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LES VOIX AÉRIENNES

De temps en temps dans l'air qui pleure La cloche du soir retentit , Grave parole , annonçant l'heure Où le jour mourant s'engloutit.

« Encore un jour qui vole et passe ,

» Dit la cloche aux sons argentins ;

» Un jour enlevé dans l'espace

» Et dévoré par les destins. »

Et l'homme , entendant la voix grêle Du mélancolique Angélus, — Voix larmoyante et solennelle — Songe aux moments qui ne sont plus.

« Encore un soir. qui jette un voile, » Dit-il , sur notre grand flambeau !

» Un soir dont la pleureuse étoile » Semble l'aurore du tombeau. »

L'homme, alors, baissant la paupière Et se recueillant doucement , à S'agenouille et fait sa prière Aux bruits du frêle tintement.

Ainsi , dans l'humaine existence , Nous entendons gémir parfois Une funéraire cadence Et de mélancoliques voix.

C'est lorsqu'une froide harmonie Tinte sourdement dans les airs., Lorsqu'on célèbre l'agonie, La mort de ceux qui nous sont chers.

Parmi nos amis de la terre , Il en est qui vont avant nous Revoir les plaines du mystère Et revivre en des lieux plus doux.

C'est l'aïeul qui nous abandonne Pour l'empire de Jéhova; C'est l&sœur que la mort couronne , Ou c'est la mère qui s'en va !

Jours déchirants ! heures cruelles Que tout mortel voit survenir , Et dont les cœurs bons et fidèles Ne perdent pas le souvenir.

Alors la maison désolée S'entr'ouvre devant le cercueil f Et revêt sa robe étoilée Par les blanches larmes du deuil.

Alors nous entendons encore La cloche aux sons aériens Dont le bourdonnement sonore Au temple appelle les chrétiens.

C'est le soir d'une vie humaine.

Et le glas... c'est l'airain du soir Qui dans les cœurs pieux amène La mélancolie et l'espoir.

« Encore une âme qui s'efface , » Dit la cloche au funèbre son ; » Encore un mortel qui trépasse , » Brisant les murs de sa prison... »

Et l'homme à cette âme chérie

Disant le solennel adieu ,

Se calme avec la rêverie

En songeant qu'elle est près de Dieu.

« Encore un élu qui précède ,

» Dit-il , mes pas vers le Seigneur ,

m Elu qui pour nous intercède

» Et sur nous veille avec bonheur. »

Oui , l'homme pieux se console, Et quand le glas tinte toujours , Il prie... espérant l'auréole * Qui brille au lumineux séjour.

Ainsi, quand tour à tour soupire La cloche du soir endormi , Ou le glas qu'un trépas inspire , C'est toujours le chant d'un ami !

Ami dont l'appel est sévère , Mais qu'il ne faut pas oublier ; Signal que le chrétien révère , Puisqu'il l'avertit de prier.

Voix de l'air !... ô cloches plaintives ! Je sens dans vos longs grondements De mystérieuses missives , De pâles avertissements.

Malheur à qui ferme l'oreille Aux rigides accentsdu deuil; Malheur à celui qui sommeille Avec la torpeur de l'orgueil l

Si , quand l'appelle un juge austère , L'homme est indigne de partir , Plus de grâce !... Il euj; sur la terre Assez de voix pour l'avertir.

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