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les questions du chant liturgique ; 5*^ dans les altérations successives que l'ignorance ou la distraction des copistes ont laissé glisser dans les anciens manuscrits; 6° dans la tolérance du clergé pour les mauvaises traditions locales ; 7*^ dans le peu de respect des exécutants pour ce qui était noté ; 8*^ dans l'isolement du clergé et dans son abstention du progrès musical et artistique qui s'accomplit depuis un siècle dans la société; 9"" enfin, dans l'insuffisance des études du clergé sur tout ce qui a trait au chant ecclésiastique, qu'il est cependant chargé de cultiver, d'appliquer tous les jours, de propager et de transmettre comme un dépôt sacré à ses successeurs.
Après cet exposé sommaire, qui démontrait assez, et l'importance du sujet, et les points délicats qu'il contenait, je témoignai le désir de m'arrêter ; mais, pressé plus vivement encore par toute l'assistance, je dus continuer. Or, les travaux de la commission de la nouvelle édition du Graduel et de l'Antiphonaire Romain des diocèses de Reims et de Cambrai paraissant intéresser tout particulièrement mes interlocuteurs, c'est sur ces travaux que je reportai mes souvenirs; après m'être un peu recueilli, je continuai ainsi :
La commission de l'édition de Reims et de Cambrai, d'accord en cela avec l'opinion de tous les hommes éclairés, a reconnu l'importance et la nécessité de l'unité liturgique, non-seulement au moyen des mêmes textes et des mêmes prières, mais surtout au moyen du même chant. Le but. que s'est proposé
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cette commission, c'est de tâcher de retrouver le chant Grégorien et de lui rendre toute sa pureté primitive ; le moyen qu'elle propose , c'est la confrontation de tous les anciens manuscrits offrant quelque garantie d'authenticité. La commission s'est dit que le chant ecclésiastique n'était point à faire, qu'il était fait, qu'il n'était pas non plus à refaire, puisqu'il avait été bien fait, mais que, puisqu'il était défiguré et corrompu, il fallait le dégager de tous ces éléments parasites en remontant à la source. Elle a reconnu que la voie la plus sûre pour y parvenir était la tradition attentivement suivie et étudiée, dont l'autographe de saint Grégoire devait être le point de départ.
Mais, Messieurs, à cet égard, ce n'est pas seulement la commission de Reims qui a adopté cette idée et qui s'est occupée du travail de la confrontation des anciens manuscrits. Avant elle, M. Fétis en avait reconnu l'absolue nécessité et s'en était occupé sans relâche. Traitant toutes les questions musicales consciencieusement et au point de vue le plus élevé, celle de la restauration du chant liturgique devait nécessairement attirer toute son attention et obtenir tous ses soins. Aussi cet éminent musicographe s'en occupa-t-il avec cette persévérance, cette gravité, cet amour qu'il apporte dans tous ses travaux. Il ne voulut s'en rapporter qu'à lui-même dans cette étude si ardue et si obscure : il eut la patience de collationner et de comparer entre eux 246 anciens manuscrits, c'est-à-dire à peu près tout ce que les
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plus riches bibliothèques de tous les pays ont pu lui fournir sur ce sujet. Eh bien, ce savant affirme que ce moyen lui a révélé toutes les difficultés de Tentreprise et laissé peu d'espoir d'une heureuse solution ; il a rencontré, nous dit-il, de notables variantes entre les documents qui passaient pour les plus authentiques, et, le plus souvent, d'affligeantes mutilations. Son opinion est donc peu rassurante sur ce que peut produire, dans ce but, l'étude de la tradition.
Il est certain, Messieurs, que l'autographe de saint Grégoire, dont on croit avoir une copie authentique dans le couvent de Saint-Gall, en Suisse, serait un excellent guide si l'on pouvait lire exactement sa notation; mais c'est Ik l'une des grandes difficultés. Malgré tous les efforts de nos Champollions musicaux pour arriver à une interprétation fidèle de ces signes neumatiques, on n'est encore parvenu qu'à des conjectures. Cependant, espérons. A l'égard de l'intelligence parfaite de cette ancienne notation, qui précéda la notation guidonnienne , le -manuscrit de la bibliothèque de Montpellier et les travaux récents de quelques musicologues, pleins de zèle et de sagacité, deviennent très-utiles pour en avancer la solution (1). Le manuscrit découvert par M. Danjou est noté en même temps, dans quelques parties,
(1) Le manuscrit de la bibliothèque de Montpellier, découvert par M. Danjou en 1847, est en parchemin ; il a trois décimètres de hauteur sur 227 millimètres de longueur et se compose de 163 feuillets. Le catalogue de cette bibliothèque le