‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 32 sur 143 · AUX FEMMES · texte numérisé non relu

AUX FEMMES

Oh ! comme pour le bal vous savez être belles , Quand , couronnant vos fronts de parures nouvelles ,

Vous essayez dans les miroirs La grâce d'un regard , la force d'un sourire , Afin qu'en vous voyant le monde vous admire

Et dise : Elle a de beaux yeux noirs !

Comme vous savez être aimables et rieuses , Lorsque , pour vous mêler aux valses radieuses ,

Vous suivez un jeune danseur , Et que vous enivrez son oreille timide De riens , de jolis mots où son esprit avide

Démêle un parfum de bonheur !

Pourtant , c'est mal à vous , blanches et douces femmess De tourmenter la soif qui dévore nos âmes

Avec vos rayons de beauté ; C'est mal de nous offrir une coupe enivrante , Pour ensuite briser sur notre lèvre ardente

Cette coupe de volupté,

Et quand vous folâtrez , ô Syrènes frivoles ! Songez-vous que Dieu mit dans vos yeux , vos paroles t

Un si fort empire sur nous , Que l'homme vous adore ainsi qu'une déesse , Et voudrait , pour l'espoir d'un seul mot de tendresse ,

Exhaler son âme à genoux ?

L'amour est un poison qui glisse^ si rapide ! Et souvent malgré toi tu te montres perfide ,

Ma danseuse au front souriant !

Souvent , lorsque tu crois être seulement belle , Je te trouve divine , adorable et cruelle ,

Et je frissonne en te voyant.

Quand le monde , agitant ses grelots de folie , Rassemble des plaisirs la cohorte amollie

Aux pieds de son trône de fleurs , On joue avec l'amour et ses grandes tortures Comme avec un hochet qui ferait des blessures ,

Et laisserait mille douleurs.

Jeune fille , au milieu de la brillante foule

Qui vient t'offrir l'encens de son hommage, et roule

Ses flots de cavaliers galants , N'as-tu jamais pensé qu'il est peut-être une âme Où ta beauté coquette et tes regards de flamme

Ont tracé des sillons brûlants?

Parmi toutes ces mains qui pressent ta main pure , Parmi toutes ces voix dont le vain bruit murmure

Autour de ton joyeux chemin , N'as-tu jamais ouï quelque voix plus profonde Parler avec le cœur le langage du monde ,

Ou senti trembler une main ?

Le bal 1 en vérité , c'est une étrange chose : Beau jardin , l'on ne peut y cueillir une rose, Ni s'enivrer des feux du jour ;

Voluptueux printemps, l'air que Ton y respire Est un air embrasé d'Ivresse et de délire.... On ne peut y parler d'amour.

On trouve dans le bal, comme dans une orgie, Des feux éblouissants, une ardente harmonie,

Des coquettes et du plaisir ; Mais il faut être froid, quand l'àme est embrasée, Et savoir étouffer la fiévreuse pensée ,

Et ne pas avoir de désir ;

Voir la femme qu'on aime être belle et sourire , Et lui parler tout bas , et ne pas oser dire

Qu'auprès d'elle on frémit d'émoi ; L'avoir à ses côtés pour toute une nuit folle , Respirer la blancheur de son humide épaule ,

Et dire : Eile n'est point à moi !

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