LE VIEILLARD ET L'HIVER
J'aime ce soleil d'hiver,
Dit le bon vieillard qui tombe ;
Le vent qui souffle dans l'air
Semble venir de la tombe.
J'ai vu mes printemps nouveaux
S'évanouir comme un rêve ;
J'ai vécu mes jours Je sève ,
J'ai porté mes forts rameaux.
Cette marche languissante
M'assoupit et me rend las ;
Et ma paupière pesante
Va se fermer au trépas !
Peut-être mon âme envie
Ceux qui voguent loin du bord ;
Mais , tout en pleurant la vie , Je suis heureux, d'être au port.
Gémissez donc, vents de glace; Feuilles , volez dans l'espace Sans vie et sans nul soutien ; Morte nature, je t'aime, Car en toi je vois i'emblême De cette couche suprême Où je dormirai si bien.