‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 43 sur 143 · AIMER · texte numérisé non relu

AIMER

Ils ne comprennent pas le bonheur, tous ces hommes

Qui , de la vanité caressant les fantômes ,

Encensent la fortune et cherchent des grandeurs ,

Ces esclaves dorés qui salissent leur vie

De mensonge et de fiel , d'égoïsme et d'envie ,

Et s'en vont mendier de l'or et des honneurs !

Tout ce que je demande à Dieu, c'est qu'il me donne Non pas un nom brillant , non pas une couronne , Non pas de l'opulence et de bruyants plaisirs , Ces hochets éclatants dont la foule est avide , Ces fades voluptés qui laissent l'àme vide Et ne font qu'irriter la soif de ses désirs...

Non !... tout ce que je veux , c'est ma liberté sainte; Je veux que mon cœur libre, et bravant toute crainte , Batte sans préjugé, sans erreur, sans remords ; De ce monde imposteur je dois briser la chaîne Et mépriser les voix de cette tourbe humaine , Qui va même hurler sur la cendre des morts.

Puis je veux être aimé d'une femme fidèle Et l'entourer de soins , ne vivre que pour elle , Déposer en son sein ma vie et mon bonheur , Et la voir, dans les maux que le ciel nous envoie , Triste de mes douleurs, heureuse de ma joie, Nouvelle fibre de mon cœur, <

Pour dire à la beauté que mon âme a choisie Ce que c'est que la femme et que la poésie , Pour qu'un zéphir d'amour me vienne caresser ; Pour que je voie enfin s'apaiser mon martyre , Et que je puisse, heureux d'ivresse et de délire , Mourir dans un baiser !

Mais ces filles du nord , elles sont si glacées ; Leur esprit est si froid , si pauvre de pensées ; Leurs grands yeux bleus muets , vides de passions , Sont des astres mourants sans force et sans rayons. Oh ! ces filles du nord ! quand je veux de l'ivresse , Des baisers que boira ma lèvre avec tendresse , Quand je veux un bonheur qui puisse m'étourdir, Dans lequel mon âme ivre oublira de souffrir; Quand , las de mon sommeil et trop plein d'énergie » J'ai soif de voluptés , de délire et d'orgie , Moi , bouillant , torturé , je vois de toutes parts Des sourires sans flamme et de pâles regards ; Et je ne trouve pas d'amour qui rafraîchisse Mon sein rongé , vaincu par l'infernal supplice.

Hélas ! jeune beauté, toi dont l'œil est si doux, Quand tu me vois ainsi roulant à tes genoux , Râlant , comme un damné , les soupirs de ma fièvre , Sans espoir de trouver un peu d'eau pour ma lèvre, Ne saurais-tu verser ton aumône de pleurs Sur une âme où sévit l'aiguillon des douleurs. Mais ta douceur n'est donc qu'un mensonge perfide , Et l'onde de ton miel , dont ma bouche est avide, N'est qu'un cruel poison dont je suis abreuvé. Ah ! la femme n'est pas ce que j'avais rêvé: Je croyais que son cœur , doux trésor de tendresse, Vibrerait aux soupirs de ma longue détresse ; Mais non ! . . . beauté de glace , elle ne comprend pas Ma voix pleine de deuil , invoquant le trépas ; Souvent même , elle rit de ma longue torture ,

Et verse, en folâtrant, du fiel sur ma blessure! Oh ! les filles du nord ! — ces anges gracieux , Mais tristes , mais déchus , ont oublié les cieux ; Elles n'ont plus, hélas ! cette corde secrète Que dans leur sein glacé cherche en vain le poète ; Et le barde à leurs pieds, triste et mourant d'ennui , Brise les cordes d'or de son luth amolli !

Je suis las de mes jours qui tombent monotones , Pâles et languissants comme de longs automnes ; Je suis las de mes jours vulgaires et sans prix , Dont le ciel insipide est toujours fade et gris. Toujours ce calme obscur qui pèse sur ma tête... Oh ! j'aimerais bien mieux voir mugir la tempête Et la foudre vomir le feu de ses éclairs , Et l'orage qui tonne et fait bondir les mers ! Je suis las de mes jours sans plaisir et sans peine, Sans crainte , sans bonheur , sans amour et sans haine i Vivre sans passions , c'est sommeiller d'ennui , C'est faire de son âme un flambeau qui languit !

Que j'ai souvent rêvé de brunes espagnoles Aux cheveux ruisselants , aux aimantes paroles , Femmes dont l'aspect seul donne la volupté , Filles du chaud Midi , poétiques et belles Qui vous brûlent si bien , rapides étincelles D'un regard velouté î

Et le soir, quand la brise est plus voluptueuse , Quand l'étoile des nuits , lampe mystérieuse , Répand dans un ciel pur ses blanchâtres lueurs , Quand le lac argenté se pare de gondoles , Puis s'endort , écoutant les nocturnes paroles Des sylphes et des fleurs î

Je voudrais voir alors l'Espagne qui sommeille Dans la demi-clarté de cette nuit vermeille ,

L'Espagne !... et respirer le parfum de ses soirs ; Enivré , je voudrais goûter cet air de flammes , Et cueillir plein d'amour dans son .bouquet de femmes Une femme aux yeux noirs ;

Pour dire à la beauté que mon âme a choisie Ce que c'est que la femme et que la poésie , Pour qu'un rayon d'amour me vienne caresser; Pour que je voie enfin s'apaiser mon martyre , Et que je puisse , heureux d'ivresse et de délire , Mourir dans un baiser !

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