‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 107 sur 143 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Solennelle entrevue.— I/ineendie du Château»

Une année environ s'était écoulée depuis le jour où le Chevalier-Noir avait quitté le château d'Héricourt , emportant la promesse solennelle du vieux baron ; cette fois, il revenait fier de lui-même , revêtu d'un titre et d'un nom glorieux ; il revenait, prêt à demander compte au vieux gentilhomme de la parole donnée, prêt à réclamer hautement la main de celle qui avait juré de se donner à lui. Mais bien des choses étaient changées depuis l'époque du tournoi où le sire d'Arsac , le fiancé d'Hélène , avait succombé dans la lice ; bien des choses étaient changées depuis lors dans le duché de Bretagne ! Mais Gaston ne s'en doutait pas.

Il s'en revenait, bercé dans les pensées les plus riantes. Les plus douces images folâtraient devant lui. Le souvenir de sa victoire restait comme un baume en luimême , parce que la palme était la main d'Hélène; ce moment si longtemps désiré, acheté par de si rudes et si brillants travaux , approchait enfin. Le sire de Marcy entrevoyait déjà de loin les blanches murailles du château d'Héricourt. A cette vue , Gaston pâlit et trembla. Lui , qui ne reculait devant aucun danger , frémit en pensant à la femme adorée. Un douloureux pressenti-

ment le saisit. Le château étincelait de mille lumières , dont le voyageur apercevait le reflet lointain. C'était alors l'heure du crépuscule; et ces lumières si nombreuses , qui rayonnaient dans l'ombre naissante, devaient avoir pour cause une fête, une assemblée magnifique. Gaston, inquiet, interrogea les pâtres qui passaient et retournaient en chantant à leur chaumière , après l'heure du travail :

— D'où vient , leur dit-il , que le château d'Héricourt s'illumine ainsi ce soir?

— Vous venez donc de bien loin , mon bon seigneur, répondit le plus vieux des pâtres , puisque vous ignorez que demain la fille des sires d'Héricourt épouse le noble seigneur de Bourgogne, le comte d'Arsac? C'est aujourd'hui la fête des fiançailles , et c'est une joie immense dans tous les environs.... Que Dieu vous garde, seigneur chevalier , ajoutèrent les pâtres en passant leur chemin.

Gaston, par un mouvement convulsif, avait arrêté les brides de son coursier. A cette nouvelle , le jeune homme restait immobile et sans voix; la foudre eut moins rapidement pulvérisé la vie dans ses membres, et Ton eût dit un cavalier d'airain debout dans un coin de la forêt.... Hélène ! le sire d'Arsac ! . . . Quel effroyable coup , plus terrible encore que les épées et les lances menaçantes , plus profond que l'arme la mieux trempée ! Qu'étaientce, auprès de cette souffrance, que toutes les souffrances de la fatigue et du péril ? Mille fois mieux eût valu la mort sous les murs de Florence, même la mort la plus lente et la plus cruelle!... L'âme du guerrier blessé , mourant, ne souffre pas ! Et qu'est-ce, auprès de la torture de l'âme , la douleur passagère du corps ?. . . Ici le Chevalier-Noir souffrait le supplice le plus atroce.... Et sans doute son mauvais génie , ne trouvant pas de prise sur son armure d'acier et sur son corps de fer , avait imprimé ses griffes sur son âme sensible et tendre. Infortuné ! il avait tout quitté , tout bravé pour elle ; tout

quitté... même sa gloire! Lorsqu'il aurait pu acquérir d'immenses honneurs sous les drapeaux de sa patrie, lui, capitaine royal, chevalier glorieux entre tous les chevaliers , n'avait pas un moment songé à rester dans cette armée enthousiaste de son audace , avec ce souverain , noble appréciateur de ses exploits. Cette pensée n'avait pas un seul moment obscurci l'horizon de son amour.... Tout pour elle ! Auprès du souvenir d'Hélène, qu'étaient la renommée, la vaillance , l'ivresse des combats?... Il espérait, le malheureux! dans la bonne foi de sa tendresse pure , que la jeune fille absente le suivait çte son inquiétude, le protégeait de sa prière, et qu'elle n'avait, comme lui , qu'une pensée fixe : le revoir , être à lui ! Ignominie ! . . . N'est-ce pas une lâcheté de se faire aimer, adorer , puis de trahir l'absent qui combat pour vous? N'est-ce pas être aussi vil qu'un assassin qui, se riant de la foi jurée, vous frappe d'un coup mortel en vous appelant son ami? Ce brave guerrier , que rien ne pouvait abattre, est terrassépar la perfidie d'une femme. Ce front si fier s'incline , ce sang de flamme est glacé !

