ÉLÉGIE PREMIÈRE
SANS MÈREÎ...
Enfant de l'opulence , enfant aux blonds cheveux , Quand tout paraît sourire au moindre de tes vœux ,
Pourquoi ce front sévère , Ce front qui va si mal à l'âge de huit ans ?... . — Hélas 1 dit-il , je pleure ainsi depuis le temps
Où j'ai perdu ma mère.
A toi les beaux salons I les habits de velours Et les riches hochets , innocentes amours
De l'enfance éphémère ; Sur toi l'heureuse vie étend ses ailes d'or !... Mais l'enfant répondit : — Puis-je être heureux encor ,
Heureux !... sans voir ma mère ?
Tu ne portes pas seul le poids de tes douleurs ; Une sœur adorée aime à sécher tes pleurs : Combien elle t'est chère !
De son pieux amour qui ne serait jaloux ? — Oui ! ma sœur est bien douce, et ses baisers sont doux..; Moins que ceux de ma mère.
Là bas, sur les prés verts , inondés de soleil , Rejoins tes compagnons au visage vermeil ,
Troupe ardente et légère ; L'ombrage à tes regards ne sourira-t-il pas ?
— Oh ! reprit l'orphelin, courons-y de ce pas :
Tout auprès dort ma mère !
Tu pleures , tu gémis... Mais vois cet autre enfant Hâve et blême de faim... Il plie un corps souffrant
Sous la rude misère :
C'est à lui de pleurer le soir et le matin.
— Non ! non ; s'écria- t-il ; j'aimerais son destin :
Il souffre avec sa mère !
— Et quelques jours après , triste et mourant flambeau , L'enfant sans mère allait voir s'ouvrir le tombeau ;
C'est le lit qu'il préfère ; Et quand la froide mort fermait ses petits yeux , Il murmurait encor : — J'ai le cœur bien joyeux ,
Je vais revoir ma mère !