HOMMAGE DE L'AUTEUR
Quand l'enfance en émoi trouve sur notre terre Un sol rude et désert pour ses pas innocents ; Quand , payant le tribut d'un rigoureux mystère , On voit de tous côtés les faibles gémissants ,
La faim comme un vautour creuse les flancs arides De ces pauvres petits sans toît , sans protecteur , Qui viennent, tout pleurants, lever leurs bras timides Vers ce Dieu qui créa l'ange consolateur.
Cet ange!... Oh ! n'est-ce pas une femme attendrie ,
Qui de Vincent de Paule a suivi les chemins ,
Et couvre les enfants de son aîle chérie ,
Et tend sa main si douce à leurs petites mains ?
Suave charité ! que tes clartés sont belles , Quand le front d'une femme est couronné par toi ; Sur la terre il n'est pas de charmes plus fidèles. Que ce rayonnement d'espérance et de foi.
Suave charité !... Dans l'ombre et le silence Tu répands la douceur sous un toit désolé ;
Souvent , quittant le seuil d'une noble opulence, Tu ranimes le pauvre aux chagrins immolé.
Ainsi , vous reflétez une grâce céleste , Vous qui dans le bonheur ne dormez pas toujours ; Vous dont le zèle , empreint de piété modeste , Fait le nid de l'enfance et veille sur ses jours ,
Mesdames , le Seigneur a béni cet asile Ouvert par vos bontés à l'enfant des douleurs ; Pour un cœur maternel cette tâche est facile. La femme comme l'ange aime à sécher des pleurs !
Le secours , le bienfait que votre seule envie Voudrait ensevelir dans un pieux oubli Renaîtra dans le ciel !... Et pendant cette vie , Au cœur du malheureux il vivra recueilli !
Honneur à vous ! honneur aux femmes vénérées Qui gardent l'orphelin par leurs soins abrité , Et qui sur le fronton des demeures sacrées Inscrivent de leurs mains ce doux nom : Charité !
Pour moi , je serais fier de joindre mon obole A l'or réparateur qu'on prodigue en ces lieux ; Ce serait le seul prix de mon œuvre frivole , Ce serait pour mes jours un rayon merveilleux.
J'aime surtout l'enfance : elle est pleine de charmes ; Sa naïve fraîcheur nous fait songer au ciel ; Et comment voir ses pleurs sans y mêler des larmes ? Comment voir ses chagrins sans y verser du miel ?
Si l'enfant peut cueillir mes fruits de poésie , On sourira peut-être à mes faibles efforts ; Et , Douai m'accordant le droit de bourgeoisie , L'ange des orphelins bénira mes accords !
Benjamin K1EN.