Peu à peu cependant la vie revint au Chevalier- Noir. Le souffle bienfaisant de la soirée ranima sa poitrine , et sa pensée se réveilla comme son corps. Cette idée déchirante se dressa encore devant lui... mais les malheureux espèrent ; ils veulent douter. Sa planche de salut fut un débris d'incertitude ; il s'y accrocha de toutes les forces de son âme. Là encore il trouvait un nouveau supplice. Douter... non ! il faut s'assurer en quelques instants de tout son malheur. Il faut , — car peut-être la jeune fille est tyrannisée , — l'arracher à ceux qui l'oppriment et veulent la contraindre à devenir parjure. C'est ainsi que le sire de Marcy trouvait tour à tour dans son imagination l'espoir consolateur ou la plus vive amertume. H prit sa course vers le château d'Héricourt ; mais au miieu de la route il s'arrêta devant la porte d'une chaumière , simple demeure d'un vieux bûcheron que Gas.

ton avait autrefois délivré d'une attaque de brigands , alors que dans les jours de sa jeunesse il faisait dans le bois sa tournée de chevalerie. Gaston savait que ce vieillard lui était tout dévoué, et que dans sa reconnaissance il était prêt à lui sacrifier même son salut éternel. En quelques secondes , le chevalier se fit connaître au vieux Bertrand :

— Bertrand , lui dit-il , tu vas me dire s'il est vrai qu'Hélène d'Héricourt épouse le sire d'Arsac , et

— Comment , c'est vous , brave seigneur ! répondit l'autre; vous ici , sire Gaston ! Entrez dans ma chaumière, devenez un moment mon hôte, que je vous remercie encore.

— Réponds-moi donc , Bertrand , interrompit le fougueux jeune homme. Est-il vrai qu'Hélène

— Oui , c'est une honte î reprit encore le vieillard ; la fille de la Bretagne épouser un sire de Bourgogne ! infamie!... Je comprends voire douleur à vous.

— C'était donc vrai : elle m'a trompé , trahi !

Le guerrier inclina de nouveau son front sombre ; soudain il se releva avec une majestueuse colère :

— Mais vous , s'écria-t-il , mon père , baron d'Héricourt , n'ètes-vous plus chevalier ? Etes-vous faible comme une femme? Faites-vous d'un amour le jouet d'une heure? Oh! vous n'êtes plus mon père , puisque vous m'avez éloigné pour mieux me trahir. J'aurai satisfaction de cet outrage, lâche baron !

— Que parlez-vous de notre baron , le vénérable seigneur ? dit Bertrand. Ne savez -vous donc pas qu'il est trépassé depuis deux mois ?

En disant cela, le bûcheron essuyait une larme.

— Mort , lui!... reprit Gaston avec un accent pénétré. Mon père ! et j'allais insulter ta mémoire ! Pardonne à la folie d'un amant. Toi si bon et si loyal, tu ne devais pas être parjure et lâche ! Non ; j'aurais dû savoir que cette nouvelle était l'annonce d'un double malheur. Hé-

lène ! Hélène ! tu laisses au peuple le soin de le pleurer. Ce sont des larmes douces à sa tombe.

Il demeura quelques secondes muet et penché sur lui-même.

Tout-à-coup son pâle visage se colore ; ses yeux humides étincellent.

— Bertrand , s'écrie-t-il , prends une torche éteinte , des broussailles sèches , et suis-moi.

