‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 13 sur 143 · LE CLOITRE · texte numérisé non relu

LE CLOITRE

A Mademoiselle Anna ***.

Tu veux un cloître, Anna !... ce sépulcre de pierre Où l'on vit , enfermé sans air et sans lumière , Où l'on meurt goutte à goutte à force de langueur ; Ce sépulcre muet où l'on souflre, où l'on râle , Où l'on s'éteint vivant , dans un suaire pâle Dont le froid vous saisit au cœur !

Non ; ce n'est pas ainsi qu'il faut être rêveuse , Lorsqu'on est jeune et belle, et qu'on a dix-huit ans ; Lorsqu'on sent voltiger sur sa tête amoureuse La tiède haleine du printemps.

Anna ! ne songe plus à la mélancolie ; L'avenir à tes yeux fait briller son flambeau : Tu n'as vu naître encor qu'un matin de la vie , Et déjà tu veux un tombeau !

Peux-tu noyer ton cœur dans la tristesse amère , Et par des pleurs sans cesse accuser le destin , Toi qui sens sur le front un baiser de ta mère Chaque soir et chaque matin ?,

Toi qui devrais sourire , être heureuse ! plus belle Que la vierge aux yeux bleus que créa Raphaël , Ange sitôt lassé de ta forme mortelle , C'est trop vite pleurer le ciel.

Ainsi , ma douce vierge à peine épanouie , Tu fermes au soleil ta paupière éblouie; Timide, tu crains l'onde et veux t'asseoir au port ;

Mais connais-tu ton cœur ? connais-tu l'existence ? Folle de dix-huit ans , n'as-tu d'autre espérance Ni d'autre asile que la mort?

Tu veux un cloître , Anna; mais Dieu ne t'a point faite Pour voir fouler aux pieds ta couronne de fête; Dieu ne t'a point donné ces longs cheveux flottants Pour qu'ils tombent, fauchés par les ciseaux du prêtre. Il t'a faite si belle I . . . Et tu vas disparaître Aux premiers rayons du printemps!

A toi , ma jeune fleur mollement parfumée , Les baisers odorants de quelque brise aimée ! A toi, l'air pur des cieux, les beaux jours du plaisir î Enfant, pour toi la vie est un mystère encore; Les nuages légers qui voilent ton aurore N'obscurcissent pas l'avenir.

Le monde que tu fuis, c'est la vie !... Et le monde N'est pas ce que tu crois , une caverne immonde Où la vertu s'égare , où l'âme s'engloutit ; Le monde a du bonheur , s'il a de la souffrance , Et Dieu , qui lui donna la céleste espérance , Ne l'a pas encore maudit.

Un cloître , un cloître , Anna ! Cette couche glacée Où s'exhale en priant un débris de pensée , Où s'étend un vieillard chancelant de sommeil , Quand on a trop vécu , c'est là qu'on se repose.... Mais pour ta mère et Dieu tu dois vivre ; et la rose , Pour vivre , a besoin de soleil.

Ta mère ! oui , son amour est un nid , jeune femme, Où tu peux abriter les aîles de ton âme ; Tes pleurs s'adouciront , épanchés sur son sein ; L'on est pieuse assez quand on chérit sa mère , Car l'amour maternel , purifiant la terre* Est un reflet d'amour divin.

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