‹ Œuvres littéraires-musicalesChapitre 94 sur 123 · VOSGES · texte numérisé non relu

VOSGES

A Monsieur te Directeur du Courrier de Tarn-et-Garonne.

Monsieur,

En vous communiquant cette note sur un ancien manuscrit, c'est bien moins au directeur du Courrier qu'au bibliophile que je m'adresse. Je sais, par expérience, permettez-moi de le dire, l'accueil empressé que vous faites à toutes les publications utiles.

11 n'est pas de bibliothèque, ayant reçu dans ses rayons les livres d'un ancien monastère, qui ne renferme quelque volume extrêmement rare, quelque document précieux pour l'histoire. La découverte qui vient d'être faite à Saint-Dié, ville dont Torigine, comme celle de Montauban, se rattache à l'existence d'une antique abbaye, nous en offre une nouvelle preuve.

M. Grosjean, organiste de la cathédrale de Saint-

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308 DSGonviRTB d'dn ancien manuscrit

Dié, artiste de goût, de sens, de savoir, et surtout de dévouement, dirige plusieurs publications de musique d'orgue d'une utilité réelle pour l'art religieux. Portant ses vues vers les hautes sphères de la science, cet honorable confrère a voulu en même temps aller demander à la bibliothèque de la ville une instruction plus sérieuse. Il n'a pas craint, à cet égard, les ennuis de l'exploration ; il n'a point redouté la poussière amassée par les siècles sur des volumes condamnés à l'oubli par la plupart des lecteurs; il a feuilleté, lui, ces vieux bouquins, il les a parcourus sans relâche ; et, enfin, il a recueilli le fruit de sa louable persévérance. M. Grosjean a découvert un ancien manuscrit, qu'il croit dater du XV* siècle (1460), manuscrit qui contient neuf traités de musique d'un intérêt incontestable pour l'histoire de la science musicale pratique.

Depuis la publication de mon Histoire de la Musique, par une sympathie que vous comprendrez aisément, il s'est établi entre M. Grosjean et moi des relations qui se resserrent de jour en jour. Il y a quelques mois, dans la joie de sa nouvelle découverte, M. Grosjean me l'avait déjà communiquée confidentiellement ; mais la 'discrétion me commandait alors le silence. Aujourd'hui, ces considérations disparaissent; je puis sans inconvénient dévoiler le secret qui m'avait été confié. Ainsi, dans une lettre du mois d'août dernier, cet artiste me donnait, à ce sujet, les détails qu'on va lire :

« J'ai fait dernièrement, me disait-il, une décou-

▲ LA BIBUOTHÈQUB DE âALNT-DIÉ. 309

verte précieuse pour Tarchéologie musicale. Dans un coio de la bibliothèque publique de notre ville se trouvait un vieux manuscrit, auquel personne ne faisait attention. Âpres en avoir demandé et obtenu communication, j'ai reconnu que ce vieux bouquin contenait :

c l"" Lucidaritm Marchetti de Padua in arte musicœ planœ^ etc. Ce traité parait bien complet. Il a 33 feuillets écrits sur deux colonnes ; il commence et finit bien par les mots qu'indique M. Fétis dans sa biographie universelle des musiciens, au nom de Marchetto de Padoue.

€ S"" Gaudent brevitate moderni. Dix feuillets contiennent, sous ce titre singulier, un autre traité abrégé (sans nom d'auteur). C'est peut-être le Pomerium musicœ mensuratœ de Marchetto.

€ 3** L'Ars mensurabilis de Francon de Cologne. Ce traité me parait être bien complet ; il a 21 pages bien serrées, sur deux colonnes.

€ 4' Gaudent brevUcUe modemiy abrégé d'un autre traité de plain-chant mesuré (sans nom d'auteur); 6 feuillets.

€ 5* Brem Compilation de Marchetto de Padoue (8 feuillets). Ce cinquième traité a malheureusement été mutilé ; il y manque trois feuillets au commencement et un à la fin.

c 6* Introductis musicœ planœ et etiaUfi^ musicœ mensurabilis secundum magistrum Johannem de Galandia (sic) musicœ sapientissimum. Ce traité est le plus considérable du recueil ; 39 feuillets : c'est aussi

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peut-être le plus important, car M. Nisard dit, page 323 de ses études, qu'on ne connaît les ouvrages de Jean de Garlande que par quelques citations de Jérôme de Moravie. Je crois qu'il y a dans ce traité des renseignements précieux touchant Teiécution du chant grégorien. Ces renseignements viendraient fort à propos aujourd'hui, puisque ces études sont à l'ordre du jour, et que cette partie de la science me paraît encore fort incertaine, tant il y a d'avis divers. Il y a dans ce traité quantité d'exemples très-lisibles ; c'est une véritable méthode de chant ; on y trouve même l'intonation des Psaumes sur les huU modes j et d'autres règles concernant la Psalmodie.

€ 7* Un traité d'acoustique^ division du Monocorde, etc., 16 feuillets sans nom d'auteur.

c 8*" Un nouveau traité de musique mesurée, vcdeur des notesy etc. ; 8 feuilles, sans nom d'auteur.

c 9"" Enfin, 4 feuillets pour un traité abrégé, portant le nom de Jean de Mûris en tête.

c Ce vieux manuscrit est assez bien conservé ; il me paraît avoir été écrit vers 1450. Il est trèsdifficile à lire, parce que le latin est rempli d'abréviations ; du reste, l'écriture est assez bonne. »

C'est là assurément, M. Grosjean a raison de le dire, une découverte précieuse pour l'archéologie musicale. Quelques-uns de ces traités peuvent nous initier à l'état de l'art de l'époque de l'apparition et du développement progressif des éléments du déchant et du rhythmoj c'est-à-dire de la période de temps comprise depuis le commencement du XIP

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