— Je suis tout à vous, seigneur ; mais

— Suis-moi, suis-moi, tu connaîtras tout. Tu sais que ton âme est à moi , Bertrand? '

Le vieux bûcheron obéit et suivit le Chevalier-Noir. Ils arrivèrent ainsi , dans l'ombre silencieuse , jusque sous les murs du château d'Héricourt qui étincelait dans les ténèbres comme un météore tombé sur la terre ; et tous deux restèrent à une courte distance en face des fenêtres devant lesquelles passaient et repassaient les ombres des personnages de la fête. Gaston observa et refoula en lui-même la fougue de sa rage pour mieux accomplir son projet. Il aperçut Hélène qui vint respirer un moment l'air pur sur le balcon. Elle était toute blanche et toute parée , même plus souriante qu'à l'ordinaire, ruisselante de bijoux et de richesses. Un cavalier superbement vêtu se trouva près d'elle , et tous deux rentrèrent. C'était le sire d'Arsac.

— Damnation 1 murmura le chevalier de Marcy.

Puis il se tut et devint immobile. La musique recommença dans le château. L'ombre d'Hélène repassait encore souvent , enlacée avec celle de l'autre. — Hélas ! il l'avait rêvée belle ainsi , riche ainsi.... El tout cela , tous ces sourires et cette parure , tout cela pour son odieux rival ! 0 ciel ! être vivant , voir cela sous ses yeux, lorsqu'on la croyait déjà son épouse, qu'on avait fait de cette idée une part de soi-même... n'est-ce pas un tourment qui brise , un adultère qu'on est forcé de voir du fond de l'enfer? Tel était le supplice de Gaston

telle était sa rage ! Il n'avait plus d'autre volupté que la haine. Oh! la haine est aussi brûlante , aussi exaltée que l'amour , lorsqu'elle est profonde et qu'elle prépare sa vengeance.... Car il médite une vengeance terrible, Tamant fidèle et trompé.... C'est un effroyable silence que son silence ; ce n'est pas en vain qu'il assiste à cette fête de fiançailles et qu'il laisse fermenter en lui la lave d'un volcan.

Allez , galants seigneurs et belles dames de la fête , respirez l'atmosphère du bal, enivrez-vous de l'éclat des lumières, de ces flots de parfums et d'harmonies I Dansez et riez... Vous ne voyez pas ce chevalier et ce vieillard qui se glissent à vos pieds dans la nuit, pareils aux serpents qui se cachent sous les fleurs du gazon , et qui vont mordre la jeune fille aux pieds nus, lorsqu'elle joue insoucieuse au milieu des roses et des rayons du soleil! La fête dura trois heures ; pour Gaston, c'était à devenir fou. Enfin, le bruit s'éteignit insensiblement, la fête disparut , et le château retomba dans l'obscurité. Le Chevalier-Noir laissa échapper un cri de satisfaction , comme celui qui, après une longue attente, voit s'avancer l'heure de la joie.

— Allons, Bertrand, fit-il, tu te tiendras prêt à exécuter mes ordres.

— Je vous l'ai déjà dit, seigneur, mon âme est à vous.

— Tu me l'as juré , et je te crois , reprit encore Gaston d'un ton grave et résigné.

Puis il descendit de cheval.

Alors que faisait Hélène? En quittant son fiancé, après l'agitation delà fête, elle s'était retirée dans son boudoir; die effeuilla sa couronne, ôta ses bracelets, ses parures, et se mit à rêver. C'était donc sa dernière nuit de vierge et de solitaire rêverie.... Après cette nuit des fiançailles, c'était l'aurore de l'hyménée. Elle ne voulut pas encore se livrer au sommeil. Minuit sonna; minuit, l'heure des fantômes , des craintes et des souvenirs ! La jeune fille

perdit presque la pensée de son futur époux , et dans une vague terreur, elle écouta les paroles nocturnes du vent et des ténèbres.... Au sein des vagissements du silence , elle crut distinguer la voix plaintive de son oncle et les hennissements du coursier de Gaston.... Dieu! quelle idée rapide ! Gaston !... Tout lui rappelle sa présence : minuit, le boudoir, sa parure.... C'était là qu'il lui avait dit adieu , c'était là qu'il lui avait juré sa fidélité éternelle, c'était là, en sortant du festin, au moment même où elle ôtait ses diamants et ses fleurs, que le Chevalier-Noir était venu lui tendre sa main de frère et de fiancé. Ce remords et cette terreur la font pâlir.... Tout-à-coup un craquement léger se fait entendre , la porte secrète s'ouvre, — Hélène ne songeait plus à cette issue , — et Gaston apparaît dans la chambre , debout , noir et menaçant comme le spectre de la vengeance.

