MARC-ANTONIO ET SDR SON ŒUVRE !•' POUR L'ORGUE
Lorsque nous formâmes le projet de transcrire en notation moderne et de publier les deux œuvres d'orgue de Claude Meruloet de Marc-Antonio, qu'une heureuse circonstance avait mises en notre possession, nous comprîmes que, pour leur jittirer toute l'attention dont elles étaient dignes et les rendre réellement utiles , il convenait de les présenter dans leurs meilleures conditions. Il nous parut aussi que, dans un temps où les études archéologiques étaient en si p^nd honneur, une telle publication avait bien sa raison d'être, et que cette musique devait intéresser, d'abord par sa valeur scientifique intrinsèque, et ensuite par son ancienneté (1543, 1568). C'était donc son caractère historique qui devait être mis plus particulièrement en relief.
Dans ce but, il était essentiel que chacune de
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ces œuvres fût précédée d'une notice biographique, donnant une idée de la vie publique et intime de leur auteur, de la nature de son talent, et des circonstances qui avaient influé sur son inspiration. C'est ce que nous avons fait pour le livre IV de Claude Merulo, que l'éditeur Simon Richault, de Paris, a bien voulu publier tout récemment.
Mais, à l'égard de l'œuvre de Marc-Antonio, il ne nous a point été permis de procéder ainsi; malgré nos constantes recherches, nous n'avons rien découvert de relatif à la vie de cet auteur.
Cependant ses compositions ont un mérite réel, et nous voyons que leur publication eut lieu dans les conditions les plus avantageuses, puisque cet œuvre I*' parut sous les auspices du cardinal Bembo, le savant et illustre secrétaire de Léon X. Eh bien, chose étrange, tant de titres sérieux, qui eussent dû recommander la mémoire de Marc- Antonio à la postérité, ne l'ont point sauvé de l'oubli: son nom ne figure dans aucune biographie. C'est une lacune que nous devons regretter profondément aujourd'hui , mais que nous nous efforcerons de combler, dussions-nous recourir aux recherches les plus laborieuses dans les bibliothèques d'Italie^ et notamment dans celles de Bologne et d'Urbin, villes où cet artiste accomplit ses travaux.
Privés de détails biographiques sur la vie intime et artistique de ce compositeur, nous pouvons du moins constater d'une manière certaine par l'épitre dédicatoire placée au frontispice de l'ouvrage et
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adressée au célèbre cardinal, la position qu'occupait la famille Marc-Antonio auprès de ce haut dignitaire de l'Eglise. Ce document nous semble même précieux pour montrer quelle était , en général, la condition des artistes à cette époque si différente de celle où nous vivons , et quels étaient en même temps les éléments d'émulation qu'ils puisaient dans la bienveillance de leurs puissants protecteurs.
 cet effet, nous donnons la traduction littérale de cette épître dédicatoire, en lui conservant, le plus possible, son vrai caractère.
c A l'Illustrissime et Révérendissime cardinal Bembo, Gérôme Cavazzoni, de Bologne, son trèsdévoué serviteur offre son humble hommage (i).
€ Etant, par ma bonne fortune, né et non devenu le sçrviteur et l'enfant de votre Illustrissime et Révérendissime seigneurie, comme fils de Maestro Marc-Antonio, de Bologne, dit d'Urbin, son trèsancien et très-dévot serviteur. Dès que j'eus la pensée de faire imprimer les prémices de ma jeunesse, j'eus aussi celle de vous les dédier, jugeant que je ne pouvais sans témérité mettre en lumière mes œuvres, à moins de les placer sous les auspices sous lesquels je suis moi-même venu au monde.
€ Mais aussi dans un ouvrage où il s'agit d'harmo-
(1) Nous devons cette traduction à Taffectueuse obligeance du T.-R. P. Blancal, supérieur des Missionnaires du Diocèse de Montauban, qui joint à son magnifique talent d'orateur sacré, la parfaite connaissance de la langue italienne.
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nie et de consonnance , il me semblait peu conrenableet dissonant, d'abord, que moi, artiste inconnu, et presque encore enfant, j'osasse tourner les yeux vers un personnage si haut placé, et vers une si parfaite maturité et un si grand jugement ; et ensuite, que cet ouvrage de musique pratique instrumentale commune et élémentaire, comparût dev^t celui en présence duquel ne se font voir et entendre que des œuvres exquises, recherchées, et qui proviennent de la science la plus élevée. D'autre part, néanmoins, j'ai considéré que l'harmonie est un assemblage de dissemblances, et que mon travail et moi-même étant dus a votre seigneurie, je ne devais pas la frustrer de celui de ma jeunesse. J'ai pensé pareillement que votre seigneurie Illustrissime et Révérendissime étant, entre toutes les autres seigneories, l'étendard et le point de mire devant qui tout ce qui a nom de vertu et de science regarde et s'incline, je me résolus à croire qu'il n'était pas totalement inconvenant que cette œuvre, qui a sa source dans une science louée et suivie, fût livrée à la publicité avec tant d'autres meilleures, qui toutes à l'envi se dédient avec le plus grand respect qu'elles peuvent et baisent les mains de votre seigneurie.
€ Que votre Illustrissime et Révérendissime seigneurie reçoive donc ce faible mais sincère hommage, et qu'elle daigne agréer avec sa bonté et sérénité ordinaire mes intentions, ne pouvant agréer mes succès, et, par-dessus tout, qu'elle daigne garder sous les ailes de sa protection, comme toujours, mon père