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DISSERTATION MUSICALE, A PROPOS DU

eo neumes et en lettres, Tun expliquant l'autre . La commission de Reims a , sous ce rapport , reconnu l'importance de ce manuscrit : toutefois, dans l'analyse qu'elle en a faite, elle a bien compris que ce livre était plutôt un recueil de pièces liturgiques réunies comme exemples typiques, qu'un livre de chant proprement dit destiné à l'usage journalier du culte. C'est ce qui lui a paru expliquer l'absence d'un grand nombre de chants relatifs à divers

portait comme étant du X* ou du XP siècle. Mais M. Nisard a démontré qu'il devait appartenir au XII* siècle.

Ce n'est pas un Antiphonairej mais bien un Tonaxre trèsétendu. Ce volume commence par une copie du traité de Réginon de Prûm, ouvrage composé dans la derrière année du IX* siècle ou au commencement du X* et publié par Gerbert dans ses ScriptoreSy etc.

Les premiers feuillets sont remplis par la séquence Laudes SalvatoriSr qui est citée dans l'ouvrage de Jean Cotton» par des graduels, des répons, des traits, des intonations des versets alleluiatiques, un fragment d'office de saint Urbain; toutes ces pièces sont en neumes simples. Le trait qui confiduni est neumi sur quatre lignes tracées à la pointe sécbe. Deux répons graduels qui viennent ensuite, sont les premiers morceaux qui aient une double notation. U Antiphonaire proprement dit, qui ne commence qu'au feuillet 14, o^re six divisions. 1* Introîts et Communions; 2* Alléluia ; 3* Traits; 4» Graduels; 5* Offertoire; 6* Suppléments et mélanges, contenant entr'autres morceaux les traits du II* mode, omis dans la troisième section qui n'en renferme que du VIII* ; puis différentes pièces pour le dimanche des Rameaux. Toutes ces divisions ont une notation double ; la littération et la neumation, ce qui fait avec le texte trois lignes parallèles. Les paroles sont en encre rouge et surmontées de signes neumatiques au-dessus desquels se trouve une interprétation au moyen des quinze lettres de l'alphabet. Quatre degrés ont en outre une notation particulière. Cette variété de signes s'applique toujours à des degrés susceptibles de former demi-tons par rapport au degré voisin.

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offices, absence qa'on avait mal interprétée et considérée comme des lacunes regrettables. Qu'il me soit permis de vous dire, Messieurs, sans être trop technique, que les lettres qui y servent d'interprétation aux beumes sont celles de la notation de Boëce, écrivain du V* siècle.

Après avoir fait remarquer l'importance du manuscrit de Montpellier comme guide pour la restauration du chant grégorien, la commission de Reims a signalé encore le service que peut rendre, pour le même objet, le Graduel des Chartreux, si toutefois on peut parvenir à bien interpréter sa notation. Ainsi, sous ce rapport, même appréhension, même doute que pour TAntiphonaire de saint Grégoire.

Dans ses élucubrations, cette même commission de Reims arrive a reconnaître que Tun des éléments essentiels du chant grégorien était le rhythme, c'està-dire cette division métrique et prosodique qui résultait de l'inégalité relative de la valeur des notes, des repos correspondants à ces valeurs, et de la disposition régulière des divers membres de la phrase ou période du chant. Cependant, elle reconnaissait bien que ce n'est point là le rhythme de la musique moderne ; aussi, elle nous dit : « Ce rhythme était quelque chose de plus flexible, qui alliait l'indépendance à la simplicité, et qui réunissait tous les avantages de la mesure sans en connaître les entraves. Ce rhythme était absolument nécessaire dans l'exécution des mélodies si riches et si abondantes. » Une de nos autorités contemporaines, l'abbé Baini,

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corrobore cette opinion de la commission de Reims en nous disant c que le rhythme était Tâme du chant grégorien. »

J'ai dit, Messieurs , que Tun des obstacles qui entraverait toujours l'heureuse restauration du chant grégorien était aussi le peu d'accord qui règne sur ce sujet entre les musicographes. Voici une opinion diamétralement opposée à celle de la commission de Reims. Je n'en apprécierai point la valeur, mais, comme elle a été émise et soutenue par un artiste d'une grande valeur, et qu'elle a été livrée à la publicité, je crois devoir en dire quelques mots : dans l'examen sérieux des causes en litige, il faut entendre toutes les parties.

Selon Adrien de Lafage , ce serait en vain que l'on espérerait retrouver des documents authentiques du chant grégorien primitif ; les retrouverait-on même, il ne conseillerait pas de l'adopter. Il veut que, à cet égard, on reconnaisse le bon effet du progrès musical moderne et les exigences de notre civilisation. Cet écrivain musicographe veut bien qu'on essaie de remonter les siècles du moyen-âge, mais seulement jusqu'à Gui d'Arezzo, au XI* siècle, considérant tout ce qui est antérieur comme objet de pure curiosité archéologique et sans utilité pour le chant actuel.. Il appuie son opinion sur celle de saint Bernard, qui, dans ses travaux sur l'épuration du chant, déjà bien altéré à son époque, aurait dédaigné Tancien antiphonaire de Saint-Gai, considéré, ainsi que nous l'avons dit, comme une

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reproduction fidèle de celui de saint Grégoire.

Si le célèbre fondateur de Tordre de Citeaux se plaignait de l'altération qui, de son temps, déparait les mélodies liturgiques, ce fut bien autre chose un peu plus tard. D'abord, l'usage du déchant, pour lequel l'engouement devint général, ensuite l'admission d'un grand nombre de voix pour l'exécution des pièces de chant qui devaient être dites par des solistes, ce qui nécessita leur simplification : enfin les suppressions apportées aux Graduels, Alléluias, Traits, etc., dont on fit disparaître les neumeset les répétitions uniformes, qu'on traite dHnutiles longueurs. Ces suppressions ayant été admises, devinrent bientôt générales, et, on le devine, elles furent aussi arbitraires. On ne tarda point à en reconnaître l'abus.

Aussi, Messieurs, peu à peu le chant grégorien se trouva défiguré par l'incorrection des manuscrits, par leur mutilation, par une mauvaise exécution, auxquelles vint s'ajouter plus tard son absorption dans le travail harmonique des contrepuntistes qui le façonnaient à leur gré, tout en le prenant pour base de leurs compositions de musique sacrée.

J'ai prononcé les mots de liberté laissée aux évéques par le Souverain Pontife dans les questions de chant ; cette assertion, avancée par moi, pourrait paraître inconsidérée et peut-être blessante pour des ecclésiastiques si dévoués à l'autorité hiérarchique. Il est donc de mon devoir de vous réitérer mes bonnes intentions, en vous montrant que je m'appuie sur des faits incontestables.

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