ESTHÉTIQUE DES HUIT MODES DU PLAIN-GHANT
égard, comment s'exprimait au douzième siècle saint Bernard, Tune des plus respectables autorités en cette matière:
c II faut que le chant ne soit ni dur ni efféminé, mais grave et modeste, doux et gracieux sans légèreté ; agréable à Toreille, et tout ensemble propre à toucher le cœur, à le consoler, à le calmer. Il faut, pour la beauté et l'utilité du chant, qu'il exprime, autant qu'il est possible, le sens des paroles; car la piété souffre un grand préjudice de ces chants qui enlèvent à l'esprit l'utilité qu'il retirait de l'attention au sens de ce qu'on chante, et où l'on est plus appliqué à flatter l'oreille par la légèreté et la délicatesse des sons, qu'à faire passer dans l'âme les choses mêmes par le moyen des sons. >
Edifiés sur ce point moral du chant ecclésiastique, scrutons les éléments des formules mélodiques de ses huit modes, et essayons de découvrir et d'indiquer les principales causes de la diversité d'expression que l'on y rencontre.
Le premier mode est appelé grave.
Selon l'histoire, ce mode aurait été puisé dans le mode dorien des anciens Grecs, auquel Platon et ses disciples ont également attribué le caractère de gravité. Mais nous ferons remarquer que notre premier mode du plain-chant, quoique émané de la même
analogue à la candeur de leur âme, et les paisibles émotions de ces cœurs, pénétrés et affectueux, donnaient aux inventions de leur esprit un reflet semblable à celui du soleil à travers le^ vitraux des vieux cloîtres. »
(Choron, Encyclopédie musicale^ II* partie, t. m, p. 180.)