‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 121 sur 143 · HORTENSE DE B · texte numérisé non relu

HORTENSE DE B

— Quelle femme! dit Edouard; je ne m'étais donc pas trompé !

Louise entrait en ce moment dans la chambre; elle était rayonnante et parfumée comme une reine de bal. A peine salua-t-elle d'Arcourt, tant elle était heureuse d'être belle, impatiente de se faire admirer.

— Comment ! ma bonne de Blainville n'est pas encore là? Qui peut la retenir? C'est ridicule de se faire attendre ainsi, s'écria-t-elle.

— Eh ! que me parlez-vous de cette femme , répondit Edouard avec exaltation ; tenez , mon amie , soyez enfin éclairée sur le compte de cette perfide coquette ; lisez.

Mme Rimbert lut à voix basse le billet que nous connaissons déjà. Son étonnement fut extrême : on ne lui avait jamais appris à se défier de personne et surtout d'une amie. Cette lecture développa son imagination neuve encore. Elle comprit les périls de la coquetterie, l'insensibilité qu'elle amène et la méchanceté qui se cache sous tant de visages souriants. L'indignation lui glaça le cœur.

— Quelle leçon ! murmura-t-elle. Puis s'interrompant

tout-à-coup comme sous l'impression d'une idée subite, elle s'adresse à son mari :

— Tu as donc aimé cette Hortense , Edouard? Ne ditelle pas que tu l'as aimée dans ce billet infâme?...

— Aimée... elle ! Louise ; oh ! je te jure qu'avant de t'avoir connue , j'ignorais ce que fût l'amour.

— Je te crois. Elle est trop méprisable , n'est-ce pas? Va , je ne te quitterai plus ; je suis toute confuse de moimême; j'aurai confiance en toi, en toi seul. Les hommes sont là pour nous éclairer de leur expérience. . . . Et quand je pense à cette méchante coquette, quand je songe qu'elle doit encore venir ici... ah! pourtant , je suis bien aise de l'humilier.

— Me voici , fit une voix de femme, doucereuse comme le chant perfide de la sirène. Tu dois être prête , bonne amie. La voiture nous attend.

C'était Hortense qui venait chercher sa rivale. Il y eut un moment de silence ; puis Louise , qui avait peine à maîtriser sa colère, ne ménagea point sa vengeance, et s'écria :

— J'ai votre lettre, votre méchante lettre, madame ; je ne veux plus vous regarder , tant vous me faites honte !

Mme de Blainville reconnut le billet qu'elle avait écrit à Yalzy ; elle se mordit les lèvres avec un dépit froid et concentré.

-—Eh bien ! répliqua-t-elle, lettres pour lettres, madame Rimbert! Tenez!.... v *

En disant ces mots , elle remit à Louise un paquet des lettres d'Edouard, et regarda son ancien amant.

Rimbert sourit de pitié.,

La jeune femme prit le paquet et le jeta au feu.

— Cela est du passé, dit-elle, je ne veux rien y lire.

Puis elle prit un air digne, dont elle écrasa son ennemie,, et continua :.

— Je vous trouve bien hardie de me parler face à face dans la maison d'Edouard.

— Je sors, dit Hortense vaincue; eh ! que m'importe, après tout?

Quand les intrigantes éprouvent un échec , elles cherchent à paraître ne pas avoir tenu à la victoire.

— Adieu ces brillants , ces parures! fit Louise en couvrant son mari de baisers et de larmes. Cette bonne Mmc Dinot avait raison : le monde est un abîme caché sous des roses. Je veux vivre avec calme, auprès du véritable amour.

— Et de la véritable amitié , dit Edouard en tendant la 'main à Léon.

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