LES JEUNES TOMBES
Dans ces lits ombragés de cyprès et de fleurs ,
Que de débris épars sont arrosés de pleurs !
Au milieu de ces champs pleins d'effrayant silence ,
La seule piété conserve l'espérance ;
Et respirant la vie au souffle de la mort ,
Elle prie en pleurant sans maudire le sort.
Il est doux pour le cœur , pour la mélancolie,
De visiter parfois cette foule endormie ,
D'errer parmi les morts couchés dans ces tombeaux ,
Eteints l'un près de l'autre ainsi que des flambeaux!
Là , sous l'ombrage noir, près des tombes nouvelles,
Nous avons des leçons terribles , solennelles :
Ce silence infini , ce spectacle du deuil
Suffit pour frapper l'âme et glacer notre orgueil.
Hélas ! ceux que Ton mit dans leur couche dernière
Avec un nom gravé sur la funèbre pierre ,
Ceux qui sont déjà morts... n'avaient pas tous goûté
La coupe de jeunesse et de félicité.
Beaucoup de noms sont là, des noms de jeune fille,
D'amants , de fiancés , de naissante famille ;
De jeunes noms sont là... de chers noms de huit ans ! !
Pour qui souffla l'hiver au berceau du printemps...
Oh ! si la mort n'était que pour l'âme épuisée ,
Si c'était le sommeil d'une vieillesse usée ,
L'homme pleurerait moins cette funeste loi...
Après un long chemin , l'on s'endort sans effroi ;
Ou l'on aime à briser une coupe écumeuse ,
Après avoir vidé la liqueur généreuse.
Mais voyez ! le trépas ne compte pas les jours :
Il glace un front charmant qu'attendaient les amours*
!1 fige un sang de flamme , il fait pleurer les mères
Et dit que nos plaisirs sont de pâles chimères.
Ainsi la froide main de la falalité
Effeuille , en sa rigueur , les fleurs de la beauté.
Eh quoi ! tu meurs , jeune fille ; Quand la belle saison brille , Le gazon couvre un tombeau.
Tu meurs, quand la terre est pure ; Pour toi le cyprès murmure !
Et ton ciel était si beau !
Pour rappeler à la vie Cette pauvre âme ravie Et ce visage vermeil , Faut-il plus qu'une étincelle , Plus que la voix maternelle , Plus qu'un rayon de soleil ?
Hier , c'était une fête :
Une rose ornait sa tête , Jouait avec ses cheveux ; Et pareille à cette rose , Elle était à peine éclose Sous une larme des cieux.
Elle s'était habillée Comme une nuit étoilée Pleine de blanches couleurs ; Et la foule des danseurs.
Saluait la fleur nouvelle Qui s'éveillait fraîche et belle , Parmi les vierges ses sœurs.
Aujourd'hui le son de l'heure Est une cloche qui pleure ;
Ce sont les habits du deuil ; Les couronnes virginales , Ces parures sépulcrales , Se placent sur un cercueil ! !
Les jeunes filles en larmes Laissent gémir leurs alarmes > Et disent avec douleur :
Comme notre bien-aimée , La vie est une fumée , L'espoir un rêve trompeur.
Et le chant d'amour s'arrête , Tout pleure avec le poète , Dont le luth vient de frémir ; Et toutes ces belles folles Ont perdu leurs auréoles D'insouciant avenir.
Ainsi le deuil se mêle aux accents de la joie ; Les nuages d'hiver voilent ce froid séjour; Un noir linceul s'étend sur les robes de soie , La nuit vient vite après le jour l
C'est vainement qu'on aime , ou que l'on est aimée ; Cette douce magie et ces airs de printemps Ne sont qu'un vain soupir, une haleine embaumée Qui s'exhale en quelques instants.
Seigneur l laissez du moins , par pitié pour la terre , La femme de sa vue adoucir notre fiel ; Ne la rappelez point par un arrêt sévère : 11 est assez d'anges au ciel !