DISSERTATION MUSICALB, À PROPOS DU
les théoriciens comme par le sentiment musical.
C'est donc avec le si bémol et le fa ncUurd, qae toutes ces périodes sont notées et toujours exécutées par tous ceux qui chantent exactement la note écrite. Eh bien, les chantres de Gransac faisaient sans cesse le si naturel et le fa dieze^ ce qui donnait à cette mélodie du Credo, un caractère agreste qui concordait singulièrement avec Tesprit général de la localité et la physionomie de ceux qui exécutaient le chant. La modification de ces deux notes suffit pour rendre ce chant méconnaissable et pour donner une juste idée de ce que peut produire d'obscur et d'irrégulier l'altération dans le chant. Ce fait fit sur moi une vive sensation et m'amena tout naturellement à réfléchir sur le degré de confiance qu'on peut accorder à certaine tradition invoquée de nos jours par plusieurs musicologues dans la question de la restauration du chant grégorien.
Dans cette même soirée, nos trois ecclésiastiques de l'hôtel reçurent la visite du curé de Gransac, vénérable prêtre, qui fut engagé à prendre part à notre promenade habituelle. Il accepta gracieusement. Je ne manquai pas de faire partie également du groupe des promeneurs, et nous nous dirigeâmes vers le grand parc, pour aller demander k ses allées profondes une fraîcheur réparatrice de la chaleur fatigante de la journée.
Parvenus à un site admirable, ombragé par un châtaignier séculaire, où se trouvaient disposés quelques sièges rustiques, chacun prit place sous l'im-
CREDO DB Dommcis raR AimCM. 939
mense voûte de verdure, légèrement agitée par une brise caressante, et bientôt une douce causerie, dégagée du cérémonial et de la froide étiquette des salons, ne tarda point à s'engager.
Après avoir touché à certains sujets vagues, dans lesquels chacun pouvait, plus ou moins, placer quelques mots, MM. les ecclésiastiques cherchèrent à circonscrire la causerie sur un objet spécial. Connaissant la nature de mes études et de mes occupations journalières, Tun d'eux s'adressa à moi et me demanda mon opinion sur le chant de la messe que j'avais entendue le matin à l'église du village.
Une question directe ne me permit point de garder le silence, ni de trop voiler le sens d'une réponse qu'on me pressait de rendre aussi claire et aussi précise que possible. Cependant, je me contentai de dire d'abord quelques mots bienveillants sur l'heureuse disposition du chant alternatif que j'avais remarqué tout particulièrement , et de la franche et bonne volonté que tous ces braves villageois semblaient apporter dans leur coopération. Cela dit, j'essayai de m'arréter, par une réserve bien motivée, lorsque mes interlocuteurs me pressèrent de nouveau d'exposer mes vues sur le fond même du chant romain, comme partie intégrante de la haute question liturgique qui s'agitait dans tous les diocèses de France. Je dus continuer.
Cette demande, si formelle, m'amena k parler de la nécessité d'un chant uniforme et unique pour