— Grand Dieu ! dit Hélène en poussant un cri de stupeur.

—Tais-toi, reprit le sire de Marcy avec Violence.

Mais il s'arrêta ; puis , recommençant avec un calme apparent , il continua :

— Hélène 1 Hélène ! Hélène ! me voici. L'année est presque écoulée ; je viens vous rappeler votre promesse ; je suis capitaine et chevalier royal. Pour vous obtenir, j'ai tout bravé , tout vaincu. Maintenant , je viens vous dire : jeune fille , qu'avez-vous fait du serment du vieil^ lard? Qu'avez-vous fait de votre promesse et de notre amour?

Hélène , dévorée par l'inquiétude et le remords , se mit à pleurer :

— Pleure, enfant, reprit le Chevalier-Noir- pleure de toute ton âme. Tu as profané ce qu'il y avait au monde déplus grand et de plus sacré! La cendre de ton oncle est à peine refroidie, à peine se sont éteints les flambeaux de ses funérailles, et déjà tu allumes les flambeaux sa-

êriléges de la fête et de l'hymen. Profanation au tom* beau ! profanation infâme ! puisque cet hymen est une insulte à sa mémoire , un démenti à sa vieille loyauté ! Moi, fort delà pensée d'être ton époux» je n'avais qu'une seule pensée : toi , mon amour! Et j'ai pris une ville ennemie, j'ai vaincu un bataillon de chevaliers florentins • j'ai reçu mon titre de capitaine devant toute l'armée de France , de la bouche du souverain. Voici ce que je faisais , enfant , tandis que toi , loin d'attendre mon arrivée , tu te livrais au plaisir et tu te donnais à mon rival , sans songer qu'il est un Dieu vengeur de la tombe profanée et du serment trahi.

— Ah ï Gaston, dit Hélène qui commençait à se remettre , il est trop tard pour revenir sur le passé. Ce mariage doit s'accomplir. Après la mort démon oncle, la duchesse Anne a exigé cette union... pour des vues politiques. On vous a cru mort ici. Pourquoi donc ètesvous si longtemps resté dans l'absence?

— Dérision que ces paroles d'enfant!... Mais si c'est une tyrannie qu'on exerce sur toi , mon Hélène , voici

ton défensenr, ton véritable époux ; et si

— Non , vous dis-je ; c'est peut-être vous que j'aime encore , Gaston ; mais cette union ne peut plus être retardée. Il faut que demain elle soit accomplie.

— Je le vois ! s'écria le sire de Marcy avec une exaltation douloureuse ; je n'aimais que l'ombre d'une femme, et non pas un de ces anges que sans doute on doit trouver au ciel. Tu n'aimes pas, Hélène; tu ne sais pas ce que c'est qu'aimer. Eh quoi ! tu me dis : « C'est peut-être encore vous que j'aime... » et tu ajoutes : « Mon mariage avec un autre doit s'accomplir.... pour des vues politiques.... » Lâche! dis plutôt que tu n'as pas d'énergie pour lutter contre le plus petit obstacle l Dis même que le sire d'Arsac te séduit avec son opulence et son vieux titre de comte ; dis que tu seras heureuse et hère de paraître dans la Bourgogne coin-

tesse d'Arsac , pour recevoir les hommages des courtisans et des muguets de la cour. Tu m'aimes!... Aimer, c'est être à deux , quoi qu'ordonne le sort ; c'est suivre celui qu'on aime à travers les ronces et les broussailles du chemin , partageant son pain noir et couchant sur la dure, avec le soleil pour foyer et la lune pour flambeau. Lâche 1 tu n'es pas faite pour aimer, fille de la mollesse et de l'indolence , dont l'âme se froisse comme le corps au moindre souffle d'une brise piquante. Eh quoi ! tu m'aimes... et Dieu m'est témoin que cette parole a remué tout mon cœur, et que je serais prêt à te pardonner! Suis-moi donc. Fuyons ensemble ce séjour de l'oppression et de l'infamie. Fuyons! un serviteur dévoué m'attend en bas avec mon bon coursier ; fuyons ! cette issue secrète nous protège ; nous apaiserons ainsi les mânes de ton"oncle notre père. Viens , viens !

