‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 82 sur 134 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

• Il faut bien croire que vous m'enchantâtes hier, quand vous me fîtes dire que j*étois content de vous : car à moins que d*un effet de magie, il seroit impossible que trois paroles qui signifioient si peu m'eussent fait oublier le plus cruel outrage que vous me pouviez faire. Cependant, il est vrai que vous trompâtes ma douleur, et vous me renversâtes si bien le jugement, que, dans le plus sensible déplaisir que j'aie jamais reçu, je sentis la plus grande joie que j'aie jamaie eue. Mais le charme finit bientôt. Pour mon malheur, la connoissance me revint aussitôt que je vous eus laissée, et après avoir eu de la peine à retenir devant vous des larmes de joie, j'en ai répandu toute cette nuit les plus amères du monde. Quoi que je fasse pour me tromper, je connois que vous m'avez fait une trahison qui ne peut être oubliée; qu'il ne peut plus

* Mss. de Conrart, p 62G.

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y avoir de Gommerce entre vous et moi ; que la con» ûance ne peut jamais revenir, et ce qui est de plus cruel» voyant par toutes sortes de raisons que je ne vous dois point aimer, je ne vois ftuoune apparence de le pouvoir faireé Tous les déplaisirs que vous arré^ tâtes hier sont revenus en foule dans mon «esprit» ôt y ont mis tellement toutes choses en désordre, que^ hors que je connois mon mal et qu'il me souvient encore que vous êtes la plus aimable chose du monde, il n*y a plus de raison, ni de oonnoissance, ni aucun rayon de bonne lumière. Voilà Tétat où je suis, et en vérité il ne semble pas qu*il puisse y avoir du remède. Mais voyez quelle foi j'ai en vous! Si je puis aujourd'hui ouïr de votre bouche une parole obligeante, si vous nie faites voir une action ou Uii regard favorable, ou si VOUS dites âeuleiîietit en vous-même que vous voulee que je sois guéri, je suis assuré que tous mes maux cesâeront et que j'oublierai toUs les déplaisirs que vous m'avez faits.

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