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DE L'ANCIENNE ÉCOLE ESPAGNOLE

Nous finissions la transcription de quelques œuvres d'anciens compositeurs de l'Espagne, lorsque, dans une publication artistique, un littérateur français vint, tout récemment, nous entretenir de la musique, des artistes , facteurs et luthiers de ce pays. Les compositions qui venaient de passer sous nos yeux et sous notre plume, par leur valeur incontestable, nous avaient intéressé à tel point, que nous fûmes très-désireux de connaître l'opinion de cet écrivain spécial et autorisé sur l'état actuel et passé de l'art dans cette partie de l'Europe qui nous avait légué de pareil spécimens.

Nous devons avouer que cette lecture fut loin de nous satisfaire. Ce brillant littérateur, dans un style fleuri, mouvementé, coloré, flamboyant comme les contrées qu'il décrivait, nous dit d'abord , ce

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que Dous savions depms longtemps , qu'il n'y avait jamais en en Espagne que deuiL genres de musique cultivés réellement et mis en relief: la musique religieuse et la musique populaire. Mais , ce qui nous causa une pénible déception, c'est que, passant sous un silence absolu la musique religieuse, et surtout son côté historique, qui fut si riche à tous égards, cet écrivain ne nous entretint que du chant populaire, de son originalité, de sa physionomie traditionnelle, se résumant aujourd'hui dans quelques cantilenes pittoresques, ayant pour auxiliaire obligé leur ancien instrument national, la Guitare.

L'appréciation de cet écrivain nous ayant peu satisfait, dans un sentiment de juste et loyale réparation nous conçûmes aussitôt le projet d'écrire une étude sur les œuvres des anciens compositeurs espagnols. Tel est l'objet actuel de ce petit écrit.

C'est donc une omission que nous allons essayer de réparer, et, en même temps, combler parmi nous une lacune historique fâcheuse, et nuisible surtout à la juste appréciation dd la musique de ce peuple si éminemment poétique et si heureusement doué pour tous les arts de l'imagination.

Maintenant que le lecteur est prévenu de nos intentions, il nous reste à le prier humblement de nous suivre au-delà des monts Pyrénéens pour y scruter une époque déjà bien loin de nous, époque de la manifestation radieuse de l'art vraiment religieux, que l'esprit moderne ne pouvait qu'altérer et affaiblir.

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Comme la partie méridionale de la Gaule, et presque en même temps, l'Espagne avait reçu de saint Paul les premières lueurs de TÉvangile. Là, comme chez toutes les nations plongées dans les ténèbres de l'erreur, dans bs premiers siècles de son établissement la religion du Christ passa par les plus sanglantes persécutions. Mais le moment du triomphe de la vérité était venu. Les églises furent bientôt nombreuses dans toutes les provinces ibériques, et Tenthousiasme que les néophytes y manifestaient pour les nouvelles croyances montrait que cette contrée était destinée à devenir profondément catholique.

Au VII* siècle, saint Isidore, archevêque de Séville, nous montre quel a été le progrès de cette sainte religion; cet éminent prélat, pqr ses vertus et par son savoir, fut Tune des gloires et des lumières de Tépiscopat. Saint Grégoire-le^rand, son contemporain, s'aida souvent de ses conseils.

C'était surtout autour de lui que son ascendant moral se faisait vivement sentir: pendant quarante ans saint Isidore fut la principale colonne de l'Église d'Espagne, et c'est à son initiative et à son influence que cette Église dut l'admission de la liturgie mosa* rabique, qui, trois siècles plus tard, dans un mouvement d'unité, fit place à la liturgie romaine.

Mais c'est particulièrement comme écrivain sur la

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musique que nous youlons aujourd'hui considérer réminent archevêque de Séville.

Dans son important ouvrage intitulé Sententàœ de musica^ saint Isidore traite de la théorie de la musique, et ce traité est d'autant plus précieux pour l'histoire de cette science, qu'il offre la première mention de l'accord des sons. Ce docte prélat y parle fort clairement de la symphonie et de la diaphonie, c'est-à-dire de la réunion simultanée des sons graves aux sons aigus et de leur rapport tonêonnant et discordani. Ce qu'il en dit est fort judicieux au point de vue théorique. Quant à l'application pratique de ces premiers éléments scientifiques, il était dans l'ordre des choses de procéder beaucoup plus lentement, les intervalles parasites ne pouvaient être bien appréciés que par l'effet d'une éducation musicale qui s'annonçait à peine. Toujoui^ est-il qu'il y a dans ce livre un témoignage authentique et éclatant des connaissances spéciales et profondes de son auteur, qui possédait encore parfaitement le latin, le grec, l'hébreu, et dont l'érudition était immense.