A ces mots , Gaston prit convulsivement la main d'Hélène , et voulut entraîner la jeune fille par la porte secrète.... Elle résista , parce qu'elle n'était pas une de ces femmes aux passions profondes , aux actions hardies. Au bruit de cette scène , aux cris de détresse d'Hélène , plusieurs chevaliers qui veillaient dans le vestibule accoururent dans le boudoir l'épée nue , le geste menaçant.

Gaston de Marcy, à leur aspect, sentit la rage battre dans sa poitrine :

— Par Satan ! s'écria-t-il en tirant aussi son épée , la fille des sires d'Héricourt gardée par les chevaliers de Bourgogne ! Vous allez me connaître , Messeigneurs. Cette femme est à moi; place, place, reconnaissez Gaston , le Chevalier-Noir.

Alors il se dirigea vers la porte , entraînant Hélène qui se débattait sous son poignet de fer. Mais les officiers bourguignons lui barrèrent le passage. Les épées se croisèrent et retentirent un instant. Deux chevaliers de Bourgogne tombèrent. Enfin Gaston, vaincu par le nombre, fut blessé au côté d'un coup d'épée mortel.

—Ah ! fit-il avec un rugissement de douleur et de furie* vous vous croyez vainqueurs, mes maîtres. Attendez l

Ce disant , il tira de sa cuirasse la blanche écharpe d'Hélène , et se mit à l'agiter d'une main fiévreuse et crispée à la fenêtre de l'appartement.

Quelques minutes après, une fumée épaisse s'élevait dans la nuit. L'incendie était au château ! Les chevaliers s'enfuirent avec précipitation.... Hélène, épouvantée, voulut fuir sur leurs pas.... Elle fut encore retenue par le poignet terrible de Gaston de Marcy.

— Tu ne fuiras pas, dit-il ; enfin, nous voilà seuls,... Je meurs , mais Dieu m'accordera sans doute assez de force pour accomplir ton châtiment.

Gaston, qui, jusqu'à ce moment, avait lutté contre sa blessure , tomba , enlaçant Hélène et l'entraînant dans sa chute.... Il s'appuyait sur son épée , et se traînait à la fenêtre pour voir si la flamme gagnait le château d'Héricourt.

— Bien, bien, disait-il; voilà l'incendie.... Nous sommes seuls enfin , comtesse d'Arsac. C'est notre agonie , à deux! Ta blanche écharpe à cette fenêtre... c'était le signal de l'incendie ! Mon vieux Bertrand m'a bien servi. Mourir à deux , ah! quelle joie.... Souffre , ô femme maudite. Voicila flamme; j'ai encore assez de sang dans les veines pour t'enchalner ici ; tu meurs , tu meurs , voici la fumée.

Hélène, dans la fièvre de la terreur, terrassée, broyée, n'articulait que des mots sans suite: — J'étouffe... oh ! Gaston... laisse... je t'aime... pardonne.... — Et c'était un spectacle horrible ! le boudoir élégant devenu le théâtre des combats et de la vengeance, cette jeune fille terrassée par ce chevalier sanglant et farouche , ces deux cadavres de bourguignons! au dehors la nuit! et la flamme qui pétillait dans les torrents d'une fumée noire.,.. Quelles vengeances et quelles agonies !

Le lendemain , le château d'Héricourt n'était plus qu'un monceau de ruines fumantes; et maintenant, tous les soirs , au dire de l'habitant des campagnes , on voit errer des fantômes sur ces ruines , et l'on entend des gémissements frémir avec le cri des oiseaux nocturnes , le sifflement de la brise et les sourds vagissements des morts.

MIGHAELI ,

épis©©e ©k l'histoire milanaise.

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