S38 LE STABAT DE ROSSINI
ouvrage qui ne contiendrait que des canons, des contrepoints rigoureux , ou des fugues sévères serait une absurdité ; mais Thomme sensé discerne ce qu'il faut prendre de ces choses là ; il comprend que ce sont seulement des moyens mis à sa disposition, et que le mélange heureux du style de Tancienne tonalité avec le style fleuri, mouvementé, accentué de la musique moderne, fournit au compositeur de génie la faculté d'atteindre au plus haut degré d'expression dans ses œuvres ; c'est ce que Rossini et Mendelsohn ont compris de nos jours; et c'est ce qu'avaient aperçu avant eux Mozart, Haydn, Beethoven, Lesueur etCherubini, qui ont su utiliser toutes ces ressources par une fusion habile, tout en posant dans leurs œuvres religieuses leur cachet individuel. C'est encore du besoin de cette fusion que sont nées les tendances à l'éclectisme de tous les compositeurs de notre époque.
Il nous reste un désir à former, c'est celui d'entendre le Stabat de Rossini exécuté convenablement dans une église. C'est là qu'on pourra réellement l'apprécier sous le rapport de l'expression religieuse qui lui a été un peu contestée.
Je le répéterai après plusieurs écrivains : il faut absolument une prédisposition morale de la part de l'auditeur, pour qu'il sente comme l'auteur a senti. Il faut donc à la musique religieuse les voûtes du temple, le recueillement du lieu saint, la lueur des cierges, l'odeur de l'encens, l'effet imposant de nos cérémonies ! C'est à cette prédisposition de l'âme des