‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 31 sur 143 · ÉLÉGIE ONZIÈME · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE ONZIÈME

V10LETTA.

Dis-moi, Vioîetta , pourquoi dans ta main blanche

Tu reposes un front rêveur ; Pourquoi ton corps plié languissamment se penche ,

Comme sous l'hiver une fleur ?

Ne veux-tu plus aller , défiant tes compagnes ,

Pour une course dans les bois , Bondir insoucieuse au milieu des campagnes

Où tu folâtrais autrefois ?...

Dis-moi quel noir souci te rend morne et t'enchaîna

Aux rives du lac argenté ; Dis pourquoi ton œil bleu tristement se promène

Au loin sur le flot velouté ?...

Vois, dans tes beaux cheveux se fane ta couronne ; Et ta lyre gît sans accords ;

Viens !... le bruit de ce lac est sombre et monotone, La rose périt sur ses bords.-

Viens plutôt respirer l'air joyeux des prairies Sous cette touffe d'arbrisseaux ;

Là tu pourras avoir de molles rêveries Et chanter avec les oiseaux !...

— Mais elle était toujours assise sur la rive ,

Et resta muette longtemps ; Levant enfin le poids de sa tète pensive :

« Tais-toi , me dit-elle , j'attends î...

Tu ne sais pas : un jour , lasse et le front humide , Je vins seule un moment m'asseoir

Sur les bords murmurants de cette onde limpide Pour sentir la fraîcheur du soir.

J'aimais ce calme tendre ; il semblait que les anges De leurs ailes couvraient les cieux ;

La brise m'apportait des murmures étranges Et des soupirs délicieux...

Lors Julio passa , glissant sur l'eau fidèle ,

Julio , le beau gondolier !

Il me vit ; et vers moi dirigeant sa nacelle ,

Se mit tout bas à me prier :

» Violetta , fit-il , ô ma vierge adorée ! - » Dans ma gondole viens un peu

» Goûter l'air caressant de la pure soirée , » Aux rayons pâles d'un ciel bleu.

» Viens !... tu verras du lac le miroir magnifique » Qui jamais si beau ne brilla ;

» Tu verras le sommeil de la cité magique , » De Venezzia la Bclla /...

» Puis je te chanterai de vives barcarolles

» Plus tendres que le bruit des eaux ;

» Plus joyeuses pour toi que les vagues paroles

» Du vent qui meurt dans les roseaux .... »

Mon âme s'enivra du miel de sa prière ;

Bientôt je suis à ses côtés ; La voile se réveille... et la gondole fière

Sillonne les flots agités.

La nuit nous entourait de son ombre facile ,

Il vint près de moi se poser ; Et , pour récompenser ma présence docile ,

Sur ma lèvre il prit un baiser !

L'aube du lendemain dans le ciel sans nuage Répandait les couleurs du jour ,

Quand le doux Julio me rendit au rivage Avec des paroles d'amour.

Il met dans mes cheveux une fraîche couronne , Il serre ma main dans sa main ;

Et, tandis que mon âme au bonheur s'abandonne , D'une rose il orne mon sein :

» Je reviendrai , dit-il , d'une rose nouvelle

» Te faire le don chaque soir ; » Chaque soir vers ces lieux, Violetta , ma belle,

» Attends ma gondole... Au revoir! »

Il s'éloigna. — Depuis , seule et plaintive amante,

Je l'ai vainement attendu ; J'ai vu quinze soleils tomber dans l'eau dormante ,

Julio n'est pas revenu !

Pepuis, ma fleur d'espoir, ma couronne est flétrie , Mon luth sommeille détendu h

Mon cœur n'a plus de joie , et je pleure et je prie: Julio n'est pas revenu !

Laisse-moi donc attendre et demander à l'ombre

Si la nacelle va venir ; Je n'aime que ce lac et son murmure sombre ,

C'est l'écho de son souvenir!

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