‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 21 sur 143 · ÉLÉGIE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE PREMIÈRE

SANS MÈREÎ...

Enfant de l'opulence , enfant aux blonds cheveux , Quand tout paraît sourire au moindre de tes vœux ,

Pourquoi ce front sévère , Ce front qui va si mal à l'âge de huit ans ?... . — Hélas 1 dit-il , je pleure ainsi depuis le temps

Où j'ai perdu ma mère.

A toi les beaux salons I les habits de velours Et les riches hochets , innocentes amours

De l'enfance éphémère ; Sur toi l'heureuse vie étend ses ailes d'or !... Mais l'enfant répondit : — Puis-je être heureux encor ,

Heureux !... sans voir ma mère ?

Tu ne portes pas seul le poids de tes douleurs ; Une sœur adorée aime à sécher tes pleurs : Combien elle t'est chère !

De son pieux amour qui ne serait jaloux ? — Oui ! ma sœur est bien douce, et ses baisers sont doux..; Moins que ceux de ma mère.

Là bas, sur les prés verts , inondés de soleil , Rejoins tes compagnons au visage vermeil ,

Troupe ardente et légère ; L'ombrage à tes regards ne sourira-t-il pas ?

— Oh ! reprit l'orphelin, courons-y de ce pas :

Tout auprès dort ma mère !

Tu pleures , tu gémis... Mais vois cet autre enfant Hâve et blême de faim... Il plie un corps souffrant

Sous la rude misère :

C'est à lui de pleurer le soir et le matin.

— Non ! non ; s'écria- t-il ; j'aimerais son destin :

Il souffre avec sa mère !

— Et quelques jours après , triste et mourant flambeau , L'enfant sans mère allait voir s'ouvrir le tombeau ;

C'est le lit qu'il préfère ; Et quand la froide mort fermait ses petits yeux , Il murmurait encor : — J'ai le cœur bien joyeux ,

Je vais revoir ma mère !

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