‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 47 sur 143 · DUNKERQUE , LA. VJLLE NATALE · texte numérisé non relu

DUNKERQUE , LA. VJLLE NATALE

Vers écrits à Paris en 1842.

Il m'arrive souvent de penser , ô ma ville ! Aux doux, lieux où j'ai vu couler mes premiers jours ; A toi , chère patrie'.... à toi , charmant asile , Où reposent tous mes amours !

Oui , c'est toujours pour toi qu'un souvenir s'élève , Lorsque le souvenir s'éveille en mon esprit; Si j'ai le front pesant , au passé si je rêve , C'est ton image qui me rit.

Au sein même des bruits de cette capitale , Le cœur ne s'endort pas.... Ohî le cœur s'endort-il ?.. Ce beau Paris , si loin de la terre natale , N'est , hélas ! qu'un brillant exil !

L'opulente cité sous mes yeux se déroule , C'est en vain ; le plaisir semble toujours amer ; Dunkerque !... je préfère aux voix de celte foule Les voix sublimes de ta mer.

Parmi ces monuments , ces splendides demeures y Tout ce Paris , enfin , l'immense tourbillon , Je pense à l'humble tour qui nous sonne les heures Avec le chant du carillon.

Ainsi le pauvre enfant venu de la montagne , Pleure le sol natal auquel il dit adieu , Et s'il entend les airs qu'on chante à sa campagne , Il s'agenouille et bénit Dieu !

Là j'ai vu se passer tant de jours pleins de charmes, Tant de jours que suivait un joyeux lendemain ; Là j'avais tant d'amis pour chasser les alarmes , Tant de mains pour serrer ma main !

Et que de fois j'allais sur tes bords poétiques , 0 mer ! pour m'enivrer d'espace et de grandeur ; Pour écouter au loin les paroles mystiques Que répète le flot grondeur !

Puis , quand je revenais à ce foyer fidèle Où toujours nous accueille un mot tendre , un souris , La sensible amitié m'abritait de son aile Contre l'aile des noirs soucis.

Tout cela; c'est la vie!... En exil , plus de brise l On dirait que le ciel a perdu ses couleurs ; L'air qu'on respire alors vous suffoque et vous brise ; Il n'est plus de parfums aux fleurs.

L'immense solitude étreint l'âme oppressée , On voit avec regret fuir un passé si doux. La solitude ! . . . oh ! non : le cri de la pensée Ne sommeille jamais en nous.

Ainsi ton souvenir fait mon bonheur suprême ; Loin de tes bords chéris , je crois te voir encor , Dunkerque , ô ma cité ! ma Venise , que j'aime A parer de mes songes d'or.

Tu passes devant moi telle qu'une ombre errante , Quand le nouveau printemps vient parfumer le so:

soir

— ÎS3 —

Je crois voir folâtrer sur une eau murmurante Les Néréides à l'œil noir.

— Pourtant , mes compagnons vont récréer leur âme Aux danses, à l'orgie. — Etrange volupté ! Moi , je trouve à Paris l'air trop sombre , et la femme Trop indigne de sa beauté. *

Laissez-moi donc rêver , chers compagnons, de grâce î Vous qui trouvez ici le plaisir éternel , Allez î... je rêve au jour où je reprendrai place Au coin du foyer paternel.

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