‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 41 sur 143 · ÉLÉGIE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE VINGT-UNIÈME

DON RAFAELLO , MORT d'un COUP DE STYLET.

Oui! tu devais mourir ainsi, fils de l'Espagne,

Fils d'amour andaloux ; Toi qui pris Lauretta pour ta brune compagne ,

Ta brune aux yeux jaloux :

Lauretta ! — La plus noble et la plus fière dame

Des belles de la cour ; Qui laissait sur son front briller toute son âme

Rayonnante d'amour !

Vraiment ! lorsqu'on voyait cette folle maîtresse

Se pencher sur ton bras , L'on disait: quel instinct de haine ou de tendresse

La porte sur ses pas ?

Tant son regard brûlait ! — à la fois doux et rude

Sous un air souriant.

Tant elle espionnait avec inquiétude

Ton geste insouciant.

Un jour , Rafaëllo\ pendant la promenade

Vint à passer , je croi , La danseuse Eloé qui te fit une œillade ;

Et j'ai tremblé pour toi ; Car Lauretta vit tout : l'œillade et ton sourire ;

Inconstant Rafaël , La jalouse cachait sa rage et son martyre

Sous un regard sans fiel ; Et tu marchais toujours aussi fier dans la foule,

Sans y songer ; sans voir L'orage dans l'azur... Ainsi le flot qui roule

Amène un flot plus noir.

Pauvre Rafaèllo ! la fatale blessure

Est faite droit au cœur ; Le stylet était fin , la main ferme et bien sûre

De son poignard vainqueur ; Hélas ! beau gentilhomme , avec ta mandoline

Et tes chants doucereux , Te voilà mort ! Adieu Rosette et Caroline

De tes soirs amoureux...

Mort ! oh ! que de maris, que de filles vengées

Riront de ton trépas !

Même au tombeau , vois- tu , les femmes outragées

Ne pardonneront pas. Il est cruel pourtant de mourir à ton âge

Avec ces blonds cheveux , Cette jeune moustache, et ce joli visage,

L'objet de tant de vœux!

Enfant ! déjà ton front tombe et se décolore

Comme un lys velouté Qu'à sa tige vivace arrachent dès l'aurore

Les doigts de la beauté.

Lorsqu'on rapportera ta dépouille sanglante

Pour la mettre au cercueil , Ta mère qui t'attend frémira d'épouvante ,

Ta pauvre mère en deuil.

Elle t'attend ce soir , elle est pour toi si bonne

Qu'elle excuse l'absent :

De ta course nocturne , elle rit. .. et pardonne ,

Sans voir couler ton sang.

Horreur ! — La bonne dame est assise tranquille

Près d'un calme flambeau ; Elle songe à son fils; c'est pour lui qu'elle effile

Les franges d'un manteau...

Son fils , son sang , sa gloire ! âme de sa vieillesse ,

Orgueil de tous ses jours ; Elle vit en lui seul , elle en rêve sans cesse ,

Et n'a d'autres amours t

Mais toi ! tu n'aimais pas ta mère, enfant volage ,

Qui sortais chaque nuit Pour suivre une danseuse , une folle , une image

Qui tourbillonne et fuit ; Tu n'aimais pas assez cette mère occupée

De ton noble avenir t Et qui t'avait remis la paternelle épée ,

Glorieux souvenir. .

Ce ne fut pas ainsi qu'il expira , ton père ;

Ce ne fut pas un soir , Allant en rendez-vous auprès du monastère

Sous l'ombre du ciel noir.

Non ; ton père mourut au soleil , casque en tête ,

Comme un franc chevalier ; Toi... dis-nous ce que vaut ta dernière conquête

Et ton sanglant laurier !

Qu'as-tu fait de ton nom , de ton rang , de ton glaive ?

Viendras-tu , Rafaël , Demander fièrement que l'Espagne t'élève

Un sépulcre immortel ?

Demain on va porter ton corps sous la montagne

Où tu reposeras ; Il est des voix pourtant qui chantent en Espagne

Que c'est un beau trépas :

« Il est doux de tomber sous la main d'une femme ,

« Chante le troubadour ; « Un coup de ce poignard vaut un baiser de flamme ,

« Un long baiser d'amour. »

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