‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 73 sur 134 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Après vous avoir laissé passer le temps hier jusqu'à minuit, il n*y a pas de danger, ce me semble, belle Diane, que je vous fasse souvenir aujourd'hui, que vous avez un serviteur qui ne vous a point vue il y a presque deux jours, et à qui on ne cessa hier de reprocher ses rêveries. Cependant, peut-être que l'on vous louoit où vous étiez de votre belle humeur. J'ai cru qu'il étoit à propos de vous faire songer à lui ce matin : car possible vous n'y pensâtes point hier ; et je n'espère pas qu'en si bonne compagnie quelqu'une de vos pensées vous eût osé parler de moi. Au moins j'en eus tant hier de toutes les sortes, que j'ai raison de croire qu'il ne vous en pouvoit rester, et je m'imagine, que vous trouvant assez bien accompagnée, et jugeant que je serois trop seul, vous m'envoyâtes toutes les vôtres pour m'entretenir. Aussi elles vinrent en foule partout où je fus, et furent même si hardies qu'elles entrèrent avec moi en une maison, où elles ne doivent pas trop bien être reçues. C'est chez une dame, pour qui vous m'avez reproché quelquefois que

je n*avois point de pitié, avec laquelle trouvant un de vos cousins, qui ne vous en fait point non plus, je ne pusm'empécher que je ne trouvasse occasion de parler de vous. Cela fut cause que j*y demeurai deux heures plus que d*ordinaire> durant lesquelles votre nom fut répété plus de vingt fois. Je vis le feu et la jalousie en l'esprit de l'un et de l'autre, et nous fûmes vengés tous deux, moi de celui qui avoit été si hardi que d'aimer Diane, et vous de celle qui avoit osé entre-^ prendre d'aimer ce qui lui appartient. Je ne sais si en cela j'ai été trop peu discret, ou trop malicieux ; mais je vous assure que c'est le seul plaisir que j'eus hier, et le premier que je reçus jamais en ce lieu-là. Je vous prie de me le pardonner, à la charge que je vous pardonnerai aussi, si d'aventure vous reçûtes hier iuelque contentement sans moi.

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