Aux XII* et XIII* siècles, il y eut en Espagne, comme dans nos provinces du Midi, un mouvement très-marqué vers la poésie et la musique mondaine : la péninsule Ibérique eut ses troubadours, ses ménestrels, ses chants d'amour et de vaillance. Ce mouvement littéraire, scientifique et artistique se trouve parfaitement caractérisé en la personne du roi Alphonse X (1252), souverain que la postérité

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a décoré du nom de sage^ mais à qui il eût été infiniment plus juste d'octroyer le titre de savant. En effet, ce monarque, bien intentionné sans doute, mais assez pauvre politique, montra une rare apti* tude et un goût très-prononcé pour toutes les scien* ces, notamment pour la philosophie, l'astronomie, les lettres et la musique- C'était le prince le plus instruit de son siècle.

L'Espagne lui dut un recueil de lois appelées Las Partidas, ainsi que les tables astronomiques dites Alphonsines, du nom de leur auteur.

L'université de Salamanque, cette institution célèbre, lui fut surtout redevable de sa belle orçanisation scientifique, et, entre autres, d'une chaire de musique, la première qui ait été créée pour cet objet. Et ce qui est très-significatif et donne de la valeur à cette création, c'est qu'Alphonse X ne s'infpira que de ses convictions, car il était luimême bon poète et excellent musicien dans toute l'acception du mot. Il en donna la preuve en composant des cantiques, catuicas^ paroles et musique. Cette œuvre littéraire et musicale était une nouveauté. Pour qu'on ne doutât point du prix qu'il y attachait, et afin d'éviter que sa pensée ne fût mal interprétée, il la consigne avec détails dans son testament, continuant en quelque sorte, dans l'avenir, la rigoureuse surveillance qu'il exerçait journellement sur l'exactitude des nombreuses copies qu'on en faisait.* Ce fait, assez singulier, témoigne d'un grand sens et d'une parfaite connaissance des

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choses de Tart; le royal aateur comprenait bien ce que pouvait sur ses cantiques la légèreté on l'inexactitude d*un copiste, comme Fignorance ou rinbabilelé d'un exécutant. A cet égard, Alphonse X nous explique entièrement Meyerbeer, tenant trèslongtemps ses magnifiques chefs-d'œuvre sur le métier, en surveillant minutieusement tous les détails, et retenant les partitions de nombreuses années jusqu'à la découverte de chanteurs qui pussent bien les interpréter.

Le chapitre métropolitain de Tolède possède une copie de ces cantiques annotée de la main même d'Alphonse X. Ce manuscrit, que nous signalons tout particulièrement aux érudits et aux amis de la science, est un monument archéologique bien précieux ; parfaitement conservé, il offre un spécimen de la poésie et de la musique de cette époque de transition, encore peu connue et qu'on ne saurait étudier avec assez de soin (I).

Ce qui doit surtout être constaté ici, c'est que cette musique n'est déjà plus du plain-chant, et que la portée musicale, formée de lignes parallèles et lettres initiales s'y rencontre avec tous les éléments de rhythme comme à cette époque. Or, ce fait historique, qui a bien son importance, est la

(1) L'appréciation de la couleur et du sens mystique du texte ne serait point sans intérêt pour Thistoire ecclésiastique. Ces cantiques durent naturellement avoir quelque rappojt avec la liturgie de TËglisedEspiffue, qui. comme les autres contrées catholiques, a\ait sa tradition particulière, plus ou moins modifiée Cest un iàit dont on n'a pas encore dit le dernier mot.

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preuve irréfragable de retendue des connaissances musicales d'Alphonse X, comme aussi de Tétat avancé de la culture de cet art en Espagne vers le milieu du XIl^ siècle.

Sous les auspices d'un monarque si éclairé et si jaloux du progrès des connaissances humaines, la chaire de musique de l'université de Salatuanque devait indubitablement arriver k une grande prospérité et donner les plus heureux résultats. D'abord, en élevant la musique au rang des sciences utiles, on lui imposait des obligations : en premier lieu, de montrer qu'elle possédait réellement les éléments d'une science bien constituée quant au fond ; en second lieu , de prouver aussi que son objet final était digne de la plus haute considération.

Son enseignement profond et méthodique ne tarda point à répondre péremptoirement à tous ces points et à justifier tout ce qu'on était en droit d'espérer d'une aussi haute et intelligente initiative. Or, de ce moment, favorisée par les circonstances politiques, nous voulons dire par l'état social de l'Espagne qui rejetait définitivement les Maures de son territoire, la musique, dans son développement progressif, n'avait devant elle qu'un but unique et élevé, la science appliquée aux chants liturgiques du culte catho^ Uqae. C'est donc vers ce seul but que nous allons la voir se diriger et progresser rapidement : nous disons but unique^ car le côté purement populaire de cet art, tout d*instinct, n'a jamais que faire de la science des sons enseignée dans les écoles spécia-

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