CHOEUR DE JEUNES FILLES A LA MORT D'UNE COMPAGNE
Vole , voie , ô ma sœur ! . . . vers les rives sacrées ; Au monde que tu fuis dis encore un adieu : Que nos places au ciel par toi soient préparées , Et reçois la première un sourire de Dieu !
La fange de la terre Epargne le mystère De notre asile pur ; Douce vierge... et ton aile Encor blanche et nouvelle Traversera , fidèle , Les plaines de l'azur !...
La mort n'est rien pour toi, jeune sœur endormie ; Les anges frémissants embaument le réveil ; La mort pour l'innocence est la plus sûre amie; C'est après la nuit froide un baiser du soleil.
C'est l'heure triomphale
D'une âme virginale,
Le jour plein de douceurs;
Pour égayer la route
Que le méchant redoute ,
Chantons , chantons , mes sœurs,
Mets ta robe de lin , ta robe la plus blanche ; / Dans tes cheveux dorés mets nos belles fleurs d'or ; C'est la main du Seigneur qui s'incline et te penche ; C'est la brise des cieux qui mollement t'endort,
Point de flambeaux funèbres, Plus noirs que les ténèbres; Point de sombre couleur; Pars , joyeuse. . . et nos lyres , Belles de saints délires , Célèbrent ton bonheur! !...
L'impie en ses plaisirs se rassure et s'enivre ;
Dans la coupe du mal il veut boire l'oubli ;
Mais Dieu parle. . . — Oh ! silence ! — Il faut cesser de vivre;
Dieu va juger l'impie... et l'impie a pâli.
Ses pompeuses journées Sont des feuilles fanées Par l'automne brûlant ; Quand sommeille la fête , Il entend sur sa tête La voix de la tempête , L'appel d'un Dieu tonnant !
La couche de mollesse est le lit du supplice ; L'audace est arrachée à sa perversité ; Son corps est au néant , son âme à la justice ; Il a pour quelques fleurs venduj 'éternité !
Mais pour toi , chaste et bonne , La mort , c'est la couronne Qui se forme et rayonne Autour de l'avenir; Et pour notre souffrance Nous avons l'espérance , Et le pieux silence Avec ton souvenir ! . . .
Que valent ces palais où l'humanité fîère Admire les splendeurs qui demain ne sont plus ? Une plus riche vue inonde ta paupière : C'est le dôme éternel ! le palais des élus I
Comme la terre change Le sépulcre et sa fange En parfums précieux :
L'âme qui s'évapore , Et que la mort dévore , S'échappe.., et vient éclore Parmi les fleurs des cieux.
Vierge , songe parfois à tes sœurs exilées ; Au milieu des élus ne nous méprise pas ; Dis-nous si près de toi nous serons appelées , Parle-nous à travers les brumes du trépas.
Parle-nous sous l'ombrage , Dans la voix du feuillage , Dans la voix des ruisseaux ; Ne sont-ce pas les âmes Des pures jeunes femmes Qui modulent les gammes Que disent les oiseaux ?
Et nous allons coucher ses dépouilles mortelles Dans le sein de la terre où Dieu forme les fleurs ; Seules , nous l'emportons avec nos bras fidèles: Elle n'a pas besoin de prière ou de pleurs.
Que l'onde sainte arrose La couche où l'on dépose Ces chers débris humains ; Et que mille guirlandes , Virginales offrandes , S'effeuillent sous nos mains.
Bien souvent nous irons dans l'humble cimetière Remplir l'écho dormant de nos frêles accords ; Ensemble nous irons implorer ta prière Et bercer dans nos chants le sommeil de ton corps.
Nous parlerons des heures Qu'on passe en ces demeures Loin de tes cieux si beaux ; Pins d'une , au champ suprême , S'en ira d'elle-même Graver ton nom qu'elle aime Sur l'arbre des tombeaux !
Yole donc , ô ma sœur !... vers les rives sacrées. Au monde que tu fuis dis l'éternel adieu : Que nos places au ciel par toi soient préparées : Tu reçois la première un sourire de Dieu !