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SUR MARC-ANTONIO

sitions vocales de cette même époque. On peut en dire autant des deux chansons que nous trouvons dans ce recueil : ces chansons ne sont autre chose qu'un riche travail harmonique sur un fragment de Tair qui leur était appliqué : on dirait un reflet du style flamboyant qui avait dominé dans l'architecture pendant les deux siècles précédents.

Dès les premières années de ce XVP siècle, si agité de péripéties de toutes sortes, c'était là le type de la musique relativement libre, source de tous les éléments de la musique dramatique, qui cherchait à éclore de toutes parts. Observons qu'au point de vue philosophique et moral de l'histoire, l'admission de cette musique libre dans le sanctuaire, à la date que porte l'œuvre de Marc-Antonio (1543), nous explique parfaitement les censures rigoureuses qu'elle provoqua au sein du Concile de Trente, préoccupé de rechercher et de remédier à tous les abus qui compromettaient la dignité et la sainteté du culte. C'est là un rayon de lumière qui vient s'ajouter à tant d'autres pour éclairer une situation morale qui a eu tant de retentissement.

Ainsi, par son double caractère, par sa grande valeur scientifique et historique , cette musique d'orgue, signée Marc-Antonio, doit fixer l'attention des artistes sérieux.

Lagarosse, 1867.

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DU XVIIP SIÈCLE.

Dans le domaine des arts, à certaines époques marquées, il est des contrées privilégiées qui produisent en nombre des talents de premier ordre, souvent même des génies exceptionnels, dont les œuvres grandes , originales , inspirées, concourent puissamment au progrès et lui ouvrent des voies inconnues. De ces heureuses aptitudes, de ces excellents résultats jaillit naturellement la plus vive émulation, et bientôt une exubérance de sujets qui ne tarde point à se déverser sur les contrées moins favorisées, pour y exercer la plus salutaire influence.

Pour ne parler ici que de la musique, qui doit spécialement nous occuper dans cette étude, c'est ce que la France et l'Espagne nous montrent au XVP siècle, alors que, riches de compositeurs de musique religieuse, comme de la science qui l'avait pour objet, ces deux nations envoyaient des chantres à la Chapelle pontificale, et, aux diverses villes d'Italie, des maîtres instruits, zélés promoteurs de leur art,

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40Î LBS ORGANISTES FRANÇAIS

fondateurs de ces écoles qui allaient devenir célèbres. Tous les érudits savent ce qu'est devenue la sévère et savante École romaine, fondée par le français Goudimel, le maître de Palestrina^ et quel fut le succès des conservatoires de Naples , dus à l'initiative du docte ^t vénérable prêtre espagnol, Jean de Tapia.

A son tour, l'Italie, si heureusement douée pour tous les arts en général, devait faire fructifier ce germe fécond venu de l'étranger, et le XVIP siècle nous montre tout l'épanouissement de ces deux écoles : elles ne tardent pas à conquérir à l'Italie une prééminence musicale, comme elle possédait déjà incontestablement celle de la peinture et des autres arts. Aussi, quelle logique, quelle intelligence dans la conception de leurs méthodes ! quels soins et quel dévouement de la part du maître qui en appliquait les préceptes ! ! !

Cependant, il est à considérer que le suc^ de cet enseignement fut beaucoup plus sensible, beaucoup plus efficace dans la composition musicale destinée aux voix et dans l'art du chant, que dans la partie purement instrumentale.

Depuis Palestrina, depuis Scarlcuti^ le nombre d'excellents compositeurs s'y montre prodigieux; et le siècle dernier ne vit-il pas éclore cette pléiade de chanteurs accomplis, types de perfection vocale dont on se plaît encore à dire le nom et les succès?

C'est donc ici le lieu de remarquer qu'en réalité la prééminence instrumentale n'échut jamais à Tlta-

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lie, et que la France a seule le droit de la revendiquer, depuis que l'orgue a acquis toute sa puissance, depuis le moment de la formation de Torchestre au moyen des instruments à cordes jusqu'à nos jours; et n'est^e pas également à la France qu'est due l'intervention du violon (1), élément principal de la transformation de l'orchestre et de l'immense progrès symphonique qui devait s'accomplir en passant par la bande des petits violons de Lully?

Or, ce que le monde musical a trop remarqué, et que nous devons constater par ces simples notices, c'est qu'au siècle dernier la France pouvait opposer aux grands chanteurs de l'Italie un égal nombre de virtuoses sur l'orgue, virtuoses à la réputation plus circonscrites, plus modeste, mais, sans nul doute, plus utile au vrai progrès de l'art et de la science musicale en général.

L'orgue, immense encyclopédie, n'est-il pas l'orchestre par excellence? Ne recèle-t-il pas dans son vaste sein tous les éléments sonores, la reproduction fidèle de tous les instruments connus? Et la science de l'organiste ne touche-t-elle pas à toutes les parties de l'art sans exception? Et la mission de celui-ci n'est-elle pas la plus noble, la plus élevée, la plus digne qui puisse être confiée à un artiste? C'était donc un côté de l'art français laissé dans l'ombre par nos historiens spéciaux; c'était un oubli à réparer, une lacune a combler ; c'était enfin l'une

(I) Inventé par le luthier breton, Jean Kerlin (1459).

de nos gloires nationales à mettre en relief. Hélas! s'il fut jamais un temps où nous ayons dû nous montrer jaloux de nos gloires nationales, c'est bien en ce moment où l'étranger nous humilie, nous bafoue, nous insulte, nous rapetisse et veut nous anéantir !

A de tels attentats , répondons en relevant fièrement la tête; agissons en tout dignement, mais sans jactance ; parlons bien haut de nos succès passés, et, en ce qui nous concerne au point de vue de l'art, sans contredit l'un des éléments de notre grandeur, montrons à nos jeunes artistes ce que furent leurs aïeux: ce sera leur dire ce qu'ils peuvent, ce qu'ils doivent être pour la réhabilitation et la gloire future de notre chère France,

Assurément les considérations qui précèdent ont ici leur raison d'être, car en musique, comme en toutes choses, nous penchons beaucoup trop vers les futilités; les futilités, hélas! nous voyons aujourd'hui où elles peuvent conduire. Redevenons sérieux, il en est temps. Retrempons-nous dans les œuvres de nos illustres ancêtres, et puisons-y surtout cette foi religieuse et artistique qui seule peut élever nos âmes, soutenir nos efforts et nous rendre l'espoir d'un meilleur avenir.

Les Couperin.

Depuis le XVP siècle jusqu'au jour d'où nous allons dater notre première notice, la France a vu

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