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SAINTS GEOLE

plain-chant suivi d'une antienne m fleurtù, puis an Magnificixt en faux bourdon avec les orgues, ensuite les complies avec les psaumes en faux bourdon. Le lendemain, jour de la fête, il devait être chanté ane haute-messe, et le soir même service que la veille, mais plus solennel encore. Le lendemain, pour le repos de Tâme des fondateurs, messe de Reqmm en musique. Pour inviter le peuple a la solennité, il devait être sonné trois carillons, et la messe funèbre sonnée à deux cloches.

En imitation de ce qui avait eu lieu dans 1^ autres corporations, le directeur de la congrégation d'Evreux prit le titre de prince. On attacha à ce titre des privilèges et des obligations. Mais les vues, les soins de cette institution, ne se portèrent pas seulement sur ce qui concernait la célébration de h fête de la sainte patronne, elle eut aussi un but de bienfaits de progrès artistiques. Ses statuts portèrent qu'un puy ou concours aurait lieu annuellement aux frais de la confrérie le 23 novembre : dans cette circonstance on distribuait quelquefois jusqu'à sept prix, mais jamais moins de quatre. Les pièces admises au concours étaient :

l"" Motets latins à cinq parties et deux ouvert tures, c'est-à-dire à cinq voix, et partagés en deux parties ou divisions, tels qu'étaient en effet alors les grands motets. Le meilleur recevait un orgue d'argent avec la légende : Pedara plena deo rapis cuque sono inseris astris; celui qui venait après obtenait la harpe d'ai^ent avec ces mots : PraUnus ad

PATRONNE DES MUSICIENS. STf

numéros mens acta furore quiesdt. Les paroles du

motet devaient être en Thonneur de Dieu ou collau'

dation de sainte Cécile.

2* Chansons à cinq parties € a tel dict qu'il plaira

au facteur hors texte scandaleux partout. » Les

deux meilleures compositions en ce genre recevaient :

la première un luth, la seconde une lyre d'argent.

La légende n'offrait que des idées vulgaires.

3** Air à quatre parties. Le meilleur obtenait un

cornet d'argent. On voit qu'alors on .établissait une distinction entre Tair et la chanson.

4* Chansons facétieuses a quatre parties : Une flûte

d'argent à la meilleure, avec la légende : Tibia lœta

jocos et Bacchi munera vitis.

5* Sonnets chrétiens français en l'honneur de sainte Cécile. Ce dernier était comme l'on voit un prix de poésie.

Au revers des médailles se trouvait le nom du

prince en l'année duquel le puy était célébré. Le modèle primitif des médailles avait été fourni par Jean Laurens, orfèvre de Paris.

Les essais des pièces envoyées au concours se faisaient à la maîtrise de la cathédrale, sous la direction, du maître et du doyen du puy, choisi parmi les confrères ayant bonne intelligence de la musique, il s'adjoignait pour le jugement un certain nombre de compagnons chantres. Voici l'article relatif k ce qui se passait lorsque le jugement était rendu. « Le jugement résolu, le prince, accompagné des fondateurs et confrères, marchera avec les chantres,

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lesquels , pour rendre grâces à Dieu de Fheareiix succès de leur coacertation, s'iront présenter derast le grand portail de Téglise de Notre-Dame, et là chanteront k haute voix les motets premiers au puy ; après chacun desquels chanté, ils feront entondre aux assistants, par ledit doyen, le nom des auteurs. »> Mais on ne dit pas où étaient chantées les chansons dont tout le texte devait être pur de termes scandaleux.

Parmi les noms qui furent couronnés dans ces concours, on distingue celui de Orlando Lasso on Roland de fMtre, ou enfin Roland de Lassus, célèbre musicien belge du XYb siècle. Les autres, tels que Eustache Ducaurroy , Raimand de la Cassaigne, Claude petit- Jean, Etienne Destart^ Robert Goussu, Nicolas Vauquet, etc., sont des noms français.

