‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 117 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Une visite.

Le lendemain , comme ils l'avaient projeté , nos jeune» gens se présentèrent chez la maîtresse de pension.

Edouard Rimbert était d'une famille honorable. Depuis plusieurs années, il se trouvait, par la mort de ses parents f maître de sa fortune et de sa conduite. Comme tous les hommes qui se voient abandonnés sans guide à la fougue du premier âge, il avait eu quelques faiblesses ; mais son âme, au sein des passions elles-mêmes, n'avait point perdu le sentiment de la dignité. Bien au contraire ; lorsque entraîné, comme malgré lui, sur la route glissante du plaisir, Edouard cherchait à réaliser les rêves de son imagination ardente, il se prenait souvent à être triste; il souffrait. Car les âmes bien nées se trouvent mal à l'aise dans ces liaisons que la société réprouve. Il faut à l'homme un attachement pur qui remplisse toute sa vie. Il lui faut une famille qu'il puisse aimer , un foyer domestique près duquel il puisse se reposer avec bonheur.

Rimbert avait compris tout cela ; il avait vingt-cinq ans passés.-., et l'homme, dans ce siècle, est presque mûr à cet âge. Fatigué du monde , où l'on rencontre à chaque pas le vice ou la méchanceté sous un sourire , Edouard , l'élégant cavalier , ne songeait plus qu'à fuir le théâtre de ses vains succès. Il voulait se renouveler le cœur et commencer une existence digne de lui. C'est ainsi qu'il avait aimé, adoré Louise....

Quand M-me Dinot eut appris le motif qui amenait les deux jeunes gens chez elle, son cœur de mère fut plein de joie. Elle aimait sincèrement la jeune orpheline, comme si elle eût été sa propre fille* et Fespoir de lui donner un avenir social la rendait toute heureuse. Elle accueillit donc Rimbert avec affabilité. Comme toutes les personnes réellement vertueuses et sensées , cette dame ne porta point de défiance sur Edouard dont les goûts mondains lui étaient

pourtant un peu connus. Elle savait qu'il faut une certaine expérience pour faire un bon mari ; et , de plus , elle avait compris que le jeune homme , las de son passé , se donnerait de toute son âme à des affections nobles et graves. Ce fut aussi bien du bonheur pour la jeune fille ! Son cœur fait pour la rêverie, pour la mélancolie douce, aurait langui , s'il n'avait pu s'épancher. Quel que soit le bonheur qu'une femme éprouve auprès de sa mère , de ses amies d'enfance , elle ne tarde pas à sentir en elle des pensées inconnues, une tristesse mystérieuse qui décèle un besoin d'amour.... Edouard Rimbert put enfin parler à Louise. Il lui dit comment son amour avait pris naissance, et comment il avait pris insensiblement de profondes racines. Il lui fit les serments si tendres, les promesses si délicieuses à l'oreille d'une femme.... Et Louise ne voulut point cacher ses sentiments à l'homme que sa mère avait accueilli. Edouard se trouvait bien heureux dans ces causeries intimes de l'abandon où pouvait s'épancher le cœur de la naïve enfant. Là , du moins , il n'y avait plus ces entraves du monde qui guindent l'esprit. On ne devait point observer ses gestes, ses paroles ; et Rimbert put apprécier toutes les qualités morales de la jeune fille, qui ne craignait point de lui raconter ses espérances et ses rêves. Qu^il ressentait là de véritable félicité! qu'il voyait de différence entre cette jeune Louise, pleine de sincérité et d'innocence, et ces coquettes du monde qui font un métier d'orgueil et de perfidie ! . . .

Enfin , quelque temps après , le mariage fut fixé ; et ce soir-là , on l'annonça officiellement dans le cercle élégant que fréquentait Edouard Rimbert. Le futur mari vint l'annoncer lui-même. A cette nouvelle, une dame de la société rougit et trembla ; mais elle sut habilement maîtriser son dépit , de telle sorte qu'il ne fut aperçu que d'Edouard. Puis s'avançant du coté du jeune homme , cette dame lui dit à voix basse : • -

— - Monsieur , il faut que je vous parle demain !

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