vous puissent obliger d'être deux jours sans me voir, et pourquoi ne nous jetons-noua pas plutôt à toute extrémité, qu'à celle où ce malheur nous réduit? Pour empêcher que quatre ou cinq personnes ne parlent, et qu'elles ne remarquent nos contentements, est-il raisonnable que nous n'en ayons plus? et pour éviter un peu de bruit, faut-il que nous endurions tant de mal? Non, non, ma chère Diane: le plus grand mal qui nous puisse arriver, c'est d'être séparés F un de l'autre^ et je n'en sache point que nous devions tant craindre que celui-là. Aussi bien » pour
tant de peine que nous nous donnons, ne croyez pas quenotre affection en soit plus secrète. La tristesse qui est sur mon visage toutes les fois que je ne vous vois point la découvre à tout le monde, et parle plus haut que personne ne sauroit faire. Quittons donc désormais une discrétion qui nous coûte si cher, et donnez-moi dès après dîner quelque moyen de vous voir, au moins si vous voulez que je vive.