On conçoit que l'association des musiciens d'Evreux, au XVI« siècle, embrassant ainsi indépendamment de la musique adoptée pour les cérémonies religieuses du jour de la fête de la sainte patronne, embrassant la composition et l'exécution d'ouvrages produits pour ces circonstances, et destinant surtout une récompense honorable au lauréat couronné an concours, devait être naturellement un moyen puissant d'émulation pour les musiciens de ce temps. Mais les entreprises les plus louables, les plus utiles, ont toujours eu des obstacles sans nombre à surmonter, tant il est vrai que chaque siècle a produit, à côté de quelques hommes distingués, bon nombre d'esprits mal faits ; à côté des hommes qui

s'inspirant de Tidée du bien, ont voulu édifier, eu agrandissant le cadre des connaissances utiles, d'autres nés pour entraver, pour tout rapetisser par leurs basses intrigues, et pour diriger sans cesse sur les œuvres les plus pures du génie, un souffle d'envie et de destruction. Ainsi , la confrérie du département de TEure perdit bientôt son éclat, et le siècle suivant vit à peine quelques légères traces de son existence.

Les associations formées à Evreux et à Rome, sous rinvocation de sainte Cécile, furent les premières corporations musicales qui adoptèrent cette sainte patronne. Cette initiative porta ses fruits; les XVIP et XVIII* siècles continuèrent l'œuvre commencée dans le siècle précédent, et on sait que les musiciens de nos jours ne fêtent que la vierge romaine; ajoutons même que la plupart d'entre eux ne se doutent guère, que leurs prédécesseurs aient invoqué jadis saint Julien et saint Genest.

La congrégation actuelle de Sainte-Cécile à Rome se présente donc à nous sous le double titre d'ancienneté et d'initiation. Constatons que, plus heureuse que la confrérie d'Evreux, et, sans doute que beaucoup d'autres qui ont surgi depuis sa fondation, elle a eu la gloire de triompher de tous les obstacles qu'elle a rencontrés dans maintes circonstances, puisqu'elle brille encore aujourd'hui au premier rang des institutions musicales d'Europe, d'abord par la considération, par le relief qu'elle procure aux membres qu'elle a admis dans son sein, et aussi

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par les services incontestables qu*elle rend à Tart.

La date de la fondation de cette académie est 1583, sous le pontificat de Grégoire XIII, et an moment où brillait Palestrina?

Comme dans l'association des musiciens français dite ménestrandie, et dans celle des joueurs (fmstruments tant haut que bas, qui fut présidée pins tard par le rot des violons^ société de laquelle nous possédons les statuts, la corporation romaine crut devoir intervenir dans les études musicales du temps et s'assurer de la capacité des jeunes aspirants au professorat. Les productions musicales ne pouvaient non plus être livrées à la publicité sans avoir subi un examen préalable, et avoir reçu la sanction du jury de la société. Pourquoi fautril que le temps n'ait pas respecté un si excellent usage, moyen assi^ré de préserver le monde musical de tant de compositions incohérentes, sans valeur, qui corrompent le goût, et de tant d'éloges complaisants^qui faussent le jugement de ceux qui les lisent ?

Dans ce tem^ de rigoureuse sévérité, la société de Sainte-Cécile avait posé les conditions suivantes à tout jeune compositeur qui voulait obtenir un diplôme de maitre. ' On ouvrait au hasard un livre de plain-chant, et, après être convenu si on choisissait le recto ou le verso, on prenait les huit ou dix premières notes du Graduel ou de l'Antienne placés au haut de l'une des pages où le sort vous faisait tomber, et ces notes devenaient le sujet d'une fugue à plusieurs voix, que l'aspirant devait écrire

sur-le-champ. D'après les règlements, ce morceau devait être traité dans le style alla Palestrina, c'està-dire dans les conditions de contre-point rigoureux. Or, on conçoit que les aspirants qui réussisaient dans cette élaboration difficile, fournissaient une preuve non équivoque des excellentes études scientifiques qu'ils avaient faites. Mais il parait que vers la fin du siècle dernier les conditions d'admission furent modifiées et cédèrent un peu à l'influence de la musique moderne.

Cette grande institution musicale s'est maintenue, avons nous dit, jusqu'à nos jours; elle existe actuellement sous la dénomination d'Académie romaine de musique^ sous l'invocation de sainte Cécile. Etre membre de cette académie est aujourd'hui un honneur, une distinction réelle, car on voit figurer sur ses registres, non-seulement les noms des célébrités musicales d'Europe, mais encore ceux des hautes sommités sociales dévouées au progrès de l'art; ainsi, à côté de l'homme de génie, le souverain ; à côté de l'artiste, le prince du sang; à côté du modeste professeur, le grand dignitaire. Voilà l'influence des arts, le pouvoir de la musique ; voilà surtout notre époque!....

