DISSERTATION MUSICALE, A VROPOS DU
L'altération du chant grégorien et le vice de son exécution pendant l'office divin étaient de toute notoriété quand le Concile de Trente se réunit. Cette docte et sainte assemblée se préoccupa vivement de l'importance de l'unité dans le culte. A la suite de ces travaux, et dans le même but, le Pape saint Pie V et ses augustes successeurs réglèrent tous les points du rit et de la liturçie romaine. Plusieurs autres grands travaux, confiés d'abord à des commissions au sein du Concile, étaient destinées à compléter cette unité : un Catéchisme latin, qui aurait été obligatoire pour tout l'univers catholique, et que chaque évéque aurait traduit en langue vulgaire pour son diocèse, un Bréviaire, un Missel et un Corps de Prières reconnu nécessaire pour des cas particuliers ; enfin le chant liturgique épuré dans une édition unique pour toutes les Eglises, avec défense expresse d'y rien modifier, telles furent les vues de cette mémorable assemblée. Pie V, en 1568, conformément à la délibération de la ii^ session du Concile, promulgua le nouveau Bréviaire. Deux ans plus tard parut la bulle relative au nouveau Missel ; mais les travaux concernant le catéchisme et le chant liturgique demeurèrent inachevés.
La cause de la musique religieuse proprement dite et de sa convenance dans le lieu saint , venait d'être dégagée de celle du plain-chant, et, un instant compromise ; elle avait été gagnée par le prodigieux effet des compositions de Palestrina, et particulièrement par trois de ses messes, desquelles se détache
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encore, comme modèle de perfection, la messe dite du Pape Marcel.
Quoique la solution de la révision des livres de plain-chant pour arriver k l'unité eût été confiée k la sagesse et aux lumières de chaque évêque, le Saint-Siège ne perdit point de vue l'urgence de cette réforme, la difficulté qu'elle présentait, et le danger de la laisser entièrement a la merci de tout Tépiscopat. Il était évident qu'il eût été préférable qu'une telle mesure fût partie du Vatican.
Aussi, le Pape Grégoire XIII, k qui l'on doit l'utile réforme de l'ancien calendrier, s'occupa-t-il également de l'importante question du chant liturgique; il voulut résolument amener cette unité k bonne fin.
Au moment de son pontificat, le nom de Palestrina était la personnification de l'art musical dans sa plus haute acception et dans sa plus parfaite convenance. Or, pour réaliser le vœu du Concile de Trente, il s'agissait d'adapter au plain-chant révisé, épuré, les paroles modifiées selon le Missel et le Bréviaire nouveau. Le Saint-Père confia cette tâche k Paleslrina. Certes, ce n'était point la un travail agréable pour un compositeur de savoir et d'inspiration; assurément, si Palestrina consentit k s'en charger, ce fut par devoir et par dévouement.
Cependant, consciencieux jusqu'à l'excès dans toutes ses entreprises d'art, l'auteur de la Messe du pape Marcel ne négligea rien pour réaliser le vœu des Pères du Concile, vœu dont il appréciait mieux que tout autre l'opportunité. Treize années lui suffi-