DU XVIII* SIÈCLE
capable de remplir les vœux de celui qui est, avec le plus profond respect,
De Votre Majesté,
Sire,
Le très-humble et très-fidèle serviteur et sujet.
COUPBRIN.
Dans le privilège qui fut accordé à Couperîn pour la publication de sa méthode, on Ut ce passage élogieux : « Le seul nom d'un auteur si célèbre doit rendre ce livre recommandable au public, etc. » On y lit aussi que Couperin avait été le maître de clavecin de Monseigneur le Dauphin, petit-fils du roi, duc de Bourgogne, etc. Cette méthode fut publiée en 1717.
François Couperin mourut en 1733. Il laissa deux filles, excellentes musiciennes et très-habiles sur Torgue. L'une d'elles, Marie-Anne, entra au couvent de Montbrison, dont elle fut l'organiste; l'autre, Marguerite-Antoinette eut la charge de claveciniste de la chambre du roi, charge qui jusque-là n'avait été occupée que par des hommes.
Couperin (Ârmand-Louis), neveu de Couperin le grand , destiné à lui succéder, naquit à Paris en 1721. Sou éducation musicale, comme celle de tous les membres de sa famille, se fit dans l'intimité du foyer paternel, où tout était musique. Les difficultés du mécanisme pour l'exécution sur le clave-
cin et sur Torgue n'existaient pas pour lui ; il les surmonta en se jouant, et, comme son oncle François, il acquit sur Torgue une grande habileté. Son talent fut extrêmement goûté, et comme le cumul était permis à certains organistes, sans doute pour avoir part à la jouissance de leur beau talent, ce Couperin fut en même temps Torganiste du roi, de Téglise de Saint-Gervais, de la Sainte-Chapelle du palais, de Sainte-Marguerite, et enfin Tun des quatre organistes de la Métropole.
 son talent musical et à son habileté d'exécution, Couperin (Armand) avait joint la connaissance parfaite du mécanisme et de tout ce qui avait trait à la facture de l'orgue ; c'est ce qui le faisait choisir pour la vérification et l'inauguration de ces instruments. En cela, son nom faisait autorité : on pourrait dire qu'il était le Lefébure Wély de son temps. Il avait épousé M"*' Blanchet, fille du célèbre facteur de clavecins. M"* Blanchet était également une célébrité claveciniste et organiste : toutefois, comme il est extrêmement rare qu'il n'y ait point quelque côté faible chez l'artiste le mieux doué, la critique a signalé le peu de valeur des compositions de ce Couperin.
D'autres artistes des deux sexes, portant ce même nom, se sont encore distingués dans l'art de l'organiste; le dernier vivait en 1815 et occupait toutes les places qui semblaient héréditaires dans cette famille t tant était grand le prestige du nom de Couperin.
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Marchand.
Au commencement du siècle dernier, l'existence des maîtrises répandues sur toute la surface du royaume, constituait par le fait une sorte de décentralisation artistique, surtout pour la musique religieuse ; mais il n'est pas moins vrai que Paris, par sa prérogative de capitale, par son importance incontestable, attirait toujours les regards des artistes de la province.
Il y avait alors dans les diverses villes d'archevêché et d'évêché, par le moyen de ces maîtrises, tous les éléments d'une forte éducation musicale, mais cela ne leur suffisait pas toujours. A part les immenses ressources artistiques du Paris savant et intelligent, l'influence de la cour et de la haute société qui en était le cortège obligé (1), avait son prestige pour stimuler les talents, les perfectionner, et surtout pour les mettre en relief. Il était naturel qu'on aimât à s'en rapprocher, qu'on cherchât à se la rendre favorable, et qu'on lui décernât, par cela même, un certain droit de sanction. Ainsi la Province préparait, ébauchait les talents; Paris les polissait, les caractérisait, les finissait ; l'un était le précepteur cultivant les facultés natives, semant l'instruction ; l'autre, l'homme du monde en montrant l'objet, l'application, et donnant le ton et l'usage de
(1) La cour résidait à Versailles, mais cette viUe n'était alors considérée que cooune l'accessoire obligé de Paris.
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la bonne compagnie. On allait moins à Paris, mais on y allait : disons même que ceux qui entreprenaient un séjour dans cette Athènes moderne, y apportaient généralement» avec un fonds mieux préparé, des qualités personnelles plus accentuées, une foi plus vive dans la beauté et dans la haute mission de Tart. Les divers artistes que nous allons rencontrer, vont nous montrer la réalité de ce qui précède.
