‹ Œuvres: lettres et poésiesChapitre 84 sur 134 · A lA MÊME · texte numérisé non relu

A lA MÊME

IV'ètes-vous pas la plus fière personne qui naquit jamais ! Vous ne vous contentez pas de ne me point faire de bien^ vous ne voulez pas même que j'en imagine : et comme s'il y allolt de votre honneur que je fusse toujours triste, vous vous offensez dès que vous trouvez un peu de joie dans quelque coin de mon esprit.! Que vous coûte-t-il» je vous supplie, que je me persuade en moi-même d'être heureux, et que je me forge des contentements auxquels vous ne contribuez rien, puisque j'ai eu tant d'aveuglement que de mettre mon affection en la plus ingrate personne du monde! N'êtes-vous pas bien injuste, après cela, de trouver mauvais que je manque de jugement en quelque autre chose, et qu'un homme, qui a su si mal se conduire, ne sache pas fort bien juger? Trouvez bon qu*au moins en cela je jouisse du dérèglement de ma raison, et que je profite en quelque sorte du désordre que vous avez

* Jilss, de Conrart, p. 5?8.

mis en mon esprit. Si j*étois en mon bon sens, je ne jugerois pas que vous m'aimez; mais aussi si j*y étois, je ne vous aimerois pas : et en Tétat où je suis, je ne puis plus rien penser qui vous offense.

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