A climène
Puisque je ne vous puis parler, non plus que si j'étois absent, permettez-moi de vous écrire et de me servir du seul moyen qui me reste pour me faire entendre. Je croyois, belle Climène, que le plus grand mal que j'avois à craindre étoit celui d'être séparé de vous. Mais l'absence a-t-elle rien de plus cruel, ni de peine plus insupportable,que celle de me trouver auprès devons, comme j'y suis à celte heure? Être près de toutes les grâces, de toutes les joies et de toutes les beautés du monde, sans oser v tourner la vue; avoir son cœur d'un côté et regarder toujours de l'autre; parler de toute autre
* Mss, de Conrari, p. 633.
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cbou que de ce que ï'oa pense ; et Undis que Voa csl dans les feux et dans les géhennes, être obligé de conter des liistoires et des Tables : ce sont des tourments qui passent toute ioiagination, et que uul homme ne pourroit souffrir, s'il ne les soufîroit pour l'amour de vous. le suis hien vengé maintenant des maux que je disois que mes yeux m'avoient faits. Ils ne sont pas plus libres que moi. Ils souffrent à leur tour toutes les peines qu'ils m'ont causées, et sont punis à celte heure qu'ils n'osent plus se tourner vers vous, et qu'ils ont perdu cette joie pour laquelle ils vous ont vendu ma liberté. Voilà, Climène, l'état où je suis pour vous, et les déplaisirs que je souffre, pour avoir connu mieux que personne combien vous êtes aimable. Je ne vois pas qu'ils puissent diminuer. J'en prévois d'autres qui mo menacent, et je sais que je serai plus malheureux dans trois jours, lorsque je ne pourrai ni vous voir, ni vous entendre, ni vous écrire. Cependant, au milieu de CCS maux, je bénis à tous moments le jour que je vous rencontrai la première fois, et j'aime mieux toutes CCS peines que ta tranquillité où j'étois devant que de vous avoir vue. Je vous demande seulement que vous ■nu plsignicx un peu, et que vous me souhaitiez quelquiifutB eti vous-même une meilleure fortune, puj^ ([ue, jHiur l'amour de vous, j'en sais si bien support»' une mauvaise.
jcoupde peine.
J'ai perdu te g®ûl de toutes chostes, L'usoge m^me de Tair ne m'est pas libre, et je ne respire pas tant que je soupire. Voilà Tétat où je suis depuis que je ne vous ai vue. Il est vrai que je ne suis pas assuré d'où cela me vient, et que je ne sais si c'est un effet de mon rhume, ou de mon amour. Toutefois, il y a apparence que c'est vous qui faites mon plus grand mal, puisque le plus grand soulagement que j'y trouve est de vous écrire. Sans mentir, je ne vous vis jamais si aimable que vous l'étiez l'autre jour. Nonobstant ce que vous savez, qui eût pu faire peur à un autre, je vous trouvai la plus jolie chose du monde; et quoique vous me chassassiez de temps en temps, et que vous eussiez changé votre humeur en celle de M*^® de Saint-Martin *, votre entretien me sembla trèsagréable. Cela me fait voir que, outre les choses qui paroissent en vous, il y a encore quelque enchantement secret, qui fait que l'on vous aime, et que vous ne sauriez jamais, quoi qu'il vous arrive, n'être pas belle et n'être pas douce. Au milieu de tous vos mépris, je ne vous saurois trouver cruelle. Lorsque vous me déchirez le cœur et que vous le mettez en mille pièces, il n'y en a pas uiie qui ne soit à vous, et un de vos souris confit toutes les plus amères douleurs que vous me faites souffrir. Aimant toutes les choses douces, je ne puis trouver mauvaises celles que vous faites, et la mort même me semblera bonne de la façon que vous l'apprêtez. Puisque je trouve tant de goût en vos défaveurs, jugez combien vos faveurs me
* Ne l'appelait-on pas la Grondeuse ? Voir les chansons du temps. ( Note de M, de Monmerqué),
toucheroient; et ayez le plaisir, au moins une fois, de voir reflet qu'elles feroient en moi. Vous savez qu'il ne m'en faut pas tant pour me contenter, et que sans qu'il vous en coûte beaucoup, vous me pouvez accorder tout ce que je désire.