Marchand (Louis), organiste, qui acquit une grande célébrité, vit le jour a Lyon en 1669, Il reçut sa première instruction musicale de son père, Jean Marchand, qui professait cet art, et sans doute de quelque maître de chapelle et organiste que les biographes ne nomment pas. Toujours est-il que le jeune Marchand montra d'excellentes dispositions et une précocité étonnante. A Tâge de 14 ans il fut reçu organiste de la cathédrale de Nevers, place qu'il occupa pendant 10 ans. Il fut appelé ensuite à la cathédrale d'Auxerre, où il séjourna 5 années. C'est pendant son séjour dans ces villes importantes et très-musicales que son talent se développa et aquit une très-haute portée. Possédé de l'ardent amour de son art et du désir d'étendre sa renommée, il tourna ses regards vers Paris. Il s'y rendit et y débuta avec succès (1698).
Il y obtint d'abord la place d'organiste de l'église des Jésuites, où son talent attira bientôt un nombreux auditoire. Il ne tarda point à être appelé à d'autres orgues ; il en eut jusqu'à 6, qu'il des-
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servait au moyen d'organistes adjoints. Enfin il obtint Torgue de la chapelle du roi, à Versailles, et fut décoré de Tordre de Saint-Michel.
Marchand eut le tort grave de ne pas jouir paisiblement de la brillante position que la Providence lui avait ménagée , et il se compromit dans des intrigues au point de se faire exiler. Il ne suffit pas d'être habile artiste, il faut, avant tout, être homme honorable. Pour cela, on doit se respecter en toute occasion et ne jamais perdre de vue la grandeur de la mission morale qui vous incombe. Et pourquoi ne pas demeurer exclusivement renfermé dans le sanctuaire sacré de Tart? Marchand parut à Dresde; il s'y fit entendre à la chapelle royale, et Teffet qu'il produisit fut tel, que la place d'organiste de la cour lui fut offerte aussitôt avec un traitement considérable. Le virtuose français n'accepta pas et quitta bientôt cette capitale.
De retour à Paris, Marchand y soutint encore sa réputation de grand organiste ; il y avait toujours foule dans les églises où il devait se faire entendre. On admirait surtout ses improvisations , les effets variés et inattendus qu'il produisait par le mélange des jeux et l'élégance de son style mouvementé, fidèle reflet de son caractère. Par les différentes orgues dont il était l'orgaoiste titulaire, comme aussi par les leçons de clavecin qu'il donnait dans la haute société, et qui lui furent payées jusqu'à un louis d'or le cachet, Marchand gagna des sommes énormes. Il eût dû les ménager un peu mieux. Il ne suffit pas
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de savoir gagner, il faut saToir aussi conserver. Marchand mourut en 1732.
Rameau.
Nommer Rameau, c'est prononcer le nom de Tartiste et du savant qui honora le plus l'Ecole française au XVIII* siècle. Nous avons fait connaître ses travaux en général dans notre Histoire de la Musique; ici, nous mentionnerons très-succinctement ce qui a trait à son talent d'organiste, qui fut des plus remarquables, autant par le fond scientifique spécial que par son habileté d'exécution. Pour le fonds sdentifh que, on comprend qu'il ne pouvait qu'en être ainsi! Rameau sut toujours faire la meilleure application de ses profondes théories.
Rameau (Jean-Philippe) naquit à Dijon en i 683. Son père, Jean Rameau, aimait passionnément la musique et réunissait chez lui, assez souvent, tout ce que Dijon renfermait d'artistes et d'amateurs distingués. Personnellement, il était peu habile instrumentiste; il jouait seulement un peu tle l'orgue et du clavecin , mais il était doué d'un bon sentiment musical, d'un sens droit, et, par conséquent, bon appréciateur du vrai talent et de la bonne musique. Il comprit que son fils avait des dispositions pour cet art, et il tint à ce que ces dispositions fussent bien cultivées.
Le jeune Rameau fut confié à de bons maîtres, et les résultats ne se firent point attendre ; on fut étonné de ses progrès sur le clavecin, sur l'orgue et
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sur le violon. La précocité de son intelligence permit bientôt de l'occuper simultanément de Tétude de l'harmonie et du contre-point. En peu de temps il acquit un vrai talent, reposant sur les bases les plus solides.
Des circonstances particulières, dues à son extrême sensibilité , lui firent entreprendre un voyage en Italie, et, désireux de voir et d'entendre, à peine adolescent, sa vie fut un peu nomade. Rentré à Dijon, sa famille eût souhaité qu'il s'y fixât : pour cela on lui offrit l'orgue de la Sainte-Chapelle de cette ville, mais il le refusa; son esprit en ébuUition rêvait de plus hautes destinées.
En i718 Rameau se rendit à Paris. Il avait entendu faire un grand éloge du talent de l'organiste Marchand ; il chercha toutes les occasions de l'entendre. Il fit plus, il se présenta à lui et se constitua son élève. Mais lorsque Marchand l'eut entendu, lorsqu'il eut vu surtout ses essais en composition, il s'aperçut qu'il était en présence d'un futur rival, et des plus redoutables. Son défaut d'élévation de caractère se manifesta aussitôt et lui inspira de la défiance, et plus encore, une secrète jalousie. Cette fâcheuse disposition de Marchand à l'égard du jeune Rameau se fit jour lors du concours ouvert pour la place d'organiste de l'église de Saint- Paul, où Rameau entra en lice contre Daquin, qui lui fut préféré.
