‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 34 sur 143 · A POESIE, FILLE DU CIEL · texte numérisé non relu

A POESIE, FILLE DU CIEL

Un jour , le doux ange Ariel Offensa ie Seigneur, son père :

Et le Seigneur , dans sa colère , Bannit le doux ange du Ciel.

Pour passer les cruelles heures De ce châtiment mérité, Dieu l'envoya vers ces demeures Où l'homme est en captivité.

Quittant le séjour du mystère Pour vivre parmi les humains , Ariel voyagea sur terre Parmi les arides chemins !

Ce fut aux premiers temps du monde , Qu'exilé de son Paradis ,

Cet ange eut la douleur profonde D'habiter en des lieux maudits.

Son pied se blessait aux épines Qui croissent au sol des déserts ; Ses aîles , naguères divines , Ne savaient plus fendre les airs.

Ariel connut les alarmes Qui suivent presque tous nos pas ; Il apprit à verser des larmes :

On l'apprend si vite ici-bas !

Mais , pour alléger la souffrance Qui brisait son cœur repentant , Il parlait de foi , d'espérance , Il vivait, pèlerin chantant.

En voyant la femme si belle ,

Le mélancolique Ariel

Disait : « Cette grâce rappelle

î> Mes sœurs qui brillent dans le Ciel ! »

Et, tout imprégné d'harmonie , L'Exilé chantait tour à tour La splendeur de l'âme infinie , Et les arômes de l'amour.

11 parait l'existence humaine De ses plus charmantes couleurs, Poétisant l'aride plaine, Vaporisant le suc des fleurs !

Lorsque s'exhalait son langage, Les hommes , charmés par sa voix , Pour l'entendre , allaient sous l'ombrage, Ce verdoyant manteau des bois.

Et ces paroles inconnues , Sublime écho d'un autre lieu , Déchiraient le voile des nues , Pour montrer la splendeur de Dieu l

Et l'ange , avant de disparaître , Avant de fuir nos tristes bords , L'ange aux hommes servit de maître, Il leur apprit ses purs accords.

Ainsi , la jeune Poésie Au chant mélancolique et doux , Par l'angélique fantaisie S'en vint habiter parmi nous.

Enfin , grâce au pardon suprême, Le temps de l'exil s'écoula ; Et , délivré de l'anathème , Ariel aux cieux s'envola.

Quelque temps, la race mortelle , Pleine d'un souvenir touchant , Eut le respect le plus fidèle Pour la Poésie et son chant.

D'abord on aima les Poètes Comme des messagers du ciel , Comme des symboles de fêtes , Comme des enfants d'Ariel !

Mais, hélas !... depuis tant d'années Chez nous le doux ange n'est plus, Que ses couronnes sont fanées , Et ses souvenirs sont perdus.

Oui , du temps le souffle funeste Enleva dans ses tourbillons

Le germe fertile et céleste Qui vivifiait nos sillons !

La poésie est délaissée ; Pâle , elle détourne les yeux De ce monde qui Ta glacée :

Elle va retourner aux cieux L.»

Et l'instinct du mal ressuscite * L'amour désordonné du gain De son ivresse infâme agite Les fibres de l'esprit humain !

Adieu , divines rêveries , Saints mystères , élans si doux \>.\ Adieu , chastes roses flétries....

Ariel n'est plus avec nous.

Mais toi qui suis la noble voie , Poète !... prie avec chaleur Pour que le Seigneur nous renvoie L'Ange épuré par la douleur.

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