‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 20 sur 143 · LE PASSE · texte numérisé non relu

LE PASSE

Je me souviens encor de ces heures passées

Où roulaient doucement mes fécondes pensées ,

Où , riche de jeunesse et brûlant d'avenir,

Je voyais, en riant, l'existence venir...

Oh ! que j'en ai rêvé de ces choses charmantes ,

Des parfums , du ciel bleu , des sourires d'amantes ,

Des vers chantés , le soir , sous le regard des cieux ;

Tout cela me semblait doux et délicieux !

Mon âme , en s'éveillant , aspirait tous ces rêves ,

Vagues flots murmurant sur de lointaines grèves ;

Et je disais: « O Dieu ! c'est un rayon de toi ,

» Cet univers éclos sous ton geste de roi ;

» La sainte poésie et l'amour de la femme ,

» C'est par deux fois le ciel qui s'épand en notre âme

» L'une est la voix de l'ange , et l'autre est sa beauté

» Qui me dit: avenir l dit aussi : volupté;

» 0 poésie ! amour ! Délices infinies ,

» Je vis en votre foi , mes suaves génies ! »

Et quand naissait l'aurore , et quand venait le soir , Je reportais vers Dieu l'encens de mon espoir , Heureux comme un enfant sous l'aile de sa mère... — Lorsqu'un vieillard disait : «La vie estbien amère ! » Je riais du vieillard , en comptant mes trésors De beautés et de fleurs ! . . . — J'étais poète alors i

Poète ! . . . c'est à dire , un être qui s'éveille ,

Et de tout ce qu'il voit ne voit que la merveille.

Il s'enivre , en naissant , des feux. d'un jour nouveau ;

L'univers , au reflet d'un céleste flambeau ,

Apparaît à ses yeux 1 c'est l'Eden qui l'appelle.

Reine d'amour , pour lui la terre se fait belle :

Comme une folle vierge , elle couvre de fard

Sa pale joue , habile à tromper le regard I... —

Poète !... c'est à dire une âme qui s'envole ,

Cherchant partout l'écho d'une aimante parole.

Poète ! . . . il offre à tous sa confiante main ;

En pensant que d'amis est peuplé son chemin ,

Il croit qu'on va l'aimer, que chaque homme est un frère;

Puis , — suave pensée ! ineffable mystère !

Comme un sylphe dansant dans la blancheur des soirs ,

La femme , aux pas légers , aux flots de cheveux noirs ,

Aux yeux étincelants comme la luciole ,

Passe et fuit : c'est l'éclair d'une sainte auréole...

Et beau d'illusions , le poète offre au ciel

Son cœur pétri d'arôme et parfumé de miel.

Je me souviens ainsi d'avoir été poète.

Vus de loin, tous mes jours semblaient des jours de fête ;

Au souffle de l'amour je savais m'embraser ;

Je croyais au bonheur éclos dans un baiser ,

Je croyais à la gloire ! et ma voix inspirée

Remplissait les échos de la voûte azurée ,

De mon cœur palpitant je redisais les sons , Puis je pensais avoir de sublimes chansons.. ..'

Ce n'était qu'un beau rêve... et chaque jour l'emporte. Mon cœur s'est desséché comme une feuille morte ; Je marche , morne et froid , tel qu'un barde vaincu. Et pourquoi suis-je ainsi ?. .. — Parce que j'ai vécu 1 !

-^DC§£î Fin du livre premier.. §3§>1&- XkkkkkkklkkkkkkkkkilkkkkkikikX.

Page 1