‹ Œuvres littéraires-musicalesChapitre 115 sur 123 · SUR MARC-ANTONIO. S · texte numérisé non relu

SUR MARC-ANTONIO. S

et moi, ses très-fidèles serviteurs, et avec nous toute notre famille, avec laquelle nous prions sans cesse la divine Clémence pour la conservation et la perpétuelle félicité de votre seigneurie. (Venise, 23 novembre 1542.) >

Dans cette dédicace, Marc-Antonio dit avec simplicité et humilité qu'il fait hommage, non sans crainte, des prémices de son extrême jeunesse. Ces paroles, si naïves, renferment pour nous un haut enseignement : elles nous démontrent, avec la force et rétendue des études musicales, dirigées alors par les grands maîtres d'Italie, la sage réserve et la louable timidité de leurs élèves; elles nous font connaître aussi quelle était la persévérance de ceux qui voulaient s'initier a l'art d'écrire. Dans notre époque de progrès et de grandes manifestations chorales et instrumentales, et surtout de réclames retentissantes, quel est le compositeur débutant qui pourrait montrer un tel essai?

L'œuvre I" de Marc-Antonio, que nous nous proposons de publier (I), est formé de quatre hiimrm^ deux magmficats, quatre ricercars, et deux chansons pour l'orgue seul; par leurs destinations diverses, ces pièces devaient différer également de forme et de style : c'est ce qui a lieu.

Chacune des quatre hymnes a pour thème ou base mélodique un fragment du chant liturgique qui lui

(I) L'intention de Tauteur, étant considérée coname sacrée, sera.réalisée prochainement.

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est propre : nous disons base mélodique^ parce que, traitées dans le style fugué, toutes les parties sont dessinées sur ce sujet principal. A la façon magistrale dont tous ces dessins sont ordonnés et conduits pour l'effet de Tensemble, on est loin de se douter que ce soit un essai.

Au XVI* siècle, comme actuellement, pendant le magnificat, l'orgue alternait avec le chant liturgique; il jouait seul un verset dont le texte était psalmodié au chœur par une voix. C'est la destination qu'eurent les deux magnificats que nous trouvons dans l'œuvre I" de Marc-Antonio. Le cantique de l'auguste mère de Dieu, par son expression suave et ses élana de sainte jubilation, se prête à la plus riche variété d'effets sur l'orgue, si l'organiste se pénètre et s'inspire bien de son sujet. Le jeune compositeur de Bologne facilite cette variété et ce saint transport dans la disposition des cinq morceaux dont se compose chacun des magnificats qu'il nous a légués. Et puis, cette musique grave et onctueuse est bien aussi dans le caractère austère, majestueux et brillant des deux modes du plain-chant, le 1" et le 8* qu'il a traités.

Le sens du mot ricercar (recherché) nous dit ce qu'étaient ces sortes de compositions : c'était le genre madrigalesque appliqué à la musique instrumentale. Dans notre musique moderne, ce mot est représenté par celui de fantaisie. Les quatre ricercars de Marc-Antonio offrent une liberté et une vivacité de mouvement que n'ont point les compo-

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