Après les deux congrégations dont nous avons esquissé l'importance, on pourrait sans doute en citer un grand nombre d'autres, mais leur peu de durée ne leur a point permis d'offrir de grands résultats. On se demande déjà certainement : mais Paris? Paris, la capitale des arts, la métropole de

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la civilisatioQ moderne, D'a-Uit pas sa société de Sainte-Cécile? Serait-il resté en arrière dans Thommage rendu à la sainte patronne que tout le monde catholique et musical a adopté dans les siècles derniers ? Nous dirons que la cité de sainte Geneviève a toujours suivi le progrès, quand elle ne Ta pas devancé, de quelque part d'ailleurs que lui en vint le germe, l'initiative; cependant, il ne parait pas qu'elle ait jamais possédé de grande institution placée sous l'invocation de la vierge martyre que nous célébrons.

A la vérité, tout récemment un zélé propagateur de l'art et de la science musicale , M. Elwart , est parvenu à en organiser une, mais elle nous semble encore loin de répondre à l'importance artistique que les immenses ressources de la grande cité pourraient lui donner. Ainsi, on peut dire que le culte rendu à sainte Cécile y a été partiel, et que, dans certains cas, son plus ou moins d'éclat, son plus ou moins de solennité a été l'œuvre de circonstances particulières.

Mais dans cette glorification partielle dont notre sainte patronne est l'objet depuis longtemps dans notre capitale, nous ne devons point passer sous silence l'ardeur dévotieuse que mettait à la célébration de cette fête, un artiste éminent qui fut trop tôt enlevé à l'art et k ses nombreux amis, le bon, le mystérieux, le vertueux Urhan. Doué d'une organisation impressionnable, de grandes déceptions l'avaient amené à se détacher des objets de la vie ordinaire ; toutes ses

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idées s'étaient tournées vers Dieu et vers le culte de Tart pur, élevé, qui était pour lui une seconde religion. Livré sans cesse à la méditation, k la contemplation, élevant sa pensée jusqu'aux propositions universelles, esthéticien profond, formé à Técole de Lesueur, nul n'entrait plus avant dans le sens intime des grandes conceptions du génie. L'art avait pour lui une signification toute symbolique, une raison d'être essentiellement mystique ; il ne voyait dans ses productions qu'un rayonnement de la lumière céleste, qu'une langue destinée à réchauffer, à consoler les humains en les invitant à l'amour de tout ce qui est vrai et bon. On peut concevoir comment son imagination s'enflammait dans l'étude de la vie de la jeune vierge romaine, comment son esprit sympathisait, s'identifiait à l'extase ineffable qui la. transfigurait et la fit participer aux concerts divins. Urhan avait donc une dévotion ardente pour la sainte patronne des musiciens. Ainsi, tous les ans il conviait quelques-uns de ses confrères, ses dignes émules pour le talent et pour l'amour de l'art, et le 22 novembre l'église de Saint-Vincent-de-Paul était, pendant une messe basse, inondée d'une harmonie pure et suave. Un auditoire d'élite et sur lequel l'âme de l'organisateur de la fête semblait planer, écoutait dans le plus profond recueillement ; et après cette touchante cérémonie de la foi chrétienne, chacun se retirait dans une douce émotion avec un peu plus de charité au cœur, et un sentiment plus élevé de la puissance de notre art. 0

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386 sàlnte Cécile.

Urhan, que ta étais heureux ce jour-là! Mais ce bonheur tu le goûtes beaucoup plus ineffable au séjour des élus. Ah! qu'il nous soit permis d'offrir une fleur à ta mémoire vénérée ; elle ne peut que t'étre agréable puisqu'elle est éclose sur la tige de la reconnaissance!

Dans nos contrées du Midi, nous ne possédons pas de grandes congrégations musicales placées sous l'invocation de la vierge martyre (1); cependant les sociétés philharmoniques de nos villes importantes ne manquent pas de lui offrir leur tribut d'hommages le jour de sa fête. À Toulouse, plus particulièrement, on l'honore dignement chaque année. Nous avons entendu dans ces circonstances quelques-uns des chefs-d'œuvre de Chérubini, de Lesueur, dont l'exécution faisait honneur aux artistes et amateurs de la docte cité des capitouls. Eh! pourquoi Montauban n'aurait-il pas aussi, dans de pareils cas, pour fêter dignement notre sainte patronne, une musique grave, solennelle, savante, religieuse, en d'autres termes , sa messe de Chérubini , d'Haydn, son Oratorio de Lesueur, son Motet de Mozart, son Psaume de Marcello, son Antienne de Palestrina?

