‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 75 sur 134 · A. M»* DK · texte numérisé non relu

A. M»* DK

Voici la quatrième lettre que je vous écris, sans avoir de vos nouvelles. Si c'est la faute de la fortune, c'est le plus grand malheur du monde; si c'est votre faute, c'est la plus grande cruauté que vous fîtes jamais. Cependant, je ne me puis enlpêcher de vous faire souvenir de moi, et sans voir que cela puisse être bon à rien, je vous écris des lettres sans y attendre de réponse, et des plaintes auxquelles je n'espère pas de satisfaction. La dernière fois que je vous écrivis, je croyois m*ètre mis en repos; mais, à ce que je vois, il n'en faut plus attendre, depuis qu'une fois en sa vie on vous a vue. Cette image, que je croyois à demi effacée dans mon esprit, y est revenue avec toutes ses couleurs et avec plus de lumière que jamais. Elle remplit tellement mon âme, qu'il n'y a plus de place pour toutes les autres choses, et celles qui sont ici sont plus loin de moi que vous, qui en êtes à plus de cent lieues. C'est dommage, sans mentir, que la plus belle personne du monde soit aussi la plus ingrate et la plus cruelle, et qu*avec tant de raisons de ne vous aimer pas, il se trouve tant de sujets et même tant de nécessité de vous aimer. Voyant que vous ne me teniez

* Mts. de Gowrarf, p. ^11.

pas ce que vous m'aviez promis, j*avois fait tout ce j'avois pu pour me remettre en liberté et pour me tirer de vos mains. Après tout, m*y voilà retombé mieux que jamais, et tous mes efforts ne m*ont de rien servi, qu*à m*apprendre de ne plus tenter une autre fois une chose impossible, et de ne pas ajouter à tant d'autres peines celle de chercher des remèdes où il n'y en a point. Vous pouvez donc me faire tel traitement qu'il vous plaira, sans que je m'en puisse ressentir. Je n'ai plus de cœur, ni de force, ni de résolution contre vous. Mais il est, ce me semble, de votre générosité, de ne pas faire de mal à un homme qui s'abandonne entièrement à votre merci, et de ne pas rendre malheureuse la plus soumise, la plus désintéressée et la plus parfaite passion qui fût jamais.

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