A MADAME (ou MADEMOISELLE) DE V
Après quatorze vers • vous me permettre» bien de mettre quatorze lignes de prose, et de vous dire en un langage qui a accoutumé d'être plus véritable que ce* lui-là, que je meurs pour vous. Cette beauté dont je
* Mss. de Cofifar/, p. 532.
' U lui envoyait frtifemblablement le gpnnet de la Belle Mati" n#Hie. Yoyes pins bas, p. 312.
viens de parler est beaucoup mieux, écrile dans mon âme qu'elle n*est ici; et l'image que j'en ai conçue est telle, qu'en vous mettant au-dessus de l'Aurore et du Soleil, je ne dis rien qui ne me semble trop bas et que je ne croie au-dessous de vous. Jugez, je vous supplie, en quel repos doit être un esprit où vous êtes si bien représentée, qui, considérant à toute heure la plus belle chose du monde, parmi tant de raisons de désirer n'en voit aucune d'espérer, de quelque côté qu'il regarde. En cet état, néanmoins, le mien ne laisse pas d'être content. Il est tellement occupé à voir tant de merveilleuses qualités qui sont en vous, et à penser combien vous êtes aimable, qu'il ne me reste pas de temps pour songer que je ne suis pas aimé, ni pour sentir que je meurs. L'idée que je me suis formée de vous, et que je contemple sans cesse, m'attache de sorte que je ne m'aperçois pas de ce qui me manque, ni de ce que je souffre; et tandis que mon cœur brûle et qu'il se consume, qu'il craint, qu'il désire et qu'il s'agite, mes pensées sont tranquilles et me donnent des joies qui passent celles des hommes. Cependant je juge par raison que ma vie ne peut longtemps durer ainsi, et puisqu'elle vous appartient et que vous en êtes la maîtresse, je crois qu'il est de mon devoir de vous avertir du péril où elle est. C'est à vous à en ordonner, comme il vous plaira : car pour ce qui est de moi, je n'ai rien à vous demander là-dessus, et ma volonté est tellement soumise à la vôtre, que je ne lui permets pas de souhaiter le bien que vous ne voulez pas que j'aie, ni de fuir le mal à quoi vous me destinerez. Ce que je vous puis dire seulement, c'est que toute mon âme
étant également à vous, il n*cst pas raisonnable que tous mes biens ne soient que dans mon imagination, et qu il est juste peut-être qne vous donniez des contentements plus véritables et plus solides à la plus solide et la plus véritable passion qui lût jamais.