Car, en résumé, que sainte Cécile ait solfié, vocalisé ou non dans son enfance ; qu'elle ait ou non promené ses doigts sur un clavier, fait vibrer les

(t) Depuis que ceci a été écrit, il s'est fondé une foule d'Orphéons qui ont pris le titre de Sociélé de Sainte-Cécik. Celle de Bordeaux est surtout remarquble.

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cordes de tel ou tel instrument, nul doute qu'elle n'écoutât favorablement les vœux et les hommages de ses enfants, s'ils montaient vers la voûte céleste, mêlés à l'harmonie de ces maîtres de l'art, et surtout si, à cette harmonie, venait se joindre encore le charme de l'accord des sentiments fraternels et chrétiens de tous les exécutants !

16 Novembre 1849. — Courrier de Tarn-et-Garonne,

CLAUDE MERULO.

Claude Meralo, dont le nom de famille paraît avoir été Merlotti, naquit k Correggio en 1533. 11 eut pour premier maître de musique un artiste français nommé Menon, qui habitait Correggio. Il reçut ensuite les leçons de Girolamo Donati, maître de chapelle de la collégiale de Santo-Quirino. Il acquit bientôt une grande habileté sur Torgue. Sa réputation grandissant de jour en jour, il fut appelé à Brescia. Quelque temps après, il alla s'établir à Venise, où se trouvaient alors plusieurs artistes célèbres. Les registres de Téglise Saint-Marc portent qu'il fut nommé premier organiste du grand orgue de cette église le 2 juillet 1557. Ce fut à Venise qu'il modifia son nom ; au lieu de Merlotti, il se fit appeler Merulo.

Le nouvel organiste de Saint-Marc jouit bientôt de toute la faveur publique. En 1566, Claude Merulo fonda une imprimerie de musique qui ne se soutint que cinq années. C'est au moyen de ses presses, en

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390 CLkWË MBRDLO.

1568, que Toeuvre IV que nous publions fut imprimée.

En 1584, le duc de Parme, Stanuccio Farnëse, grand amateur de musique, engagea le savant organiste de Saint-Marc à quitter Venise pour venir à sa cour. Pour Ty déterminer, il lui fît les offir^ les plus avantageuses. Claude Merulo accepta. A Parme, comme à Venise, cet éminent artiste fut hautement apprécié et comblé d'honneurs. Il avait alors 51 ans. Il y devint oi^aniste de l'église royale la StecccUa, avec un traitement annuel de 225 écus d'or de huit livres par écu. Il y exerça son art jusqu'à sa mort, c'est-à-dire jusqu'au 4 mai 1604. Il fut inhumé dans l'église cathédrale, à côté du tombeau de Cyprien Rore, que les Italiens avaient surnommé n Devino t

Zarlino, Lorenzo, Penna, Camille Ângleria, Jean Paul Cima, Bettrigari, Pietro délia Valle et tous les historiens biographes de la musique, accordent les plus grands éloges au double talent d'organiste et de compositeur de Claude Merulo. Vincent Galllleo, dans son Dialogo délia mu^ica antica et modemay ne reconnaît dans toute l'Italie que quatre organistes dignes successeurs du célèbre Ânnibal, de Padoue, et il place Claude Merulo au premier rang.

Les œuvres de Claude Merulo, soit pour le chant, soit pour l'orgue seul, sont nombreuses. Toutefois, il est un fait digne de remarque; c'est que parmi les compositions de cet auteur citées par M. Fétis, dans la deuxième édition de sa Biographie universelle

CLAUDE MERULO. S9i

des fntAsiciens, édition si complète^ il n'en est aucune imprimée à Venise de 1566 à 1571, c'est-à-dire du temps où Merulo y avait ses presses en activité. Or, l'exemplaire que nous possédons et dont nous donnons la transcription, porte la date de 1568. C'est donc une œuvre fort rare et digne, par cela même, comme sous tant d'autres rapports, de fixer les regards des savants. Elle est, en outre, l'expression de la première époque du génie de ce grand artiste. Il nous semble inutile d'appeler l'attention sur la richesse du fond et de la forme de cette musique d'orgue ; nous laissons aux adeptes de la science du contre-point et de la fugue le soin et le plaisir d'admirer, avec la couleur religieuse constante, la liberté de mouvement des quatre parties, la pureté harmonique et la grâce de style de tous ces dessins canoniques.

Publié à Paris, en tête de TOBuvre de Claude Merulo, par l'éditeur de musique Simon Richault, boulevard des Italiens, 4 (1867).

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