Ce fut un échec pour Rameau, qui chercha à en effacer l'impression en quittant Paris pour aller
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occuper Torgue de l'église Saint-Etienne, à Lille. Plus tard il fat organiste de la cathédrale de Clermont en Aurergne. ^Or» c'est pendant son séjour dans ces deux résidences qu'il prépara son traité d'harmonie, ouvrage qui devait l'illustrer.
Enfin, rentré à Paris en 1721, Rameau y publia son traité d'harmonie et composa aussi beaucoup pour le clavecin et surtout pour le théâtre. Tous ces travaux, si multipliés et si importants, lui valurent la plus haute considération dans le monde intelligent et lettré. Gomme organiste, comme claveciniste, comme savant théoricien, et enfin comme éminent compositeur dramatique^ sa réputation fut définitivement et solidement établie. Mais, pour ne parler ici que de la spécialité qui nous occupe en ce moment, nous devons dire que Rameau fut considéré, par les vrais connaisseurs, comme Tun des meilleurs et des plus complets organistes de son temps. Il laissa à ses trois enfants un nom illustre, honoré, et une fortune considérable.
Daqoin.
On a vu que Daquin avait été le compétiteur de Rameau au concours pour la place d'organiste de l'église Saint-Paul, et qu'il l'avait emporté môme sur lui, au jugement de Marchand : c'est dire que Daquin fut un organiste d'une très-grande valeur. Il se distingua par des qualités particulières que nous devons faire connaître.
Daquin (Louis-Claude) était né à Paris en 1694.
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Il était rarrière-petit-neveu du poète Rabelais. Il manifesta de bonne heure ses heureuses dispositions pour la musique; c*est ce qui décida Torganiste Marchand à lui donner ses conseils. Sa précocité fut telle, qu'à l'âge de six ans on lui fit jouer du clavecin devant Louis XIV, qui lui sourit et lui donna des encouragements. Le grand-dauphin, qui était présent, frappa familièrement sur Fépaule du bambin claveciniste, en lui disant : < Mon petit ami, c'est bien, continuez, et vous serez un jour l'un de nos bons organistes. »
Daquin reçut également des leçons d'harmonie et de composition de Bernier, maître de musique de la Sainte-Chapelle du Palais, et l'un des plus savants compositeurs de son temps. Aussi, recevoir des leçons d'orgue de Marchand, d'harmonie, de contrepoint et fugue de Bernier, c'était de bonne augure pour le jeune Daquin; il ne tarda pas à faire honneur à ces deux professeurs. A l'âge de huit ans, il composa un Bealus vir, à grand chœur et à grand orchestre, qui fut exécuté comme curiosité, et à douze ans il obtint l'orgue des chanoines réguliers de Saint-Antoine.
C'est en 1727 qu'eut lieu le concours pour l'orgue de Saint-Paul, où Daquin l'emporta sur Rameau. Daquin avait alors trente-trois ans. Il était à l'apogée de son talent. Il fut plus tard l'un des quatre organistes de la chapelle du roi Louis XV, l'un des quatre de l'orgue de Notre-Dame, où le service se faisait également par quartiers. Mais Daquin semblait
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tenir tout particulièrement à son orgue de Saint- Paul ; était-ce comme souvenir de ce que lui a?ait coûté le succès de ce concours, c A vaincre sans péril on triomphe sans gloire, » et certes, ce fut le cas pour lui. C'est donc à l'église Saint-Paul qu'il se complaisait à se livrer k toute sa faconde mélodique et harmonique, et c'est là aussi que les amateurs se donnaient rendez-vous pour l'entendre. On admirait le feu de son exécution» la limpidité de son jeu, l'élégance de son style et la hardiesse de ses improvisations.
Daquin a laissé quelques pièces de clavecin, quelques morceaux d'orgue et^ quelques motets. On voit, en les analysant, que réellement chez cet organiste le fonds ne répondait pas à la forme, ni à l'élan de l'imagination; qu'il y a loin de ces œuvres aux belles et savantes compositions de Rameau!...
Balbastre.
Encore un artiste, compatriote de Rameau, qui quitte la province pour aller à Paris augmenter le nombre de nos célébrités, et contribuer à l'éclat de notre école française instrumentale, qui brillait déjà d'un si vif éclat.
Balbastre (Claude) vit le jour à Dijon en 1729. Ses premières études musicales se firent dans sa ville natale; il n'alla à Paris qu'en 1750, c'est-àdire à l'âge de vingt-un ans. Tout naturellement il fut recommandé à Rameau, qui l'accueillit affectueusement et lui donna des leçons. Quatre ans