‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 37 sur 143 · LES JEUNES TOMBES · texte numérisé non relu

LES JEUNES TOMBES

Dans ces lits ombragés de cyprès et de fleurs ,

Que de débris épars sont arrosés de pleurs !

Au milieu de ces champs pleins d'effrayant silence ,

La seule piété conserve l'espérance ;

Et respirant la vie au souffle de la mort ,

Elle prie en pleurant sans maudire le sort.

Il est doux pour le cœur , pour la mélancolie,

De visiter parfois cette foule endormie ,

D'errer parmi les morts couchés dans ces tombeaux ,

Eteints l'un près de l'autre ainsi que des flambeaux!

Là , sous l'ombrage noir, près des tombes nouvelles,

Nous avons des leçons terribles , solennelles :

Ce silence infini , ce spectacle du deuil

Suffit pour frapper l'âme et glacer notre orgueil.

Hélas ! ceux que Ton mit dans leur couche dernière

Avec un nom gravé sur la funèbre pierre ,

Ceux qui sont déjà morts... n'avaient pas tous goûté

La coupe de jeunesse et de félicité.

Beaucoup de noms sont là, des noms de jeune fille,

D'amants , de fiancés , de naissante famille ;

De jeunes noms sont là... de chers noms de huit ans ! !

Pour qui souffla l'hiver au berceau du printemps...

Oh ! si la mort n'était que pour l'âme épuisée ,

Si c'était le sommeil d'une vieillesse usée ,

L'homme pleurerait moins cette funeste loi...

Après un long chemin , l'on s'endort sans effroi ;

Ou l'on aime à briser une coupe écumeuse ,

Après avoir vidé la liqueur généreuse.

Mais voyez ! le trépas ne compte pas les jours :

Il glace un front charmant qu'attendaient les amours*

!1 fige un sang de flamme , il fait pleurer les mères

Et dit que nos plaisirs sont de pâles chimères.

Ainsi la froide main de la falalité

Effeuille , en sa rigueur , les fleurs de la beauté.

Eh quoi ! tu meurs , jeune fille ; Quand la belle saison brille , Le gazon couvre un tombeau.

Tu meurs, quand la terre est pure ; Pour toi le cyprès murmure !

Et ton ciel était si beau !

Pour rappeler à la vie Cette pauvre âme ravie Et ce visage vermeil , Faut-il plus qu'une étincelle , Plus que la voix maternelle , Plus qu'un rayon de soleil ?

Hier , c'était une fête :

Une rose ornait sa tête , Jouait avec ses cheveux ; Et pareille à cette rose , Elle était à peine éclose Sous une larme des cieux.

Elle s'était habillée Comme une nuit étoilée Pleine de blanches couleurs ; Et la foule des danseurs.

Saluait la fleur nouvelle Qui s'éveillait fraîche et belle , Parmi les vierges ses sœurs.

Aujourd'hui le son de l'heure Est une cloche qui pleure ;

Ce sont les habits du deuil ; Les couronnes virginales , Ces parures sépulcrales , Se placent sur un cercueil ! !

Les jeunes filles en larmes Laissent gémir leurs alarmes > Et disent avec douleur :

Comme notre bien-aimée , La vie est une fumée , L'espoir un rêve trompeur.

Et le chant d'amour s'arrête , Tout pleure avec le poète , Dont le luth vient de frémir ; Et toutes ces belles folles Ont perdu leurs auréoles D'insouciant avenir.

Ainsi le deuil se mêle aux accents de la joie ; Les nuages d'hiver voilent ce froid séjour; Un noir linceul s'étend sur les robes de soie , La nuit vient vite après le jour l

C'est vainement qu'on aime , ou que l'on est aimée ; Cette douce magie et ces airs de printemps Ne sont qu'un vain soupir, une haleine embaumée Qui s'exhale en quelques instants.

Seigneur l laissez du moins , par pitié pour la terre , La femme de sa vue adoucir notre fiel ; Ne la rappelez point par un arrêt sévère : 11 est assez d'anges au ciel !

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